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Pollution à Paris

Pollution

Depuis la révolution industrielle, la pollution ou les atteintes à l’environnement de l’homme n’ont cessé d’augmenter, au point de sembler parfois compromettre le devenir des générations futures. L’homme a détruit de nombreuses espèces, provoqué des modifications de climat et dramatiquement menacé sa propre santé. Bien que des recherches soient entreprises pour trouver des solutions écologiques, celles-ci, entravées par de multiples contraintes politiques et économiques, ne permettent guère de faire respecter les lois.

La pollution dans le monde

L’histoire de la pollution est une histoire humaine, car l’homme est responsable de la perturbation du recyclage naturel. Depuis la conquête du feu, utilisé de façon intensive pour l’agriculture au cours du néolithique, l’homme a progressivement étendu son pouvoir sur son environnement, provoquant des phénomènes de désertification et des changements de climat.

Nos ancêtres, paysans ou citadins, ont été confrontés à deux types de pollution : biologique (humaine et animale) et artisanale (celle des tanneries, par exemple); la souillure des sources entraînait la contamination, à distance, des sujets sains. Dès le VIIe siècle, une action préventive est menée; le roi des Francs Dagobert Ier condamne à une amende les personnes qui salissent l’eau des fontaines. Depuis la fin du XIXe siècle, l’amélioration des conditions sociales et de l’hygiène en Occident a provoqué un recul très net de ce fléau, responsable de la propagation des grandes épidémies.

Mais cette pollution perdure dans le tiers-monde, où les maladies transmissibles (choléra, typhoïde, poliomyélite, hépatite virale, etc.) font des ravages, notamment chez les enfants.

La pollution augmente toujours plus rapidement depuis le grand tournant de la révolution industrielle, qui s’est appuyée sur la découverte de nouvelles sources d’énergie: les carburants d’origine fossile (charbon, puis pétrole). Leur exploitation permet de faire tourner les fabriques, mais ils produisent des déchets non biodégradables (les organismes biologiques présents dans la nature sont incapables de les détruire). En outre, l’industrie a un besoin accru en main-d’œuvre, ce qui a pour conséquence une forte augmentation de la population dans les villes, qui deviennent particulièrement polluantes. Dès 1810, les pouvoirs publics se sont préoccupés, en France, de la défense du voisinage industriel, répartissant les établissements industriels ou commerciaux dangereux, insalubres et incommodes.

Ces adjectifs sont significatifs en eux-mêmes. Le XXe siècle continuera sur cette lancée; avec l’explosion démographique, la situation ne fera qu’empirer. La production industrielle multiplie les polluants organiques ou inorganiques : objets, aliments végétaux et animaux, nouveaux matériaux.

Dans le tiers-monde, en pleine mutation aujourd’hui, cette pollution moderne s’ajoute à l’ancienne. La formation de villes démesurées et l’industrialisation à un rythme accéléré, dans certains pays (de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud-Est notamment), se font naturellement au détriment de l’environnement et de la santé des personnes. La lutte contre la pauvreté prévaut sur la protection de la nature.

Air pollution
Air pollution

Pollution et vies en danger

Polluer signifie «souiller». De nos jours, ce verbe a pris le sens de «dégrader un milieu», qu’il soit naturel, urbain ou agricole. Combattre la pollution consiste d’abord à empêcher l’homme de s’empoisonner au moyen de ses propres déchets. Cependant, l’être humain ne vit jamais seul. La dégradation d’un environnement nuit à tous les êtres vivants qui le peuplent, à tous les matériaux qui le composent. Inversement, la pollution humaine peut être amplifiée par l’action d’un animal, d’un végétal ou même d’une substance chimique naturelle. Ainsi, l’homme, comme tout ce qui vit, appartient à un écosystème. L’écologie permet de définir ce système comme un milieu, dans un lieu limité de la Terre. Tous les écosystèmes qui recouvrent la planète forment la biosphère, ou «sphère de vie». Les dimensions de celle-ci sont très petites: la vie se développe dans un espace de quelques kilomètres de part et d’autre de la surface du globe, entre les profondeurs terrestres et la haute atmosphère.

