Carte de la Pologne
Carte de la Pologne

Histoire de la Pologne

Au début de l’histoire de la Pologne, on trouve, les tentatives des peuples slaves installés dans les bassins de l’Oder et de la Vistule de s’identifier à un territoire aboutirent dès le VIIe siècle, à la formation de petites principautés.

Naissance de la Pologne

Au IXe siècle, l’une de ces populations, celle des Polanes, forma sous l’autorité de la dynastie des Piast, établie à Gniezno, un noyau autour duquel allaient être réunies la plupart de ces principautés et se forger ainsi un destin national commun. L’émergence d’un véritable État s’accomplira ensuite à travers l’action de l’Église, institution qui jouera un rôle capital dans l’évolution politique et sociale de la Pologne.

Des origines à l’avènement des Jagellons (1386) – La Pologne des premiers Piast (966-1138)

En 966, en épousant la princesse Dubravka [Dobrawa], sœur du duc de Bohême Boleslav Ier, et en se convertissant à la foi chrétienne, Mieszko Ier, prince des Polanes (963-992), entrave la poussée germanique et évite que l’évangélisation des Slaves païens se fasse sous l’autorité du Saint Empire. À long terme, il incorpore la Pologne, pays isolé et perpétuellement voué à la défensive, à l’Europe. Il entreprend en 983 de parachever la conquête, commencée au début de son règne, de la Poméranie occidentale avec le castrum de Stettin et le littoral de la Baltique. Après la mort de Dubravka, il épouse Oda, fille du duc de la marche du Nord Brandebourg, rompt son alliance avec la Bohême, et se lance dans la conquête de la Petite Pologne de Cracovie et de la Silésie. Vers 990, dans le souci de protéger l’indépendance de son État et d’obtenir pour son fils une couronne royale, Mieszko Ier fait don de son royaume au Saint-Siège.

Le fils de Mieszko, Boleslas Ier Chobry («le Vaillant», 992-1025), étend les frontières de l’État tout en ménageant de bonnes relations avec l’empereur Oton III (983-1002); toutefois, lorsqu’il tente de soumettre les Vélètes (Wendes) de la Lusace, il se heurte à leur protecteur, l’empereur Henri II de Bavière. En revanche, en 1003-1004, il conquiert la Bohême, la Moravie, la Lusace et le pays de Milsko (Milzenland). Mais la Bohême est reprise par Henri II en 1018 ; la paix conclue à Budisyn laisse au duc de Pologne le Milzenland, la Lusace et la Moravie. Il s’empare ensuite des territoires du Bog et du San avec les places fortes de Czerwien et de Przemysl. Boleslav, qui entretient des relations épistolaires avec les empereurs de Byzance et avec le pape, obtient de ce dernier, en 1000, la création de l’archevêché de Gniezno, qui fait de la Pologne une province ecclésiastique dépendant directement de Rome. En 1025, il se fait couronner roi avec le consentement du pape.

Avec ses successeurs, Mieszko II, Casimir Ier le Rénovateur, Boleslas II le Hardi et Boleslas III Bouche-Torse (1102-1138), s’ouvre une période de crise (1034-1040) puis de relèvement de la monarchie. Débauché et ivrogne, Mieszko II (1025-1034) compromet l’œuvre de son père : son règne est marqué par de nombreuses révoltes et il doit finalement reconnaître la suzeraineté de l’empereur Conrad II. Confronté aux appétits du Saint Empire, aux révoltes des nobles et aux invasions des Mongols et des Lituaniens païens en Grande Pologne et en Mazovie, le pays se disloque en duchés indépendants, même s’ils restent liés encore par le sentiment d’appartenance à une langue, à une religion et à une culture commune. En 1037, Casimir Ier le Rénovateur (1038-1058) est chassé par ses sujets révoltés et ce n’est qu’avec l’aide de l’empereur Henri III qu’il parvient à rétablir son autorité, l’année suivante.

Boleslas II le Hardi, qui lui succède (1058-1079), mène des guerres victorieuses et prend la couronne royale en 1076, mais, après une expédition malheureuse contre Kiev, il se heurte à une rébellion des barons et des prélats, adversaires d’un pouvoir monarchique fort; excommunié après avoir fait exécuter l’évêque Stanislas de Cracovie, il doit s’exiler. Sorti vainqueur d’une lutte contre son frère Zbigniew qui lui disputait la succession, Boleslas III Bouche-Torse (1102-1138) parvient à réunifier la Pologne et recouvre la Poméranie occidentale perdue par ses prédécesseurs (1135), mais il procède au partage de la Pologne entre ses fils, dont l’aîné portera le titre de prince suzerain.

Cracovie
Cracovie

Morcellement et réunification de la Pologne (1138-1370)

La rivalité des prétendants au trône du prince suzerain établi à Cracovie entraîne de nombreuses guerres civiles. Le morcellement de la Pologne s’aggrave par la création de nouvelles principautés qui se rendent indépendantes, entraînant un affaiblissement de plus en plus marqué de l’autorité des princes suzerains en faveur du grands seigneurs ecclésiastiques et laïcs qui les déposent à leur gré. Ainsi, après Boleslas IV (1146-1173), Mieszko III (1173-1177) est renversé par les aristocrates, qui le remplacent par son frère Casimir II (1177-1194).

