Poisson en Polynésie
Poisson en Polynésie

Les Poissons de Polynésie

A l’heure actuelle les scientifiques connaissent un peu plus de 800 espèces de poissons pour la Polynésie française. Ce chiffre est cependant inférieur au nombre réel. Car d’une part, de nombreuses îles n’ont pas été explorées scientifiquement dans ce but et d’autre part certains milieux, comme les grands fonds, sont actuellement très mal connus dans cette région.

Les espèces de poissons polynésiens

Ce nombre d’espèces est important, équivalent par exemple à ce qui s’observe sur l’ensemble des mers d’Europe. Les poissons occupent à peu près tous les biotopes où l’eau est présente en Polynésie. On peut distinguer quatre grands écosystèmes : les eaux douces, les lagons et récifs, les grands fonds et le domaine hauturier

La richesse en poissons est très variable dans ces différents milieux, mais les Polynésiens ont su de tous temps en tirer avantage, le poisson étant un objet essentiel dans la culture Polynésienne. Ce petit tour d’horizon de nos poissons est bien entendu très incomplet et ne saurait rendre compte de l’immense place qu’occupent ces animaux dans la culture polynésienne.

Les Polynésiens, qui sont par essence un peuple marin, consomment plus de 60 kg de poisson par an et par personne, ce qui en fait un des peuples dépendant le plus sur cette ressource. La variété des noms de poissons dans les langues polynésiennes, en particulier les noms désignant les variations de taille et de couleurs d’une même espèce ne se retrouvent nul par ailleurs.

La place du poisson dans certaines fêtes et dans certaines coutumes (par exemple la pêche au caillou), la variété des techniques de pêche traditionnelle montrent que poisson et Polynésie sont presque indissociables.

Les eaux douces Polynésiennes

Les eaux douces polynésiennes sont en général pauvres en poissons, d’une part parce que les cours d’eau et lacs sont très réduits et d’autre part à cause de l’isolement des îles. Cette situation est générale à la plupart des îles du Pacifique.

Parmi les espèces importantes dans nos eaux douces, il y a les anguilles, dont au moins trois espèces sont recensées dans nos rivières :

  • Les anguilles (Anguilla spp.} fréquentent toutes les eaux douces et se retrouvent dans des ruisseaux minuscules où l’on ne soupçonnerait pas la présence de poisson. Sur certaines îles les anguilles sont tabus et sont donc protégées.
  • Autre espèce présente dans nos rivières et dans les embouchures, les  » patia  » ou kuhlia (KuhIia marginata), genre de petites perches argentées.
  • Dernier groupe de poissons importants dans nos eaux douces, les gobies (Gobiidae), plus connus à Tahiti par le nom de leurs jeunes, les  » ina’a  » qui font l’objet d’une pêche intensive quand ils remontent dans les estuaires.

Cette pêche, qui se pratique avec de grandes épuisettes, n’est pas sans rappeler la pêche des civelles en Europe.

La haute mer, ou domaine pélagique, renferme d’autres espèces très prisées des Polynésiens. Quiconque s’est promené en voiture à Tahiti a remarqué la vente de bonites  » auhopu  » (Katsuwonis pelamis) et de petits thons jaunes « aahi  » (Thunnus albacares) le long des routes. Ces poissons fréquentent l’océan et leur pêche fait partie d’une longue tradition en Polynésie. Jusqu’à une date récente, et certains vieux pêcheurs les utilisent encore, les bonites étaient capturées avec des leurres en nacre. Les bonites ne sont cependant que de petits habitants océaniques. Les espadons (Istiophoridae), marlins (Makaira spp.), thazards (Acanthocybium solandri) et autres  » mahi mahi « , la dorade coryphène (Coryphaena hyppurus) ne sont pas rares dans nos eaux et font l’objet d’une pêche sportive.

Les Polynésiens ont développé des techniques très particulières pour capturer les poissons du large et l’une des plus originales est certainement la pêche aux poissons volants « marara » (Exocoetidae) à l’aide de petites embarcations motorisées, les  » poti marara« . Cette pêche se réalise de nuit, le pêcheur étant seul sur son embarcation qu’il pilote d’une main avec un manche à balai. De l’autre main il tient une épuisette avec laquelle il capture quasiment au vol les exocets. Cette pêche pratiquée uniquement de nuit à l’aide de projecteurs et avec des bateaux sur-motorisés, n’est pas sans risque.