Pollution de l’eau

La pollution de l’eau, c’est-à-dire la dégradation de la qualité de l’eau, est en germe dans toute action de l’homme sur son milieu; elle est, par conséquent, très ancienne, et augmente avec l’utilisation croissante et quasi universelle de nouveaux produits polluants, insecticides, engrais, détergents, colorants. Les substances nocives dissoutes ou en suspension migrent dans les sols et dans les nappes souterraines, et peuvent être entraînées par les cours d’eau très loin des lieux d’émission, jusque dans la mer.

La pollution est une notion relative, comme l’est celle de la qualité de l’eau: elle dépend des usages auxquels l’eau est destinée. Du liquide propre à la boisson à celui qui convient pour le bain ou qui suffit à l’arrosage des plantes, à l’alimentation d’un vivier, à une retenue destinée aux jeux nautiques, il existe toute une gamme de qualités acceptables dont les limites ne sont ni tranchées ni même immuables.

C’est pourquoi la définition, tardive, retenue par les experts de l’Organisation mondiale de la santé en 1961, puis celle de l’Organisation des Nations unies appliquée aux milieux marins en 1970 sont vagues. Elles stipulent que la pollution résulte, directement ou indirectement, des activités de l’homme et qu’elle se manifeste par les altérations ou les limites qu’elle impose à ces activités. Pas plus que l’eau polluée, l’eau propre ne se prête à une définition simple; quand des normes (une soixantaine dans le Code français de la santé en matière d’eau potable) sont posées en vue d’un usage, elles s’appliquent à la qualité de l’eau fournie aux consommateurs et non à celle des aquifères dans lesquels elle est prélevée.

Pollution de l'eau - Plage de Guyane
Pollution de l’eau – Plage de Guyane

Les formes de pollution de l’eau

La contamination biologique des eaux par des micro-organismes pathogènes, bactéries ou virus, peut causer de graves maladies: typhoïde, choléra, poliomyélite, amibiases, certaines hépatites… Nombre de parasitoses endémiques – paludisme, onchocercose, maladie du sommeil, bilharziose – ou de maladies infectieuses, comme la fièvre jaune, font des ravages dans les milieux tropicaux humides, car les insectes vecteurs prolifèrent dans les biotopes privilégiés que sont les rivières, les mares, les marigots.

La pollution industrielle de l’eau

L’industrie est une activité extrêmement polluante; des secteurs tels que la papeterie, la chimie, le pétrole et la métallurgie atteignent des records en ce domaine, car ils utilisent un important volume d’eau dans leurs processus de fabrication. Les rejets des eaux usées («effluents») contiennent des produits comme les métaux lourds (mercure, plomb ou cadmium, entre autres), dont la toxicité est encore mal connue pour certains. Mais l’un des plus grands dangers de pollution vient directement du mode de vie adopté par l’homme à l’ère industrielle. La concentration urbaine et le système de tout-à-l’égout, par exemple, entraînent une souillure du milieu aquatique sans doute supérieure aux pollutions industrielles.

L’eau est aujourd’hui l’élément naturel le plus pollué.

Les produits toxiques Les polluants chimiques, d’origine organique ou minérale, sont innombrables. Certaines matières sont biodégradables, c’est-à-dire susceptibles d’être reprises dans le cycle de la vie, dégradées et assimilées par les micro-organismes présents dans une eau suffisamment oxygénée.

Les eaux véhiculent également, sous forme dissoute, des sels plus ou moins nuisibles, de produits hautement et immédiatement toxiques et d’autres qui, à dose minime, tels les métaux (arsenic, cadmium, chrome, cuivre, fer, mercure, plomb, zinc…), sont à long terme particulièrement dangereux.

L’eau et les êtres vivants aquatiques s’asphyxient

Trois phénomènes, au moins, concourent à cette réduction alarmante de la quantité d’oxygène. Le premier résulte directement de la pollution organique d’origine humaine ou animale (transportée par les égouts ou produite par l’élevage). Ces matières organiques fermentent et pourrissent dans les eaux; ces deux actions requièrent énormément d’oxygène, ce qui explique certains phénomènes ayant lieu en général l’été, la mort de tous les poissons vivant dans un point d’eau particulier, par exemple.

Le deuxième processus important d’asphyxie des eaux se nomme eutrophisation («excès de nourriture» pour les algues). Il consiste en un enrichissement excessif en sels nutritifs des eaux douces ou marines, qui provoque une croissance démesurée d’algues vertes. On voit ainsi des «marées vertes» envahir les côtes et les rivières. Lorsqu’elles meurent, ces algues produisent une telle quantité de matière putride qu’elles épuisent l’oxygène de l’eau.

