Les jardins de Provence

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Aujourd’hui les amateurs de jardin du monde entier admirent en Provence un équilibre précieux entre les valeurs du terroir et un raffinement tout cosmopolite, harmonie déjà évidente dans l’architecture rurale et la campagne de cette région, mais nulle part plus réussie que dans ses jardins. Depuis la vallée du Rhône à l’ouest jusqu’à la frontière italienne à l’est, depuis les pré-Alpes au nord jusqu’à la Méditerranée, cette région connaît beaucoup de variations topographiques, de climat et même de sols. Mais sa culture, que ce soit en Provence occidentale ou sur la Côte d’Azur, est surtout une création de l’époque romaine.

Les paysages de la provence

Ce sont les Romains qui les premiers créèrent les paysages du Midi, à peu près tels qu’ils existent encore de nos jours les terrains agricoles se mélangeant intimement à la colline, la célèbre garrigue, où broutent moutons et chèvres, et où les paysans ont toujours cherché les truffes, les champignons, les asperges sauvages…et le gibier.

Ce sont les Romains aussi qui imaginèrent les premiers jardins en Provence. Leurs grands domaines agricoles, comme ceux de la Toscane, unirent élégance et productivité. Vignes et vergers entourèrent les villas romaines déjà à l’époque du Christ et certains mas des Alpilles, encore de nos jours, ont gardé des fondations qui ont deux mille ans d’âge. Les Romains maîtrisaient déjà l’art de donner des formes diverses aux plantes à feuillage persistant–les topiaires. Et aussi l’art de doser l’ombre et le soleil selon les saisons, de planter des haies contre le vent du nord, de gérer l’eau, le sang même du jardin.

Les vieux jardins de mas et de châteaux sont des jardins verts. Leur lignes générales sont établies par des haies et, ensembles de buis, de laurier, de laurier tin, de chêne vert, de myrte ou de romarin. L’acanthe, cette plante vivace au feuillage découpé qui fournit aux Grecs le modèle du chapiteau corinthien, se retrouve dans tous les vieux domaines, essence bien plus traditionnelle dans les jardins de Provence que la lavande!

En même temps, la pierre reste une présence vivante, presque d’une égale importance sous forme de murets et arches et encore de sculpture. Le contraste entre la luminosité cette pâle pierre calcaire et un sombre feuillage persistant reste un des effets les plus saisissants du jardin provençal. Contre ce fond de traits verts bien tirés, la couleur se détache de saison en saison. D’abord la brillance des amandiers en février, suivie de la floraison des autres fruitiers à tour de rôle. L’incomparable glycine couvre les treilles en avril, se mariant souvent aux cascades dorées des rosiers ‘Banks’, au pourpre des arbres de Judée, aux nuages plus pâles des lilas, au jaune parfumé des coronilles, tous suivis de près par la fumée rose des tamaris. Les différentes variétés d’iris bleus ou violets se succèdent au pied des arbres, lianes et arbustes–et en même temps maintiennent la terre sur les talus rocailleux. Et puis en mai, les autres roses s’éveillent…

Colette raconte sa vision de la campagne provençale aperçue à l’aube, depuis le célèbre « train bleu » qui l’emmenait dans le Midi:

« Le printemps était venu sur ma route, le printemps comme on l’imagine dans les contes de fée,l’exubérant, l’éphémère, l’irrésistible printemps du Midi, gras, frais, jailli en brusques verdures, en herbes déjà longues que le vent balance et moire, en arbres de Judée mauves, en paulownias couleur de pervenche grise, en faux ébéniers, en glycines, en roses… »

Mai et juin restent traditionnellement les mois les plus fleuris en Provence, quoique l’automne paraît souvent comme un nouveau printemps. En Septembre les lilas des Indes sont splendides, et beaucoup de rosiers refleurissent jusqu’à Noël. D’autres plantes bulbeuses comme les sternbergias étoilés se répandent en tapis sous les arbres. Quant au feuillage, les couleurs d’automne des vignes vierges, des arbres fruitiers et des vignobles où chaque variété prend un ton différent de rouge, orange ou jaune n’ont rien à envier à personne, surtout lorsqu’elles se détachent sur le fond d’un ciel provençal bleu-violet.