De nombreux colons allemands s’établissent en Poméranie occidentale et en Basse-Silésie, ce qui amène une germanisation de ces provinces. La marche du Brandebourg s’empare d’une partie des provinces occidentales de la Pologne. La situation s’aggrave en 1226, lorsque les chevaliers Teutoniques, venus évangéliser les Prussiens, se retournent contre leurs hôtes polonais, conquièrent la Prusse et fondent un État indépendant. Le 14 novembre 1308, les Teutoniques entrent dans Gdansk, dont ils massacrent la population, et s’emparent de la Poméranie orientale. S’ajoutent aussi, depuis 1241, les ravages récurrents des invasions mongoles, qui dévastent le pays.

Cependant, la conscience des dangers politiques, renforcée par une forte identité linguistique, culturelle et religieuse (métropole ecclésiastique de Gniezno) suscite une tendance à la réunification du pays. Après un morcellement de deux siècles, où les duchés étaient divisés en châtellenies autour d’un château tenu par un baron féodal, un souverain énergique Ladislas Ier le Court (Wladislaw Lokietek, 1260-1333) parvient à reconstituer un royaume amputé en réunissant la Grande et la Petite Pologne ainsi que la province de Kujawie (ou Cujavie, région située entre la Grande Pologne et le duché des chevaliers Teutoniques). En 1320, il consacre la réunification du pays en recevant à Cracovie la couronne royale que porteront désormais tous ses successeurs.

Son fils, Casimir III le Grand (1333-1370), rétablit l’État, et son règne est une ère de prospérité et d’épanouissement (selon l’expression polonaise, Casimir le Grand trouva une Pologne en bois et laissa à sa mort une Pologne en briques). Ce «roi de paysans», protecteur des Juifs (il accueille ainsi 300 communautés ashkénazes fuyant les pogroms d’Allemagne, et une «ville juive» se forme à Cracovie), réforme l’État, instaure la monnaie, codifie les lois, encourage le commerce et favorise l’émergence des villes en Petite et Grande Pologne.

Il fonde l’université de Cracovie en 1364.

Il sait aussi conclure la paix avec Jean de Luxembourg en persuadant celui-ci de renoncer au trône de Pologne, et négocier par le traité de Kalisz avec les chevaliers Teutoniques la réincorporation dans son royaume de la Kujawie et de la terre de Dobrzyn en acceptant de perdre la Poméranie de Gdansk. Il rencontre cependant un échec en 1348 avec les deux ducs Piast de Silésie, qui préfèrent rester sous la suzeraineté de la Bohême ; la région la plus riche et la plus peuplée du royaume échappe ainsi définitivement à la Pologne. Par une longue guerre qui dure de 1348 à sa mort, Casimir III poursuit une politique de conquêtes en direction de l’Est. Il obtient ainsi les territoires de Halicz, de Przemysl et de Lvov. Il s’emploie à poloniser les Slaves orthodoxes qui peuplent ces régions, créant notamment à Lvov un archevêché catholique. Avec lui s’achève la dynastie des Piast. N’ayant pas de fils, il désigne son neveu, l’Angevin Louis Ier le Grand, roi de Hongrie, pour lui succéder (1370).

La dynastie hongroise (1370-1386)

Louis Ier le Grand, n’ayant pas d’héritier mâle, accorda de nombreux privilèges aux nobles afin d’assurer à sa mort (1382), le trône à sa fille, Hedwidge d’Anjou, âgée de treize ans; devenue reine de Pologne (1384), Hedwige épouse en 1386 le grand-duc de Lituanie, Ladislas (Wladislaw) Jagellon; celui-ci se convertit pour l’occasion au christianisme, et évangélise son pays. De ce mariage date l’union — personnelle au commencement —, de la Lituanie et de la Pologne, événement capital dans l’histoire de la Pologne.

Apogée du royaume de Pologne sous les Jagellons (1386-1572) – Les premiers Jagellons (1386-1492)

Avec Ladislas II (Wladislaw V) Jagellon (1386-1434), l’État polono-lituanien écrase la puissance teutonique à la bataille de Grunwald (Tannenberg), en 1410. Son successeur, Ladislas III (Wladislaw VI) Jagellon (1434-1444), roi de Hongrie en 1440, entreprend une croisade contre les Turcs, mais il est battu et trouve la mort dans la bataille de Varna. Enfin, en 1466, à la suite de la guerre de Treize Ans (1454-1466), Casimir IV (1444-1492) parvient à imposer définitivement sa suzeraineté au grand maître de l’ordre Teutonique (paix de Toru4, 1466) : la Prusse occidentale (Poméranie orientale) revient au royaume de Pologne; le Grand Maître de l’ordre Teutonique conserve la Prusse-Orientale en qualité de vassal du roi de Pologne.

Épanouissement de la Pologne nobiliaire (1492-1572)

Sous les règnes de Jean Ier Albert (1492-1501) et d’Alexandre I er (1501-1506), la noblesse parvient à accroître ses privilèges et sa participation aux affaires de l’État. Sigismond I er le Vieux (1506-1548) laisse le Grand Maître de l’ordre Teutonique, Albert de Brandebourg, converti au luthéranisme, séculariser les domaines de l’ordre et se proclamer duc héréditaire de Prusse, sous la suzeraineté de la Pologne; la Réforme a un grand, mais éphémère, succès auprès des magnats et des bourgeois, tandis que la paysannerie reste fortement attachée au catholicisme.