Le troisième phénomène concerne les industries (surtout les centrales électriques et nucléaires) qui rejettent des eaux chaudes. Outre le gaspillage d’énergie que cela représente, cette pollution thermique modifie la température de l’eau et perturbe, voire anéantit, nombre d’organismes. L’élévation anormale de la température engendre aussi une réduction de la quantité d’oxygène dans le milieu aquatique.

La quantité d’eau potable en baisse

La pollution de l’eau douce, par manque d’oxygène ou en raison de la présence de produits toxiques, est un problème majeur dans les pays industrialisés. Autrefois, les eaux continentales retrouvaient leur qualité première grâce à un cycle naturel au sein de la Terre, après avoir été utilisées par les hommes. Aujourd’hui, on emploie des moyens techniques importants et on consent des investissements lourds pour conserver la quantité d’eau dont nous avons besoin, ainsi que sa qualité. En effet, plus de 90 % du volume de l’eau que contient notre planète sont salés, imbuvables (le dessalement est une opération extrêmement coûteuse), et les trois quarts de liquide restant demeurent sous forme de glace (calottes polaires et glaciers): l’eau potable est donc une denrée rare, de plus en plus précieuse.

Par exemple, l’eau du Rhin est à ce point polluée par l’industrie chimique (rejets de sels minéraux comme le chlorure de sodium par les installations minières) qu’elle ne peut même plus être réutilisée par l’industrie. Les eaux souterraines sont également touchées, notamment les nappes phréatiques, qui nous alimentent en eau potable. Les premiers responsables sont l’agriculture intensive et les engrais qu’elle emploie.

La dégradation des zones côtières

Les zones côtières sont les régions maritimes les plus riches en flore et en faune, et les plus intéressantes pour l’homme, mais ce sont aussi les plus vulnérables en raison de l’exploitation dont elles font l’objet; on y rencontre une population humaine particulièrement dense, qui génère une grande pollution. Par exemple, certaines villes côtières se débarrassent de leurs déchets industriels et de leurs ordures ménagères dans les marais avoisinants, alors que ceux-ci devraient naturellement servir de filtres à la pollution entre la terre et la mer. Dans les estuaires, des «communautés» entières de poissons ont été éliminées. Ainsi, la Méditerranée, avec ses nombreux ports, fait partie des mers les plus polluées du monde.

La pollution des océans

Plus grave encore, les eaux continentales, chargées de déchets, finissent un jour ou l’autre dans les océans. La plus grande part de la pollution marine provient des activités basées à terre: écoulements agricoles d’engrais et de pesticides, égouts et rejets industriels. De plus, de nombreux autres polluants sont déversés directement dans l’océan: environ 6 millions de tonnes de pétrole pénètrent chaque année dans les océans, au cours de l’extraction offshore (le pétrole du sous-sol marin est extrait à partir de plates-formes construites en mer) et du transport dans les pétroliers. Les marées noires ne représentent, en fait, qu’une infime partie de la pollution des océans.

Le déchargement délibéré en haute mer («dégazage», ou vidange des réservoirs des pétroliers) est une pollution volontaire beaucoup plus importante. Le dépôt de déchets radioactifs en profondeur dans des réservoirs de stockage fait peser une grande menace sur l’océan et sur l’homme. Si les eaux océanes possèdent toutes les qualités pour recycler et nettoyer les déchets, leurs capacités sont aujourd’hui dépassées.

L’épuration des eaux

Quand il faut épurer un mélange d’eaux usées (domestiques, industrielles) et pluviales (qui ont balayé la voirie et les infrastructures de transport), on peut calculer ce qu’on appelle la population équivalente.

L’équivalent-habitant (EH) est une unité conventionnelle qui représente le flux moyen de charge polluante engendrée par habitant et par jour dans un volume de 150 l d’eau, soit 90 g de matières en suspension, 57 g de matières oxydables, 15 g d’azote organique ou minéral, 4 g de phosphore total. La population équivalente d’une collectivité ou d’un pays peut être différente de la population réelle, et lui est souvent très supérieure. En France, le seul flux brut de pollution transitant dans les réseaux d’assainissement collectifs est de l’ordre de 70 millions d’équivalents-habitants, alors que la population urbaine réelle compte à peu près 45 millions de personnes. Cette unité de mesure est un paramètre utile pour choisir et fixer la taille des systèmes et des stations d’épuration.