Les eaux du large sont également la résidence de certains requins « mako », requins marteaux, (longimanus ou parata) (Isurus spp.; Sphyrna spp.) dont le plus grand poisson connu, le requin baleine (Rhincodon typus), assez rare, est totalement inoffensif car se nourrissant de plancton.

Les grands fonds

Les grands fonds sont à l’heure actuelle encore très mal connus en Polynésie. Cependant depuis quelques années les pêcheurs ont commencé à exploiter les pentes externes des récifs barrière et capturent des poissons entre 200 et 600 m de fonds.

Il s’agit surtout de vivaneaux (Etelinae), de certaines loches (EpinepheIinae) et carangues profondes (Caranx spp.). Cependant ces quelques espèces sont loin d’être représentatives de la faune de profondeur. De nombreuses espèces curieuses s’y rencontrent, beaucoup étant équipées d’organes lumineux soit pour repérer leurs proies ou au contraire les attirer, parfois aussi pense-t-on pour attirer leurs congénères pour la reproduction.

Beaucoup de ces espèces profondes ont des capacités d’ingurgitation phénoménales. En effet, les proies étant rares il faut pouvoir utiliser toutes les tailles disponibles, à la limite du raisonnable, certaines espèces étant capables d’avaler des poissons de taille identique à la leur.

Autre phénomène intéressant dans les grands fonds, beaucoup d’espèces entreprennent des migrations verticales, montant vers la surface la nuit et redescendant à la lueur du jour.

requin à pointe-noire
requin à pointe-noire

Les lagons et les récifs

Les lagons et les récifs sont sans conteste les milieux où l’on rencontre la plus grande variété de poissons, puisque plus de 600 espèces y ont été répertoriées. La variété de formes, de couleurs, de tailles et de comportements est fantastique et un livre serait à peine suffisant pour les décrire.
Cette diversité est un des attraits de nos eaux, car à l’exception de quelques zones dégradées, il est facile de pouvoir observer plusieurs dizaines d’espèces nageant sur les récifs :

  • Requins et Raies
  • Les loches et Mérous
  • Les poissons Perroquets
  • Les labres
  • Les Chirurgiens
  • Les Nasons
  • Les Poissons colorés
  • Les Poissons Papillons
  • Les Demoiselles
  • Les Murènes
  • Les Rascasses
  • Les Poissons Coffres
  • Les Poissons Trompette
  • Les Poissons clowns

Il n’est pas facile dans un premier temps de s’y reconnaître, aussi allons nous passer en revue quelques unes des familles de poissons de ces zones en commençant par les plus grandes et finir par les plus petites.

Les requins sont assez fréquents dans nos eaux, trois espèces étant plus particulièrement faciles à observer :

  • Le requin à pointe noire ( Carcharinus Melanopterus) ou  » mauri « 
  • L’aileron blanc (Trianodon obesus) ou  » mamaru « 
  • Le requin gris (Carcharninus amblyrhinchos) ou  » raira « 

Le premier est un poisson qui fréquente les platiers et les abords peu profonds du récif.

En général assez petit ( moins de 1m50), ce requin se distingue par une couleur brun-olive et des nageoires dorsales et la queue bordées de noir. Cette espèces est assez curieuse et viendra voir le nageur, mais en général elle reste très craintive et gardera donc ses distances malgré sa curiosité.Il faut cependant se méfier des plus petits spécimens qui peuvent mordre un pied ou un mollet quand on circule à pied dans peu d’eau sur un récif.

Le  » mamaru  » est un requin un peu plus grand, le plus souvent solitaire qui se caractérise par une tache blanche sur la nageoire dorsale et la queue.

Le  » raira  » ou requin gris est d’un gris presque unifome et peut atteindre 2m50, cependant la taille moyenne est d’environ 1m50.

Il se rencontre plutôt dans les passes et sur les pentes externes. C’est un poisson curieux et qui peut être parfois dangereux s’il est en groupe.

Il existe bien d’autres espèces de requins mais la plupart craignent l’homme et ne se montrent guère.

Les accidents sont rares et surviennent la plupart du temps au cours de chasses sous-marines. En cas de rencontre avec ces poissons, ne pas paniquer, en particulier ne tentez pas d’éloigner les requins en tapant sur l’eau ou en vous agitant. Au contraire éloignez-vous le plus tranquillement possible en vous dirigeant vers une zone moins profonde.

Proches des requins, les raies de polynésie sont aussi des éléments spectaculaires de la faune des îles polynésiennes. Les raies manta (Manta birostris) sont parmi les plus grands poissons et se rencontrent dans les passes, seules ou en petits groupes, se nourrissant de plancton à mi-eau. Dans les eaux peu profondes des baies abritées des lagons d’atoll vous pourrez aussi, rencontrer des pastenagues, ou « fai » (Himantura fai), qui nagent nonchalamment à la recherche de coquillages dans le sable.