La paysannerie constitue à cette époque la grande masse de la population polonaise, mais elle est pour la plus grande partie composée de serfs (le servage a été rétabli); les citadins ne peuvent plus accéder à la propriété foncière. La noblesse (szlachta), seule, possède des droits politiques. Elle se compose d’un petit nombre de familles riches et puissantes, les magnats, et d’une multitude de petits barons moyennement aisés ou pauvres. Les plus démunis possèdent une petite exploitation rurale, comme les paysans, et certains sont même dépourvus de toute propriété foncière. Attachée à une politique «antimercantiliste», la noblesse s’oppose, à partir de 1565, à ce que les marchands polonais vendent le blé polonais et elle en confie le commerce à des marchands étrangers, surtout hollandais.

Paysage de la Pologne
Paysage de la Pologne

De l’extinction des Jagellons aux partages de la Pologne (1572-1795) – La constitution polonaise

Sous les Jagellons, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie forment une «république» multiconfessionnelle, gouvernée par un souverain élu par la Diète. Le gouvernement est donc partagé entre deux pouvoirs : celui du roi, et celui de la Diète. Tous les nobles participent de droit à cette élection. Avec l’approbation de la Diète, le roi nomme les ministres, mais ceux-ci étant nommés à vie, les prérogatives royales sont progressivement réduites et, dans les faits, le pouvoir royal s’affaiblit toujours davantage.

La Diète se compose du Sénat (dominé par les magnats) et de la Chambre des nonces (députés élus avec mandat impératif par la noblesse dans les assemblées provinciales ou diétines). Le pouvoir revient en fait à un petit groupe de magnats disposant de l’appui de leurs propres troupes armées et de la noblesse pauvre qui forme leur clientèle. Après la disparition en 1572 du dernier Jagellon (Sigismond II), les nobles font couronner des rois élus à l’unanimité. Mais chaque élection ouvre une période de conflits, et le pays finit par sombrer dans l’anarchie. À chaque élection, les candidats à la couronne, cherchent à s’assurer la victoire en accordant de nouveaux privilèges à la noblesse; celle-ci met ainsi à profit ces guerres de succession pour limiter toujours davantage le pouvoir royal.

L’affaiblissement de l’État polonais et sa disparition – Apogée et décadence de la démocratie nobiliaire

En 1652, l’instauration du droit de liberum veto, en substituant dans le fonctionnement de la Diète la règle de l’unanimité à celle de la majorité, donnera de fait le droit à tout noble de rompre la Diète : un seul nonce pourra désormais l’empêcher de prendre une décision valable, ce qui la condamne à l’anarchie. Outre le pouvoir royal, le fonctionnement même de l’État s’en trouvera paralysé. Sur onze rois élus désormais, quatre seulement seront polonais. La plupart introduisent ou poursuivent les querelles dynastiques. Le pays s’empêtre dans des conflits tous azimuts. En moins d’un siècle, la Pologne devra faire face au soulèvement des Cosaques, aux invasions russes, suédoises et turques; la «république» sortira exangue de cette terrible épreuve («le déluge») : l’évolution sociale et économique sera marquée par un effondrement de la bourgeoisie, consécutif à la ruine du commerce et la décadence des villes, et par la prédominance économique et politique de la noblesse terrienne, qui rétablit le servage.

Le tournant (1576-1696)

Premier roi élu, en 1573, Henri de Valois (1573-1574) fils du roi de France Henri II, abandonne un an plus tard sa couronne de Pologne pour régner en France (Henri III). Étienne Bathory, qui lui succède (1576-1586), tente de restaurer le pouvoir royal et lutte avec succès contre la Moscovie. À son tour, Sigismond III Vasa (1587-1632) lutte contre la Suède, la Russie et l’Empire ottoman. Il s’empare de Moscou (1610) mais perd ensuite une grande partie de la Livonie. Sous Jean II Casimir (1648-1668), la Pologne perd une partie de ses territoires orientaux à la suite du soulèvement des Cosaques d’Ukraine et d’une guerre avec la Russie. En 1655, une invasion suédoise ravage une grande partie de la Pologne, qui perd sa suzeraineté sur le duché de Prusse.

Après Michel Wisnowiecki (1669-1673), le roi Jean III Sobieski (1674-1696) s’illustre dans les guerres contre les Turcs; en 1683, il sauve Vienne qu’ils assiégeaient, stoppant ainsi la poussée ottomane en l’Europe. À la paix de Karlowitz (1699) les Ottomans doivent restituer la Podolie et l’ouest de l’Ukraine à la Pologne.

La crise de la souveraineté (1697-1763).

Allié de Pierre le Grand dans sa lutte contre Charles XII de Suède, Auguste II le Fort (1697-1733) est d’abord détrôné par les Suédois au profit de Stanislas Leczi4ski (1704), mais, en 1709, il parvient à remonter sur le trône avec l’appui des Russes. L’influence politique de la Russie ne cesse dès lors de s’accroître en Pologne. À la suite de la guerre de la Succession de Pologne (1733-1735), le fils d’Auguste II, l’Électeur de Saxe Auguste III (1733-1763), appuyé par les armées russes, l’emporte définitivement sur Stanislas Leczi4ski, faiblement soutenu par la France. L’anarchie ne fait que s’aggraver dans une Pologne de plus en plus affaiblie.