Les pollutions industrielles, ponctuelles et caractérisées, sont souvent traitées à la source, au sein même des usines. Des procédés d’épuration rustiques sont bien adaptés à un habitat faiblement concentré, à la campagne ou dans les zones périphériques des agglomérations: épandage sur le sol, lagunage simple ou aéré, assainissement individuel. Dans d’autres cas, le recours à une station d’épuration est nécessaire, avec différentes étapes de traitement selon les disponibilités financières des collectivités et les impératifs de protection du milieu naturel.

L’air, les transports et le chauffage

Alors que les rejets de polluants industriels régressent, ceux de gaz d’échappement augmentent sans cesse, proportionnellement au trafic automobile et aérien. Ils sont aujourd’hui la première cause de pollution atmosphérique, avec les installations de combustion. L’air pollué, avant tout dangereux pour la santé, perturbe profondément les écosystèmes végétaux (les forêts d’Europe centrale sont particulièrement touchées). Il est aussi la cause de graves dégradations qui mettent en péril le patrimoine architectural universel (c’est le cas pour l’Acropole d’Athènes). La ville de Mexico est un exemple extrême: cette métropole, l’une des plus grandes du monde, subit une pollution tout à fait catastrophique. L’air vicié, particulièrement concentré dans l’atmosphère urbaine, se répand également dans les campagnes sous l’action des vents.

Les phénomènes de pollution dans les pays développés

Le dioxyde de soufre est la substance chimique polluante la plus dangereuse pour les êtres vivants, surtout lorsqu’elle se transforme en acide sulfurique pour former des «smogs» urbains (mot anglais signifiant d’abord «brouillard»). Dans les années 1950, un smog londonien aurait provoqué, d’après un rapport médical, plus de 3 000 décès en trois jours.

Le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote et les hydrocarbures (trois produits que l’on retrouve dans les gaz d’échappement des automobiles) sont par ailleurs responsables d’un dépérissement alarmant des forêts, constaté depuis le début des années 1980 (il est sensible, en France, dans les Vosges, le Jura et les Alpes du Nord). L’action continue de dépôts acides sur des sols déjà très pauvres aggrave les problèmes nutritionnels des végétaux. Cette acidification est généralement due à deux grands phénomènes chimiques. Le plus simple est une pollution acide causée par la transformation, dans l’atmosphère, du dioxyde de soufre et des oxydes d’azote en des substances acides plus dangereuses qui retombent sur la terre avec les pluies et les neiges. L’autre consiste en une pollution photo-oxydante (photo signifie «lumière») qui résulte de l’action du soleil sur les oxydes d’azote et les hydrocarbures: les rayons solaires ultraviolets transforment ces deux substances chimiques en ozone et en peroxyacyl nitrate (ou PAN), deux produits qui provoquent sur les végétaux l’équivalent d’une brûlure.

Mais l’ozone, polluant à basse altitude, est également un produit nécessaire à la vie: à 25 km au-dessus de la surface terrestre, une couche d’ozone protège la planète. Elle filtre la quasi-totalité des rayonnements solaires ultraviolets B et laisse pénétrer les ultraviolets A. Si cette protection venait à diminuer, l’homme et son environnement seraient exposés à de nombreux ultraviolets B, qui provoquent des atteintes de la peau, des yeux et du système immunitaire. De plus, la concentration d’ozone au niveau du sol s’élèverait dramatiquement. L’altération de la couche d’ozone supérieure (le fameux «trou», découvert au-dessus du pôle Sud en 1985) est due avant tout aux chlorofluorocarbures (substances chimiques encore nommées fréons), qui se trouvent en grande quantité dans des objets d’usage quotidien, essentiellement les bombes aérosols (vaporisateurs), les réfrigérateurs et les conditionneurs d’air.

Aérosols et pollution

Ces mêmes gaz s’ajoutent au gaz carbonique (CO2, dû aux combustions et aux transports), au méthane (CH4, dû aux décharges et à l’agriculture) et au protoxyde d’azote (N2O, produit surtout par l’agriculture). Tous ces polluants ajoutés entraînent une augmentation de température de l’atmosphère. Ce phénomène, que l’on nomme «effet de serre», est en partie naturel. S’il n’existait pas, la Terre aurait une température de – 18 °C environ, alors que la moyenne actuelle est de 15 °C. Les gaz cités retiennent sur la Terre, en les absorbant, une partie des rayonnements solaires (chaleur rayonnante infrarouge) et permettent donc le chauffage de la biosphère terrestre.