Les loches et mérous (Serranidae) sont le second groupe de grands poissons des lagons et récifs. Ils sont des parents lointains du mérou de Méditérannée et se caractérisent par une gueule très grande et un camouflage souvent remarquable. Ces poissons, assez trapus, se rencontrent tapis près du fond, à proximité d’un pâté corallien ou d’une faille dans le récif.

Cette famille est assez vaste puisqu’elle comprend plus de 20 espèces allant de la loche rayon de miel,  » tarao maraurau « , (Epinephelus merra) qui ne dépasse guère 20 cm jusqu’à la mère loche ou mérou géant  » hapuu reru  » (Epinephelus lanceolatus) qui parvient à dépasser 200 kg.

Parmi les espèces de taille moyenne qui sont les plus communes, citons la loche marbrée (Epinephelus polyphekadion) ou  » hapuu  » et le mérou céleste  » roi  » (Cephalopholis argus), qui sont recherchées dans certaines îles mais évitées soigneusement dans d’autres à cause de leur chair qui peut être toxique.

Tous les mérous sont des carnivores qui chassent à l’affut et savent se jeter sur une proie avec une rapidité impressionnante. Ils sont faciles à approcher dans des zones où ils ne sont pas chassés.

polynesie-francaise-image
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Les poissons perroquets (Scaridae) sont typiques des récifs coralliens. Ces poissons dont la taille peut atteindre 60 cm pour certaines espèces, se caractérisent par des dents qui forment comme un bec avec lesquelles ils grattent les rochers pour se nourrir de toutes petites algues.

Les couleurs des perroquets peuvent être très vives, avec des bleus ou des verts magnifiques, mais la plupart d’entre eux sont cependant gris ou marrons.La couleur de ces poissons est liée à leur sexe, seuls les mâles dominants et certaines grandes femelles ayant de beaux coloris. Ces espèces vivent en harems dominés par un mâle accompagnés de mâles secondaires. À la mort du mâle dominant c’est un des mâles secondaires qui prend sa place. Cependant, comme chez beaucoup d’espèces de poisson le sexe n’est pas déterminé à la naissance et les femelles en grandissant peuvent devenir mâles.

Les noms polynésiens de ces poissons reflètent cette difficulté, tous les perroquets de petite taille s’appelant des  » pitika « .

Assez proches des perroquets sont les labres, dont un représentant est remarquable par sa taille, il s’agit du napoléon ou  » mara  » (Cheilinus undulatus), qui peut atteindre jusqu’à 1m50 et plus de 70 kg. Ce poisson se rencontre en général aux abords des passes ou sur des pinacles de grande taille à l’intérieur des lagons d’atoll. Il consomme surtout des crabes et des oursins , et reste en général assez loin des plongeurs, sauf dans les endroits où il est protégé ou nourri.

Les chirurgiens (Acanthuridae) sont un autre grand groupe de poissons herbivores. Ils doivent leur nom à un genre de scalpel qui arme leur queue. Ces poissons ont une forme ronde et des couleurs en général assez ternes (noir-brun, gris foncé). Ils forment souvent des bancs importants dans les passes ou à leur proximité. La plupart des chirurgiens sont recherchés pour leur chair, bien qu’ils puissent parfois être toxiques. Le plus commun le  » maito « , est cependant si souvent toxique qu’il est interdit la vente.

Dans la même famille que les chirurgiens, les nasons (Naso spp.), ou poissons licorne, se distinguent par une excroissance sur le front. Les polynésiens apprécient particulièrement leur chair et dans certaines îles certaines espèces ( » ume « ) étaient réservées aux chefs. La plupart des poissons colorés des récifs sont de petite taille. Parmi les très nombreuses espèces, deux grands groupes se distinguent les poissons papillons (Chaetodontidae) et les demoiselles (Pomacentridae). Les premiers se caractérisent par un corps assez élevé et des motifs très variés. Il en existe environ 25 espèces en Polynésie. Ils préfèrent les zones riches en coraux et certaines espèces se nourrissent des polypes de corail.Curieux ils viennent souvent non loin du plongeur. Beaucoup de papillons vivent en couples et sont sédentaires. Ils restent donc dans un périmètre restreint ne dépassant pas quelques centaines de mètres.