Les réformes et la chute de l’État polonais

Il fallut attendre le dernier roi, Stanislas II Auguste Poniatowski (1764-1795), un noble polonais imposé par Catherine II dont il était devenu le favori, pour voir mettre en œuvre — contre la volonté de la tsarine — une politique de réformes économiques, politiques et culturelles. Dans cette Pologne — devenue de fait un protectorat russe : maintien de forces militaires d’occupation, ingérences de plus en plus flagrantes dans le gouvernement, etc. — le nouveau roi tenta en effet, avec ses partisans, d’introduire certaines réformes afin d’éliminer les vices les plus flagrants du système. Mais, lorsqu’il suspendit le liberum veto, une fraction de l’aristocratie, fondant la Confédération de Bar (1768-1772), se soulèva contre lui et fit appel à l’armée russe (1772). L’insurrection réprimée, la Pologne était entièrement tombée à la discrétion de la Russie; mais la Prusse et l’Autriche, se posant en «garants des libertés nationales» polonaises voulurent également leur part du butin, et firent pression sur la Russie pour procéder à un démembrement de la Pologne en trois parties.

Premier partage de la Pologne (1772).

Ce premier partage vit le pays perdre les trois cinquièmes de son territoire au profit des puissances limitrophes: la Russie de Catherine II reçut la Livonie du Sud, la Ruthénie Blanche au nord de la Dvina et à l’est du Drut; l’Autriche s’empara d’une partie de la Petite Pologne au sud de la Vistule et de la Galicie (Ruthénie rouge) jusqu’à la rivière Zbrucz, sauf Cracovie, mais avec Lvov et Tarropol ; enfin, la Prusse se saisit de la Prusse Royale polonaise, moins Dantzig (Gda4sk) et Thorn (Toru4), de la Warmie, et d’une partie de la Grande Pologne.

Deuxième partage de la Pologne (1793).

Durement frappés, les Polonais se ressaisirent; la diète se réunit pendant quatre ans et élabora finalement une constitution (la deuxième constitution au monde, après celle des États-Unis d’Amérique) et un ensemble de lois définissant des réformes de l’armée et des impôts. En dépit des obstacles soulevés par la Russie, l’État polonais se relevait au point de vue économique et mettait de l’ordre dans l’administration. La culture nationale se développa : en 1793 fut créée une Commission d’éducation nationale (premier ministère de l’Instruction publique au monde). La Constitution du 3 mai 1791 abolit la forme quasi féodale du gouvernement : des droits politiques furent accordés au tiers état, et des garanties de protection furent données aux paysans.

Mais, de nouveau, un certain nombre de magnats, menacés dans leurs privilèges, se regroupèrent dans la confédération de Targowica qui fit appel à l’armée russe pour s’opposer aux réformes. L’intervention militaire des Russes, puis celle des Prussiens, aboutit à un deuxième partage du pays (1793) : la Russie et la Prusse s’entendirent pour s’emparer chacune d’une nouvelle partie de la Pologne et lui imposer l’abolition de la nouvelle constitution. Dans ce second partage, la Prusse se saisit de Gdansk, de Torun et de la Grande Pologne (Posnanie). La Russie s’empara de la Russie Blanche de Minsk, de la plus grande partie de la Lituanie, de la Polésie, de la Volhynie et de la Podolie.

Troisième partage de la Pologne (1795).

Éxaspérés, les Polonais se soulevèrent sous la conduite de Tadeusz Kościuszko. L’insurrection nationale fut d’abord victorieuse, et les réformes entamées par la Constitution du 3 mai 1791, inspirée des Lumières, furent poursuivies (abolition du servage). Mais Kościuszko fut vaincu par les Russes dans la bataille de Maciejowice (10 octobre 1794) et l’insurrection fut écrasée dans le sang. Un troisième partage anéantit alors ce qui restait encore de la Pologne : la Prusse prit la Pologne centrale (Mazovie) avec Varsovie et les territoires à l’ouest du Niemen; la Russie annexa la Courlande, le reste de la Lituanie et la région située à l’est du Niemen et du Boug. L’Autriche s’empara de tout le reste (Pologne méridionale avec Cracovie et Lublin). La Pologne avait disparu en tant qu’État : pour plus d’un siècle, elle était «effacée» de la carte de l’Europe.

La Pologne démembrée (1795-1914)

La Pologne et Napoléon Ier

Un grand nombre de patriotes polonais se réfugièrent en France et s’enrôlèrent dans ses armées. Ainsi, le général Dombrowski forma la Légion polonaise, qui joua un grand rôle dans l’épopée napoléonienne. En 1807, avec une partie des territoires polonais précédemment annexés par la Prusse, Napoléon constitua le grand-duché de Varsovie. En 1809, il aggrandit le grand-duché avec une partie des territoires qui avaient été annexés par l’Autriche. Les corps polonais, sous le commandement du prince Joseph Poniatowski, se distinguèrent au cours de la campagne de 1812 et pendant la bataille de Leipzig.

Le «royaume de Pologne» sous la domination russe (1815-1914)

1815-1831

Les Polonais, qui avaient soutenu l’épopée napoléonienne, virent leurs espoirs de liberté s’évanouir après la défaite de l’Empereur. Au congrès de Vienne, les Alliés s’accordèrent pour faire entre eux une nouvelle répartition des territoires dont ils s’étaient emparés en 1795; Russes, Allemands et Autrichiens allaient désormais s’ingénier à dissoudre l’identité nationale polonaise. Ce qui restait du grand-duché, diminué par des restitutions de territoires à la Prusse (Posnanie, Prusse occidentale, Gdansk et Torun) et à l’Autriche (Galicie et Lodomérie, au sud de la Vistule et du San), fut érigé en un royaume de Pologne, avec pour roi Alexandre Ier, tsar de Russie. Ce nouveau royaume, qui ne devait en principe être lié à la Russie que par une union personnelle, reçut du tsar une constitution; il avait un gouvernement propre (le vice-roi et la Diète) et son armée.