Mais, en quantité excessive, ces gaz polluants entraînent l’accroissement de l’effet de serre et, aujourd’hui, si rien n’est fait pour freiner le réchauffement déjà notable des climats, l’environnement risque de subir des bouleversements trop importants pour que tous les êtres vivants puissent s’y adapter. Des estimations pessimistes prévoient même, vers 2050, que le niveau des mers serait relevé de 30 à 150 cm, et que le désert gagnerait des régions tempérées.

La terre et les engrais

Les dépôts d’ordures ménagères solides, qui représentent déjà une pollution «esthétique» du cadre de vie, sont surtout nocifs dans le cas des cimetières de voitures et de l’accumulation de matières plastiques, deux caractéristiques des déchets familiers à la civilisation des pays développés. Les décharges industrielles, ou «friches industrielles», posent des problèmes tout aussi sérieux. Elles résultent souvent de faillites d’entreprises, mais aussi de dépôts non autorisés de produits dangereux dans des sites inadaptés (on les nomme alors «points noirs»). Ils sont constitués de substances polluantes accumulées depuis des années. Les sols risquent alors d’être contaminés par des produits toxiques.

La pollution des sols est tout particulièrement liée à celle des eaux souterraines, et celle-ci résulte avant tout de l’agriculture. Un délai plus ou moins long peut s’écouler entre les deux pollutions: les engrais, les herbicides et les insecticides traversent plus ou moins vite la terre avant de s’infiltrer dans les nappes phréatiques. Par ailleurs, l’élevage produit une quantité de déchets organiques très supérieure à celle produite par les hommes.

Mais le problème le plus grave est celui de la pollution par les nouvelles molécules synthétiques (utilisées en particulier dans les herbicides et les insecticides), car celles-ci ne sont que très lentement biodégradables. Elles peuvent même parfois se transformer en produits toxiques extrêmement dangereux pour l’homme. C’est le cas du DDT (dichloro-diphényl-trichloréthane), un insecticide très puissant utilisé depuis 1939 dans l’agriculture et dans la lutte contre les animaux vecteurs des épidémies de typhus, de malaria et de choléra. Aujourd’hui, cette substance extrêmement dangereuse est souvent interdite, aux États-Unis notamment.

Mais les pays occidentaux subissent toujours la pollution de cet insecticide puisque leur population consomme les fruits et les légumes bon marché du tiers-monde. Les pays en voie de développement utilisent 43 % de la quantité mondiale d’insecticides, produits et vendus par les pays développés, alors que ces derniers interdisent chez eux l’usage de ces mêmes pesticides. Le tiers-monde est lentement empoisonné, et il nous transmet naturellement sa pollution.

Pollution
Pollution

Le grand mélange planétaire des polluants

Au sein de la biosphère terrestre, la pollution circule très vite, les réactions en chaîne (et des transformations chimiques complexes parfois) menant très loin de la source pollueuse. Les conséquences écologiques à distance sont plus ou moins graves selon la nature des polluants: substances biodégradables ou non, constamment nocives (radiations) ou dangereuses à forte dose seulement (produits toxiques), polluants immédiats ou à long terme (ces derniers menacent particulièrement la descendance des êtres vivants). C’est ainsi qu’on retrouve des produits chimiques comme le PCB (polychlorobiphényle) ou le lindane dans les glaces polaires. Autre exemple, le fameux DDT, interdit en Antarctique, est pourtant présent dans la graisse des manchots: transporté par les courants marins, il est parvenu aux extrêmes latitudes australes.

Les processus de propagation et d’augmentation de la nocivité d’un polluant au cours d’une «chaîne alimentaire» sont des phénomènes connus, mais toujours aussi impressionnants – l’idée de «chaîne» recouvre la notion d’un lien naturel et nécessaire entre les matériaux et les êtres vivants, qui deviennent les aliments les uns des autres. Par exemple, les Américains répandirent, des années durant, du DDT sur certains marais de Long Island (île de New York sur laquelle Brooklyn est construit) pour en supprimer les moustiques. Malgré toutes les précautions, la faune fut très atteinte. En effet, alors que l’eau contenait une quantité infime de cet insecticide puissant et non biodégradable, cette dose était multipliée par 12 000 dans la chair des poissons herbivores, par 30 000 dans celle des poissons carnivores, par 60 000 à 500 000 chez les oiseaux mangeurs de poissons. Finalement, les œufs de rapaces contenaient plus de 300 000 fois la quantité initiale présente dans l’eau. Le DDT tue ainsi des populations animales entières. La radioactivité se diffuse de la même manière, en provoquant une semblable concentration polluante.