Les demoiselles comprennent plus de 50 espèces. La plupart sont grégaires et rassemblent des petits bancs de 10 à 200 individus qui ne s’éloignent jamais beaucoup de la tête de corail où ils ont élu domicile. Leur alimentation varie beaucoup suivant les espèces mais un grand nombre mange du plancton ou broute des algues minuscules. Ces poissons sont souvent territoriaux et défendent leur espace de récif contre tout intrus, même l’homme. Il est donc en général facile de les approcher de très près et d’observer leur comportement. Ils restent donc dans un périmètre restreint ne dépassant pas quelques centaines de mètres. Ces petits poissons, malgré leur petite taille, peuvent vivre relativement longtemps, l’âge moyen de certaines espèces étant d’environ 10 ans.

A ce propos, il faut savoir que la plupart des poissons vivant sur ces récifs vivent relativement longtemps, comparés à la longévité de poissons de même taille des mers tempérées. Ainsi certains chirurgiens vivraient plus de 30 ans.

Il existe encore de trés nombreuses familles de poissons remarquables sur les récifs polynésiens, dont les balistes (balistidae), les murènes (Muraenidae), les poissons trompette (Aulostomus chinensis), les becs de cane (Lethrinidae), les poissons coffre (Ostraciidae) ou les racasses (Scorpaenidae).

Les murènes, apparentées à celles que l’on rencontre en Méditerranée, ressemblent à des anguilles et peuvent atteindre des tailles impressionnantes, certains spécimens pouvant dépasser 2m 50. Il est rare de les voir en entier car en général seule leur tête dépasse d’une anfractuosité du récif. Elles ont la réputation d’avoir une très mauvaise morsure ; leur toxicité n’est plus à prouver et avec le lutjan anglais,  » haamea  » (Lutjanus bohar) elles sont souvent utilisées pour des études scientifiques sur les toxines qui engendrent la ciguatera ou gratte.

Les rascasses ne sont pas très fréquentes dans les eaux polynésiennes, mais une espèce, le poisson pierre (Synancea verrucosa), est à redouter car ses épines contiennent un poison puissant .
Cette espèce se trouve en général très bien camouflée parmi les débris coralliens où elle attend en embuscade les petits poissons ou crustacés qui auront le malheur de passer à proximité. Il est fortement recommandé de se chausser quand on circule sur les récifs pour éviter tout contact avec ce poisson pierre.

Il faut savoir cependant que son venin, comme celui de beaucoup d’organismes marins, est très sensible à la chaleur et qu’une source de chaleur approchée au plus près de la blessure peut soulager.

Parmi les espèces curieuses que vous aurez peut-être la chance de voir sur les récifs, citons les poissons coffre (Ostraciidae) et les poissons trompette (Aulostomus chinensis). Les poissons coffre sont entourés d’une carapace de plaques osseuses très rigides, seules la queue et les nageoires étant mobiles. Ils ont donc une nage très guindée, se déplaçant presque uniquement grâce à leurs nageoires pectorales.

Les poissons trompettes, à l’opposé des poissons qui sont très globuleux, sont longs et fins. Ils avancent tout doucement le long des récifs à la recherche de petits poissons ou crabes qu’ils peuvent aspirer grâce à leur bouche très allongée. Parfois ils se dissimulent dans un banc de poissons herbivores de façon à pouvoir approcher les proies sans se faire repérer.
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Il serait difficile de donner toutes les adaptations des poissons de récifs tant la nature a pu être ingénieuse. Pour échapper à leurs prédateurs les poissons ont développé des colorations mimétiques ou des dessins imitant des faux yeux, et certaines espèces se défendent en se gonflant, d’autres en émettant des bruits, d’autres encore en se hérissant d’épines ou en produisant des toxines sur leur peau.

La nourriture étant parfois rare sur les récifs, certains herbivores cultivent de petits jardins d’algues dont ils tentent d’exclure tout intrus. Ces jardins sont cependant très convoités par d’autres herbivores nomades qui souvent se regroupent en grands bancs pour inonder les défenses des poissons  » jardiniers  »

Parmi les adaptations célèbres on peut citer les poissons clowns (Arnphiprion spp.) qui vivent en symbiose avec les anémones de mer. Ils protègent les anémones de leur prédateurs, en particulier les poissons papillions, et en retour peuvent s’abriter à intérieur de l’anémone en cas de danger.

Parmi les autres bizarreries de la nature, les rémoras (Echeneis naucrates), poissons ayant développé une ventouse sur le haut de leur tête et dont ils se servent pour voyager à moindre effort, collés sur un hôte qui peut être un requin ou une tortue, voire un bateau.

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