Mais, très vite, se fit jour le mécontentement croissant des Polonais contre le tsar, qui ne donnait satisfaction ni à leurs aspirations libérales (pratique sincère du régime constitutionnel), ni à leurs aspirations nationales (réunification au royaume des provinces de l’ancienne Pologne annexées par la Russie). En novembre 1830, une insurrection qui éclata contre le tsar Nicolas Ier, successeur d’Alexandre, empêcha les troupes russes de participer à la répression des mouvements révolutionnaires en Belgique et en France; l’insurrection fut matée après une guerre de dix mois de l’armée polonaise contre l’armée russe.

1831-1864

La répression fut de nouveau féroce, et un grand nombre de Polonais, surtout parmi les intellectuels, choisirent alors la voie de l’émigration, particulièrement vers la France. Le royaume de Pologne subsistait en principe, mais la constitution fut abrogée, l’armée polonaise dissoute, l’administration rattachée directement aux différents ministères russes; la Pologne n’était plus, dans les faits, qu’une dépendance de l’Empire russe, soumise à un régime de dictature. Pourtant, le sentiment national, éperonné par l’Église catholique, en sortit de nouveau fortifié. L’économie se redressa, le pays s’industrialisa et la société évolua. En 1863, éclata une nouvelle insurrection; les autorités insurrectionnelles promirent aux paysans la propriété des terres qu’ils cultivaient; mais cette insurrection fut, encore une fois, matée par l’armée russe et, de nouveau, une répression impitoyable s’abattit sur le pays (1863-1864).

Chronologie (1863): Révolte de Varsovie contre le tsar

La politique de russification mise en œuvre depuis 1831 fut intensifiée : la langue polonaise fut successivement interdite dans l’enseignement, l’administration, les tribunaux, les églises, sur les enseignes et les affiches.

1864-1914

Cette politique échoua en grande partie mais la Pologne était soumise à l’autorité absolue des fonctionnaires russes. L’ordre était maintenu par la répression, et des mesures furent prises pour affaiblir encore davantage la classe dirigeante polonaise : les nobles (appauvris par l’expropriation d’une partie de leurs domaines au profit des paysans, auxquels les autorités tsaristes ont fini par accorder la propriété des terres qu’ils cultivent) et le clergé de l’Église catholique (dépouillée de ses domaines, les prêtres recevant désormais un traitement de la part de l’État).

Parallèlement, les Polonais des zones annexées par la Prusse furent expulsés de leurs terres, et ces régions sont soumises à une germanisation accélérée. La révolution russe de 1905 fut saluée en Pologne par de puissants mouvements de grèves et de manifestations, et par des actions terroristes anti-russes, dirigées par Józef Pilsudski, qui avait fondé dans la clandestinité un parti révolutionnaire socialiste se donnant pour but l’indépendance de la Pologne; en août 1914, l’organisation de Pilsudski se constitua en Légion polonaise ; sous son commandement, celle-ci entra dans la guerre aux côtés des Empires centraux contre la Russie. En 1918, arriva en France une légion polonaise qui, sous le commandement du général Jozef Haller, avait d’abord combattu la Russie en Ukraine, puis s’était retournée contre l’Allemagne après le traité de Brest-Litovsk; cette armée fut reconnue comme «Alliée indépendante» en juillet 1918. L’indépendance de la Pologne fut proclamée le 11 novembre 1918.

Pologne - Carte Union Européenne
Pologne – Carte Union Européenne

La Pologne au XXe siècle

D’une guerre à l’autre : la Seconde République polonaise (1918-1939)

Le pays fut ressuscité par le traité de Versailles (1918). Surgirent aussitôt un certain nombre de conflits, intérieurs (définition du système social et politique du pays) et extérieurs ( définition des frontières), les Polonais habitant les territoires appartenant autrefois à la Pologne et désormais peuplés en majorité de non-Polonais, désirant vivre à l’intérieur des frontières de l’État restauré (lutte avec les Ukrainiens pour la Galicie orientale, et avec les Lituaniens pour la région de Vilno). En février 1919, une guerre éclata entre la Pologne et les Bolcheviks. L’armée polonaise avança vers l’est. La coalition proposa alors de délimiter la frontière orientale de la Pologne d’après la «ligne Curzon»; les régions non majoritairement peuplées de Polonais resteraient en dehors des frontières du nouvel État.

Soutenue par des conseillers militaires français, l’armée polonaise repoussa une contre-offensive de l’Armée rouge près de Varsovie et franchit la ligne Curzon.

Par le traité de paix de Riga (18 mars 1921), la Pologne obtint quelques régions (Galicie) situées à l’est de la ligne Curzon mais, en dépit du soutien de la France, elle n’obtint cependant qu’un accès réduit à la mer (le «corridor de Dantzig»); Dantzig (Gdansk), elle-même, fut érigée en ville libre. La Prusse-Orientale, peuplée en majorité de Polonais, demeura à l’Allemagne. Au terme de ces réaménagements de frontières, plus d’1 million de Polonais vivaient donc encore en dehors des frontières du nouvel État.