Pollution radioactive
Pollution radioactive

La pollution radioactive

Il existe une radioactivité naturelle, et l’homme seul en fait une pollution en l’augmentant. Les bombes atomiques ont montré l’horreur de l’irradiation: brûlures, leucémie et surtout mutations génétiques d’une portée infinie.

Aujourd’hui, l’industrie nucléaire pollue plus que les essais militaires.

L’électricité française provient pour 70 % des centrales nucléaires, un moyen propre, a-t-on longtemps estimé. Mais les effets de la radioactivité sur la vie sont difficiles à contrôler. À l’état normal, les centrales libèrent constamment des radiations à faible dose, et les pays n’assurant pas une sécurité maximale dans leurs installations risquent l’accident.

Les déchets, énorme masse, posent des problèmes encore plus graves, car l’industrie ne peut pas détruire les rayonnements produits. Elle ne peut nous protéger qu’en les affaiblissant ou en interposant des écrans. Une solution provisoire consiste à confiner les résidus radioactifs dans des cylindres de verre stockés dans des fosses, très éloignées des zones de vie. Il faudra de quelques centaines à un demi-million d’années pour qu’ils deviennent inoffensifs: personne ne peut garantir l’étanchéité des conteneurs pour cette durée. Le nucléaire hypothèque l’avenir.

Aujourd’hui, le principal danger concerne la nourriture, car le taux de radioactivité augmente au long de la chaîne alimentaire. Présente dans les végétaux, absorbée par les poissons puis par les autres animaux, la radioactivité se trouve concentrée dans le lait.

La pollution atmosphérique
La pollution atmosphérique

Pollution et moyens d’action

L’application des lois écologiques se heurte à un manque de preuves des délits commis à l’encontre de l’environnement et à une mauvaise volonté générale des pouvoirs publics et des industriels. Ces derniers invoquent la concurrence et menacent de fermer les usines. Pourtant, en termes de marché, l’environnement peut devenir une source de profit (activités de dépollution, de mesure, d’expertise, ou celles qui sont liées au tourisme, etc.). Un label écologique apposé sur un produit est également devenu un argument de vente.

Rechercher les causes pour prévenir ?

Étudier la pollution implique de pouvoir administrer la preuve qu’un composé chimique, un agent microbien ou un facteur physique sont nuisibles pour l’homme et la nature. L’action de certains polluants sur une collectivité d’êtres vivants ne peut s’établir qu’à l’issue d’enquêtes. Il faut rechercher les sources pollueuses et définir leurs conséquences sur les autres constituants du milieu – l’air, l’eau, les aliments, ou encore les végétaux et les animaux. Enfin, il est essentiel de comprendre les mécanismes, souvent très complexes, de diffusion des polluants dans l’environnement local, régional et planétaire.

Un fait complique l’évaluation des effets nocifs des polluants : la grande variabilité de leur action sur les organismes vivants. Le DDT, pour reprendre cet exemple, est immédiatement toxique pour la plupart des animaux invertébrés et vertébrés à sang froid (reptiles et poissons), alors que, chez les oiseaux, il n’entraîne aucun trouble apparent; par contre, on ne tarde pas à s’apercevoir que leurs œufs ont une coquille extrêmement fragile: elle se brise lors de la couvaison, entraînant la mort de tous les poussins. Il est donc généralement impossible, à partir de critères toxicologiques trop simples, de prévoir toutes les conséquences de la diffusion d’un polluant.

En outre, aucune législation ne rend obligatoires, avant la commercialisation d’un nouveau produit, des études complètes sur la possibilité de toxicités prolongées, de processus cancérigènes ou de mutations génétiques. Ces recherches sont pourtant nécessaires à la réflexion sur les moyens de diminuer, voire d’éliminer, les effets néfastes. Une civilisation développée a besoin d’une protection de la nature à sa mesure.