Les vieilles maisons de ferme regardent toujours vers le sud ou sud-est, tournant le dos au mistral. Une longue treille sur la façade sud soutient une vigne ou une glycine dont le feuillage ne paraît que tard en saison, si bien que le soleil d’hiver pénètre sans problème. Et par la suite, ces plantes grimpantes fournissent une ombre précieuse, un parfum suave et même des fruits… Les vieux mas possèdent aussi de grands arbres devant la façade–platanes, ou tilleuls, ou micocouliers. Contre leurs murs il y a des coins abrités pour manger dehors, souvent même plusieurs pour des heures et saisons changeantes. Car en Décembre on voit souvent venir des journées ensoleillées où l’on peut déjeuner sur la terrasse, entourée de laurier tin et des différentes variétés de romarin qui fleurissent tous en hiver. Mais si les vieux jardins étaient faits surtout pour l’hiver, le printemps et l’automne, aujourd’hui on recherche avant tout les floraisons estivales.

Pour beaucoup d’amateurs venus d’ailleurs, la Provence est surtout une terre de vacances joyeusement colorée comme les maisons ocrées de certains villages, ou comme les tissus indiens si justement célèbres. Depuis quelques générations déjà, les lauriers roses et les géraniums dans leurs poteries en terre cuite égayent les fonds verts des jardins estivaux.

Aujourd’hui les pépiniéristes se donnent du mal pour étendre la gamme de plantes fleurissant en été mais aussi résistantes à la sécheresse–comme les différents sauges et solanums arbustifs. La Côte d’Azur profite d’un grand choix de plantes exotiques–les hibiscus ou les bougainvillées si éblouissantes, ou les différentes variétés d’agrumes.

Les jardins provençaux

Depuis quelques années, un autre style domine dans les jardins provençaux, une recherche de la subtilité des nuances pales et fraîches, qui s’inspire non pas des jardins de ferme mais de la garrigue sauvage : c’est le jardin gris. L’olivier domine ici, avec la lavande dans ses différentes variétés, et la pierre claire des régions calcaires sert de fond lumineux. La floraison se limite ici aux couleurs pastels : bleus clairs, roses et blanches. Les plantes à feuillage gris sont d’ailleurs particulièrement résistants à la sécheresse. Si la tendance colorée peut faire penser à Van Gogh, celle-ci rappellerait plutôt la Provence de Cézanne, qui vouait au gris une dévotion de plus en plus affirmée.

Dans les deux cas, les arbustes à feuillage persistant, taillés en lignes et en formes géométriques, fournissent un cadre invariable. La taille, en Provence, que ce soit pour la vigne, les arbres fruitiers ou les haies et parterres des jardins, reste une pratique ancestrale. Elle n’implique nullement un désir de dominer la nature mais au contraire un souci du bien-être des plantes, comme celui que les parents prodiguent à leurs enfants. Ou comme le demande un paysagiste : « Cela vous gêne-t-il de vous couper les ongles? »
De toute manière, le climat violent de la Provence ne permet jamais d’envisager une nature dominée par l’homme : les vent du nord qui courbent les arbres, les pluies qui peuvent dévaster des village entiers, la sécheresse brûlante de l’été… Si les paysages méditerranéens sont depuis des millénaires profondément humains, il s’agit d’un dialogue bien respectueux avec une Nature qui a toujours le dernier mot.

Les amateurs de jardins provençaux de toute tendance aiment marier ces deux arbres si représentatifs du monde méditerranéen: l’olivier et le cyprès. Cependant celui-ci fait partie du paysage provençal depuis relativement peu de temps, en tout cas en tant que arbre de haie champêtre.

En Provence occidentale, le patchwork actuel de petits champs protégés du vent par les hautes lignes de cyprès a pris forme il y a seulement depuis cent cinquante ans, grâce à l’extension du réseau d’irrigation qui permit la pratique des cultures maraîchères dans les Alpilles et dans le Comtat venaissin. Ainsi les cyprès tant admirés de Van Gogh en 1888 n’existaient que depuis une génération lors de son arrivée en Provence!
Ces cultures maraîchères remplaçaient…des champs d’oliviers, relégués aux pentes non irrigables. Ceux qui restent de nos jours ont parfois des arbres à plusieurs troncs, poussant en ronds. Ce sont des rejets survivant depuis les gels meurtriers de 1956. S’ils ont moins d’allure que les oliviers centenaires de la Côte d’Azur, ils ont malgré tout beaucoup de charme.