Cette situation, qui par ailleurs conservait à l’Allemagne un sérieux avantage stratégique, constituait donc la source de nouveaux conflits de frontières. Un référendum, prévu par le traité de Riga, devait décider si la Haute-Silésie devait rester allemande ou devenir polonaise. En 1922, après trois insurrections, la Pologne recouvrit cette région hautement industrialisée. Ce remodelage des frontières avait repoussé les frontières au-delà de la ligne Curzon et du cours du Boug, mais la Pologne dut alors faire face à des tensions sociales et des luttes politiques.

Politique intérieure de la Pologne

Jusqu’en 1926, la Pologne fut une République parlementaire. L’absence d’une majorité stable à la Diète, les conflits sociaux, l’opposition permanente des nombreuses minorités nationales (environ un tiers de la population) compliquaient la formation de cabinets durables. Ceci facilita au maréchal Pilsudski la prise du pouvoir, auquel il parvint par un coup d’État dirigé contre le cabinet présidé par un militant paysan, Wyncenty Witos. Pilsudski gouverna jusqu’à sa mort, en 1935, soit comme ministre des Affaires militaires, soit temporairement comme Premier ministre. Tout en conservant les apparences d’une démocratie parlementaire, la Pologne était soumise à une véritable dictature. Dès 1930, les différentes oppositions furent muselées.

En 1935, une nouvelle constitution entra en vigueur, qui plaçait le président de la République à la tête de tous les organes d’État. Après la mort de Pilsudski, le pouvoir revint à deux de ses proches collaborateurs : le président de la République, Moscicki, et le général Rydz Smigly (qui sera par la suite nommé maréchal). Le camp nationaliste s’organisa au sein de l’Union nationale, nouvelle organisation qui regroupait les partisans du gouvernement. L’opposition, éliminée du Parlement du fait d’un nouveau système électoral non-démocratique, conservait cependant une grande influence. Il s’agissait, à droite, du parti national, dirigé par Dmowski, et, à gauche, du parti socialiste polonais ainsi que du parti paysan de Witos (qui avait dû s’exiler à l’étranger comme réfugié politique). L’influence croissante du parti communiste polonais (illégal) qui tendait à la formation d’un Front populaire, fut stoppée après sa dissolution en 1938 par le Komintern.

Situation économique et sociale de la Pologne

La Pologne était sortie très éprouvée de la guerre de 1914-1918, et la situation financière du pays était dramatique. Après le recouvrement de l’indépendance, sept monnaies différentes circulaient en Pologne. Le pays était touché par une très forte inflation. En 1924, l’État polonais procéda, avec ses propres moyens, à une réforme monétaire… L’année suivante, il y eut une crise monétaire, mais, en 1927, le zloty était stabilisé.

De grandes différences marquaient les régions occidentales, industrialisées, et les région du centre et de l’Est, bien plus pauvres. Les deux tiers de la population vivaient de l’agriculture dont les principaux produits, outre le bétail et les porcins, étaient les céréales, surtout le seigle, et les pommes de terre. Le rendement de l’agriculture était très faible. Vu le surpeuplement des campagnes, la nécessité de remettre aux paysans les terres des grands propriétaires constituait un important problème social. La reforme agraire ne se réalisait que très lentement (20 % des ruraux possédaient moins de 20 hectares et 45 % d’entre eux n’étaient pas propriétaires).

Le charbon et le pétrole étaient les principales richesses minières du pays. Les industries textile, métallurgique et alimentaires étaient relativement développées. De nouvelles activités industrielles s’épanouirent : l’industrie chimique et l’industrie de l’armement et de la défense nationale. Le petit bourg de Gdynia devint une grande ville et le port le plus moderne de la Baltique. L’industrie, coupée de ses principaux débouchés situés à l’est, avait du mal à écouler ses produits. D’où un chômage relativement important, particulièrement sensible à partir de la crise de 1929-1933. Les dernières années de l’entre-deux guerres furent cependant marquées par une extension dynamique de nombreuses branches et par leur modernisation.

Politique extérieure

La Pologne était dans la sphère d’influence de la France, qui l’avait aidée matériellement pendant la guerre soviéto-polonaise, et qui soutenait ses revendications envers l’Allemagne. Cette influence se concrétisa, en 1921, par la signature d’un traité franco-polonais, comportant des clauses militaires secrètes. Dès la signature du traité de Versailles, l’Allemagne avait en effet avancé des revendications territoriales envers la Pologne, et elle ramena à presque zéro ses relations commerciales et économiques avec le nouvel État.

Après les accords de Locarno (octobre 1925), les relations franco-polonaises se relâchèrent. En 1932, la Pologne conclut avec l’Union soviétique un pacte de non-agression, renouvelé en 1934 pour une durée de dix ans. Les relations avec l’Allemagne, qui s’étaient aussitôt détériorées après l’arrivée au pouvoir de Hitler, se modifièrent radicalement dès janvier 1934, par la signature d’une déclaration de non-agression pour dix ans. La Pologne ayant cependant confirmé qu’elle demeurait toujours fidèle à ses engagements militaires envers la France, les relations franco-polonaises s’améliorèrent de nouveau.