Nettoyer

Mieux vaut prévenir que guérir, car guérir n’est pas toujours possible. Ainsi, certaines usines ont émis de très importants polluants atmosphériques à une époque où les dispositifs de filtrage mis en place étaient encore insuffisants. Il en résulte aujourd’hui une grave pollution des sols où se sont déposées les particules de fumées. Elle rend impossibles les techniques habituelles de réhabilitation de l’environnement.

Quant aux décharges, légales ou non, elles se multiplient sur nos terres. Lorsqu’on traite ensuite les ordures, sans les récupérer, il reste toujours au moins des cendres, du mâchefer et d’autres matériaux («déchets ultimes»). Pourtant, ce n’est pas la seule solution pour nos poubelles. On peut «valoriser» (c’est-à-dire réemployer) ou recycler (transformer) une grande partie des déchets, à condition de prendre la peine de les trier.

Aujourd’hui, on traite non seulement les effluents industriels et domestiques, mais même les eaux des fleuves et des rivières. Cependant toutes les eaux usées, sans exception, devraient passer par une station d’épuration. Ce serait là une protection minimale, car l’on sait que la plupart des procédés d’épuration ne suppriment que 10 à 30 % des phosphates (ceux-ci proviennent essentiellement des poudres à lessive). Par ailleurs, le coût de la lutte contre la pollution organique des eaux (provoquée par les matières naturelles et alimentaires des hommes et des animaux) est si élevé que les mesures prises jusqu’ici n’ont pu que freiner les détériorations de l’environnement.

Que faire contre la mauvaise volonté?

La pollution, pas plus que la nature, ne connaissent les frontières, tandis que les sociétés humaines en restent prisonnières. Tel est le grand problème. Certes, une coopération planétaire pour la protection des milieux naturels est mise en œuvre par les organisations régionales ou internationales (par exemple, l’ONU), ou encore grâce à des accords entre États. La Communauté européenne est en avance dans ce domaine. Ainsi, afin de regrouper les problèmes identiques que pose l’eau, entre autres, à travers le continent, des «comités de bassins» ont été instaurés en France, et des tribunaux des eaux en Suède.

On effectue un classement des cours d’eau selon leur propreté et on réglemente leurs usages: alimentation, baignade, pêche, canotage, irrigation, énergie électrique ou navigation. Le déversement d’ordures est interdit, et l’épuration de certaines eaux souillées obligatoire. Cependant, la haute mer reste libre et vulnérable. Seule la frange côtière (les eaux territoriales des États) est contrôlée. Au-delà règne l’anarchie, malgré la réglementation internationale.

Une meilleure manière de lutter contre la pollution de l’air serait de développer l’éducation des citoyens. Il suffirait d’inciter la population à conduire rationnellement (limiter la vitesse, entretenir les véhicules) et à employer avant tout les transports en commun. Les techniques de réduction d’émission de gaz toxiques – pots d’échappement catalytiques, essence sans plomb et véhicules électriques – ne sont en effet que des solutions partielles. Même si cette idée nouvelle de gestion de la circulation semble aller à l’encontre de certains intérêts économiques, le ministre français de l’Aménagement du territoire et de l’environnement a déterminé les modalités d’attribution de la « pastille verte » apposée depuis le 1er août 1998 sur les véhicules considérés comme « propres » et autorisés à circuler lors des pics de pollution de niveau 3 – les autres véhicules étant soumis à la circulation alternée.

L’étude des textes réglementaires révèle que les autorités disposent souvent d’excellents moyens de pression sur les plans pénal, civil et fiscal. L’incitation financière consiste ainsi à faire payer ceux qui consomment et polluent afin de réunir l’argent pour réaliser des stations d’épuration de plus en plus sophistiquées. Mais encore faudrait-il que ces mesures soient appliquées. En fait, tous les détournements sont possibles. Ainsi, en haute mer, les infractions sont constatées par photographies aériennes. Mais les capitaines qui nettoient leurs soutes en mer peuvent prétendre qu’il s’agit d’une fuite accidentelle ou que la source provient d’un autre navire.

Même s’ils doivent s’acquitter de l’amende, celle-ci sera minime, et ils auront fait l’économie des frais de nettoyage à terre de leurs soutes. Les mesures fiscales sont encore un bon atout de la législation. Mais elles sont souvent considérées comme des impôts qui donnent le droit à ceux qui s’en acquittent de polluer à leur aise.

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