Ceux de la Côte, souvent centenaires, massifs et pleins de caractère, se trouvent surtout le long des terrasses de l’arrière-pays, sur les collines qui montent de façon si abrupte depuis la mer. Le mariage du cyprès et de l’olivier, deux essences qui ont connu des destins si différents dans la pratique agricole, est chose courante aujourd’hui dans tous les jardins. Ainsi les modes évoluent. De la même façon les champs de lavande, relégués par la tradition aux pentes rocailleuses de montagne, du Ventoux ou de Valensole, poussent maintenant (parfois avec difficulté) sur les terrains riches des vallées- -dans les jardins. On ne se passe plus de son champ de lavande. Et beaucoup entourent leurs oliviers d’une belle pelouse bien verte héritage plutôt anglais, exigeant un arrosage perpétuel.

Ainsi les propriétaires de jardins en Provence doivent se poser la question : faut-il maintenir certaines traditions qui, après tout, étaient basées sur une certaine logique du climat de sol, ou peut-on expérimenter avec de nouvelles associations, en toute liberté? Il est certain que les oliviers entourés de gazon tombent souvent malades par excès d’eau. Mais peu de gens aujourd’hui abandonneraient le couple élégant que forment ensemble olivier et cyprès, simplement parce qu’il était peu courant il y a deux cent ans.

La Côte d’Azur possède à ce sujet un héritage qui lui est propre.

Jusqu’à la fin du XVIII siècle, les vieux domaines pratiquaient un art de vivre romain et roman tout comme ailleurs dans le Midi. Mais à cette époque, la « Riviera » fut créée par une élite étrangère, à dominance anglaise, peut- être, mais où les Russes, les Américains et même les Parisiens avaient aussi leur place. Beaucoup d’entre eux avaient les moyens de réaliser leurs fantaisies les plus extravagantes, dans la création des jardins comme ailleurs. Ainsi Cannes, de simple village de pêche, devint la ville sophistiquée que l’on connaît. Monaco, grâce au chemin de fer, ouvrit son casino…et planta ses palmiers. Les grandes propriétés de la Belle Epoque offrent encore de nos jours une variété étonnante de jardins légendaires et constituent un héritage unique en Europe et peut-être au monde.

Le Château Val Joanis

Beaucoup ont été restaurés et sont ouverts au public, surtout à Menton. L’expérimentation individuelle à grande échelle devint ainsi la quintessence même de la Côte d’Azur, depuis les impressionnantes collections de plantes exotiques comme à la Mortola, juste au-delà de la frontière italienne, jusqu’aux fantaisies de Béatrice de Rothshild à Cap Ferrat, inspirées par ses voyages dans le monde entier. Ces domaines côtiers étaient si fabuleux que les créateurs actuels refusent de les imiter, et préfèrent plutôt des rêves plus simples de vie campagnarde dans l’arrière pays. Les meilleures créations de nos jours se trouvent entre Nice et Grasse, souvent sur les terrasses où les parfumeurs de cette dernière ville faisaient cultiver autrefois les roses, le jasmin et les agrumes pour en récolter les fleurs. Ainsi les jardins actuels de la Côte d’Azur pratiquent à nouveau cet art de vivre campagnard qui marque ceux de la Provence toute entière.

Le romancier anglais Lawrence Durrell choisit de vieillir dans le Midi parce qu’il apprécia le mariage d’un mode de vie méditerranéenne très ancienne avec le savoir vivre bien connu des Français. C’est cette union que l’on voit aujourd’hui dans le jardin provençal moderne, où la rencontre entre influences anglaises, françaises et italiennes atteint un style élégant mais intime, cosmopolite mais gardant ses racines dans le monde rural. Max-Phillipe Delavouet, un poète provençal, nota un jour que :

« L’art de Provence, en ses meilleures manifestations, est toujours un peu un art de paysans. Il n’oublie jamais la terre dont il procède et les plus belles oeuvres, écloses même dans les cités, ont toujours cet air raffiné et rustique qui fait la noblesse de nos campagnes. »

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