Après les accords de Munich, la Pologne occupa la région de Cieszyn (Teschen) dont la Tchécoslovaquie s’était emparée en 1919 pendant la guerre polono-soviétique, et peuplée en grande majorité de Polonais. L’Allemagne engagea alors une offensive diplomatique vers la Pologne, à laquelle Hitler proposa une action commune contre la Russie et des négociations sur les questions frontalières. La Pologne, après avoir refusé ces propositions, se prépara à se défendre. Des garanties lui furent données par la Grande-Bretagne, qui se concrétisèrent par un traité d’alliance après la signature du pacte de non-agression germano-soviétique signé à Moscou par Molotov et Ribbentrop le 23 août 1939 : par un protocole secret de ce pacte, l’Union soviétique et le IIIe Reich prévoyaient une attaque conjointe contre la Pologne et les Pays baltes et le partage entre elles de ces territoires.

pologne-ghetto-varsovie
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La Seconde Guerre mondiale et les modifications territoriales

La Pologne envahie

Le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre, l’armée allemande attaqua la Pologne. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France déclaraient la guerre à l’Allemagne. Les forces polonaises se battirent isolément. La grande bataille de Kutno prit fin le 20 septembre; le 28, Varsovie capitula, et le 6 octobre les dernières unités régulières qui s’étaient battues à Kock cessaient le combat.

Le 17 septembre, conformément au pacte germano-soviétique, l’Armée rouge avait franchi la frontière polonaise. Les régions orientales occupées (environ 200 000 km²) furent aussitôt annexées à l’Union soviétique (Ukraine et Russie blanche). Nikita Khrouchtchev, chargé par Staline de l’épuration systématique de l’ancien personnel politique et administratif polonais, fit procéder à des déportations massives de populations vers l’URSS; des milliers d’officiers polonais faits prisonniers par les forces soviétiques furent massacrés par la police politique (massacre de Katyn). La frontière commune germano-soviétique fut fixée le 28 septembre.

Le Reich divisa en deux zones les territoires polonais qu’il occupait. La région située à l’ouest de Varsovie fut purement et simplement annexée et intégrée au Reich, qui en chassa la population polonaise, confisqua ses biens, déporta les élites vers des camps de concentration et entreprit l’extermination totale des Juifs. Le reste du territoire polonais occupé formait un «gouvernement général» (à Cracovie) qui, d’après les plans de Hitler, devait servir de réserve temporaire pour la population polonaise expulsée des territoires annexés à l’ouest. Après l’attaque allemande sur l’URSS (22 juin 1941), les armées allemandes occupèrent toute la Pologne, et la zone de «gouvernement général» fut agrandie des territoires précédemment annexés par les Soviétiques.

Les populations polonaises furent asservies et soumises à une exploitation économique brutale. Toute vie sociale et culturelle était interdite, les écoles secondaires et supérieures furent supprimées. Des rafles fournissaient à l’occupant une main d’œuvre gratuite (jusqu’à 3 millions de Polonais furent déportés vers l’Allemagne). Les Juifs, d’abord enfermés dans des ghettos, furent ensuite soit assassinés sur place, soit déportés vers les camps d’extermination. Au total, plus de six millions de Polonais furent tués pendant le conflit (dont près de 3 millions de Juifs massacrés par les nazis).

La résistance et la libération

À l’étranger, les fugitifs s’étaient enrôlés sous les drapeaux alliés. En France (jusqu’en juin 1940), puis à Londres, fut mis en place un gouvernement polonais en exil, qui dirigea la lutte contre l’Allemagne. Le général Wladislaw Sikorski, Premier ministre, fut nommé commandant en chef des forces polonaises qui se battirent en France, en Norvège, participèrent à la bataille d’Angleterre, puis combattirent en Afrique (Tobrouk), en Italie (Monte Cassino) et sur le front occidental (200 000 hommes dans l’armée Anders à la fin de la guerre). En Pologne même, malgré la terreur, la résistance s’organisa dès le début de l’occupation. Les Soviétiques firent reconstituer un parti communiste sous le nom de Parti ouvrier polonais (POP). Lorsque, après une amélioration passagère des relations entre le gouvernement polonais en exil à Londres et le gouvernement soviétique, les relations diplomatiques furent une nouvelle fois rompues, le POP commença à organiser ses propres organes de pouvoir.

Au début de 1944, un Conseil national polonais, présidé par le communiste Boleslaw Bierut, fut fondé par le POP avec la participation de représentants des groupes paysans et socialistes.

Une armée polonaise avait été reconstituée en Union soviétique. Après la bataille de Lenino (octobre 1943), elle participa aux côtés de l’Armée rouge, à la libération du territoire polonais. Lorsque l’Armée rouge parvint sur la Vistule, l’Armée de l’intérieur, dirigée par le général Bor-Komorowski, déclencha une insurrection à Varsovie (1er août 1944); la population prit une part active aux combats, avec l’appui du parti socialiste polonais clandestin dont les militants s’étaient joints aux insurgés. Mais, les forces soviétiques ayant stoppé leur offensive en direction de Varsovie et étant restées immobiles sur la Vistule, ce mouvement de résistance fut anéanti par la Wehrmacht (2 octobre 1944).

En juillet 1944, s’était créé dans les zones librées par les Soviétiques un Comité de libération nationale; celui-ci, en accord avec le gouvernement soviétique, prit le pouvoir le 22 juillet 1944, et se transforma au début de 1945, en gouvernement provisoire qui prit le contrôle dans les zones progressivement reconquises par l’Armée rouge.

La République populaire de Pologne

À l’est, la frontière polono-soviétique fut fixée d’après la ligne Curzon; à l’ouest, en vertu des accords de Potsdam, la Pologne récupérait les anciens territoires polonais situés à l’est de l’Oder et de la Neisse (à l’exception d’une partie de la Prusse orientale, qui allait à l’Union soviétique); sur ces territoires, d’où furent évacuées de force les populations allemandes qui y étaient établies, furent rapatriés et installés environ 1,5 million de Polonais qui avaient été déportés vers l’Union soviétique en 1939-1940.

Le parti communiste polonais, insignifiant avant la guerre, était devenu la force prépondérante du pays. Le pays, «libéré» par l’Armée rouge, dut rapidement s’aligner sur le modèle soviétique : l’agriculture fut collectivisée, les entreprises nationalisées, les médias contrôlés. Le système du parti unique, qui devait permettre la création d’une société industrielle moderne, ne recueillit cependant que de minces résultats en raison de l’impéritie de la nomenklatura et de l’absence totale d’adhésion populaire. Les intellectuels, les ouvriers, les étudiants, l’Église et les paysans ne cessaient de dénoncer le désastre économique et l’étouffement des libertés. Le brasier s’alluma à plusieurs reprises : 1956, 1968, 1970, 1976. Les émeutes furent réprimées. Chaque révolte parvenait cependant à arracher quelques réformes.

De violentes grèves embrasèrent de nouveau le pays en 1980. Cette fois, le rapport de forces bascula. Le parti céda devant l’ampleur des contestations; le syndicat indépendant Solidarność (Solidarité) fut légalisé, les pourparlers furent ouverts. Lorsque ce syndicat, à la tête duquel se touvait Lech Walesa, revendiqua l’organisation d’élections libres et le contrôle de l’approvisionnement, l’armée prit le pouvoir. Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski instaura l’«état de guerre». La révolte matée, le pouvoir entama un processus de «normalisation» et tenta, en maintenant le pays sous sa férule, de nouer le dialogue avec une population épuisée par les pénuries persistantes. Sous la pression internationale, l’état de siège fut levé et les opposants furent libérés.

La population s’engagea dans la voie de la «résistance passive», confortée par l’espérance vague qu’avait fait naître l’élection du cardinal polonais Wojtyla à la papauté, sous le nom de Jean-Paul II. Les églises se transformèrent en foyers de l’opposition. Entrés dans la clandestinité, les partisans de Solidarité constituaient des réseaux de résistance.

Le retour à la démocratie – Création du syndicat Solidarité en Pologne

En 1988, la situation économique était au plus bas. Une nouvelle vague de grèves et l’esprit de la perestroïka contraignirent le gouvernement à reprendre le dialogue. Ce faisant, un plan de sauvetage fut élaboré. Solidarité fut légalisé, mais la nomenklatura continuait de contrôler les institutions clés. À l’issue des premières élections libres, Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarité, fut nommé Premier ministre, tandis que le Parlement confiait la présidence au général Jaruzelski. Le programme de redressement économique se révéla brutal. En 1990, Lech Walesa, qui avait été écarté temporairement, fut élu à la présidence de la République à l’issue d’une campagne jugée démagogique jusqu’au-delà des frontières. Les conséquences sociales de la libéralisation brutale de l’économie et la «guerre fratricide» entre anciens dirigeants de Solidarité brisa le soutien de la population.

La vie politique restait dominée par des formations «post-Solidarité», tandis que le système proportionnel donnait naissance à une Diète fragmentée. Les partis s’ordonnaient selon deux axes, l’un pro-étatiste et l’autre libéral. Aucun groupement ne disposait de programme réellement alternatif. Au cours des trois premières années de la présidence de Lech Walesa, quatre gouvernements se succédèrent et une coalition «sociale-démocrate» et chrétienne se forma. L’Église catholique se vit accusée de vouloir imposer des valeurs ultra-conservatrices sur le plan législatif. La gauche, représentée essentiellement par les néo-communistes, remporta les élections législatives de 1993.

En février 1995, Lech Walesa contraignit le Premier ministre, Waldemar Pawlak, du Parti paysan, à démissionner et le remplaça par le président du Parlement, Jozef Oleksy (1995). Mais, en novembre de la même année, Walesa fut battu à l’élection présidentielle par le néo-communiste, Alexandre Kwasniewski, artisan de la conversion de l’ancien parti communiste à la social-démocratie.

Le 21 septembre 1997 inaugura une période d’alternance politique; le bloc des partis de droite et de centre-droite remportait les élections législatives avec 33,83 % des voix. Une coalition formée de l’AWS (Solidarité) et de l’UW (Union de la Liberté) libérale menée par Leszek Balcerowicz (l’instigateur de la «thérapie de choc» en 1990) forma un nouveau gouvernement dont Jerzy Buzek devint le Premier ministre. Dès son arrivée au pouvoir, ce dernier se donna pour objectifs d’apaiser les passions politiques et de conduire la Pologne vers l’intégration à l’Union européenne.

Le 12 mars 1999, la Pologne rejoignit les pays membres de l’OTAN aux côtés de la République tchèque et de la Hongrie.

Même si l’équilibre politique du pays restait fragilisé par l’apparition de dissensions entre les principales formations politiques de la coalition gouvernementale, notamment à propos de la mise en œuvre de la réforme économique et fiscale, l’élection présidentielle d’octobre 2000 confirmait le président sortant dans ses fonctions.

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