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Israël
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Israel

Véritable greffe de l’Occident industriel et urbain sur le Proche-Orient arabe, l’Israël est ce petit pays qui est le fruit d’un siècle d’immigration juive en Palestine. À travers une histoire dominée par des relations conflictuelles avec ses voisins arabes et l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), l’État hébreu a développé une société moderne et techniquement avancée, mais dont l’avenir est lié à l’établissement d’une paix durable dans la région et notamment au sort de la nouvelle entité palestinienne.

carte-israel
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Géographie physique d’Israël

Israël occupe la partie méridionale du Levant, façade orientale de la Méditerranée. Son territoire, bordé au nord par le Liban, au nord-est par la Syrie, à l’est par la Jordanie et au sud-ouest par l’Égypte, est moitié moins étendu que l’Aquitaine: 20 770 km2. L’État d’Israël, sur la portion méridionale de la façade montagneuse du Proche-Orient, juxtapose trois unités de relief parallèles: un étroit ruban de plaines côtières, un axe montagneux et une dépression rectiligne. Le climat passe graduellement du domaine méditerranéen, au nord, à une zone désertique, au sud. Les territoires occupés en 1967 (la Cisjordanie et la bande de Gaza ainsi que Jérusalem-Est) faisaient passer la superficie à 27 800 km2. Allongé du nord au sud, le pays atteint 450 km dans sa plus grande extension, des hauteurs du Golan à Eilat, au fond du golfe d’Aqaba, et 135 km à sa largeur maximale, de la bande de Gaza à la pointe méridionale de la mer Morte.

Israël et son relief

La plaine côtière, alluviale, bordée d’un cordon de dunes littorales, est interrompue au droit de Haïfa par le mont Carmel. Au nord, une étroite plaine s’ouvre sur la baie d’Akko (Saint-Jean-d’Acre). Au sud, la plaine côtière s’élargit progressivement, de 5 à 20 km dans la plaine de Sharon, entre Haïfa et Tel-Aviv, jusqu’à 40 km dans la plaine de Judée, ou Shefela. L’axe montagneux central est assez varié. La coupure transversale de la plaine d’Esdrelon, ou Emeq Yizreel, sépare les chaînons de la Galilée, au nord – où se dresse le mont Méron (1 208 m), point culminant du pays, près de Safed –, de l’éperon calcaire du mont Carmel et des collines de Samarie et de Judée. Vers le sud, le Néguev associe des plateaux monotones, les immenses «cratères» (en fait, des cirques d’érosion à structure plissée) de Makhtesh Qatan, Makhtesh Gadol et Makhtesh Ramon (1 035 m sur sa bordure sud-ouest), puis le bord du bouclier arabique.

À l’est, une série de dépressions jalonnent le fossé d’effondrement qui prolonge au nord le grand rift africain : vallée du Jourdain – élargie au niveau du lac Kinneret (de Tibériade), qui se trouve à 210 m au-dessous du niveau des mers libres – mer Morte (dont la surface est à 396 m au-dessous du niveau des mers), vallée sèche du Wadi Arava, golfe profond d’Aqaba (ou Eilat). Au nord-est, Israël, depuis 1967, s’est assuré le contrôle du plateau basaltique du Golan et du flanc sud-ouest du mont Hermon (2 214 m).

Le climat en Israël

Du fait de sa position à l’angle sud-est du Bassin méditerranéen, Israël est le théâtre d’une transition climatique brutale. Les hautes pressions subtropicales, qui règnent sur l’ensemble du pays en été, entretiennent un climat chaud et sec. En hiver, seule la partie septentrionale est affectée par les dépressions cyclonales, source de précipitations, qui parcourent le Bassin méditerranéen. La Galilée reçoit des pluies relativement abondantes durant la saison froide (718 mm en 75 jours à Safed). Les précipitations diminuent peu à peu vers le sud et vers l’intérieur; Tel-Aviv (539 mm en 64 jours) et Jérusalem (486 mm en 57 jours) connaissent un régime pluviométrique encore nettement méditerranéen. Mais on passe assez rapidement à un climat aride dans le Néguev (204 mm en 33 jours à Beersheba), voire hyperaride à Eilat (25 mm) et dans le fossé de la mer Morte.

Sols et végétation

Les versants montagneux, fortement érodés, portent généralement des sols squelettiques ponctués de poches de terra-rossa. Ils ont perdu l’essentiel de leur couverture forestière naturelle, au caractère méditerranéen prononcé. Le parc national du mont Carmel (9 000 ha), la plus vaste des réserves créées, renferme une zone de protection de cerfs et de gazelles. Les meilleurs terrains sont constitués par les sols alluviaux des vallées de l’intérieur, alors que les sols sableux de la plaine côtière demandent davantage d’eau et d’engrais. Une steppe très clairsemée, à affinité tropicale, couvre de façon discontinue les hauteurs du Néguev, du Wadi Arava et le bassin de la mer Morte.

Jerusalem - Capitale-d-israel
Jerusalem – Capitale-d-israel

Population et démographie israélienne

Le processus migratoire a donné à Israël une population composite; il a façonné les principaux traits de l’occupation du territoire et des activités économiques.

Estimée à plus de 6 millions d’habitants, pour une densité moyenne de 293 h./km2 , la population a connu d’importantes variations de croissance avec l’immigration juive. Son apport s’ajoute à un accroissement naturel élevé (1,5 %), la natalité étant encore assez forte (22 ‰)  et la mortalité très faible (6 ‰). Le taux de population urbaine est très important (92 %). Les deux composantes de la population se distinguent par des effectifs et un dynamisme très différents. La population juive représente 82 % de l’ensemble, les Arabes 18 %. En novembre 1948, à l’issue de la première guerre israélo-arabe, ce rapport était identique. La massive immigration juive des premières années de l’État d’Israël (686 000 arrivants en quatre ans) a vite réduit la part des Arabes à 11 %.

Le flux migratoire s’est par la suite ralenti – malgré quelques pointes en 1955-1956 (indépendance du Maroc et de la Tunisie), 1962-1963 (indépendance de l’Algérie) et 1972-1973 (arrivée de Juifs soviétiques) –, avant de se tarir au cours des années 1980. Le solde migratoire devient même négatif entre 1985 et 1988; dans le même temps, les Arabes israéliens font preuve d’un dynamisme démographique beaucoup plus marqué, portant leur part à 18 % de la population. Une nouvelle vague d’immigration a suivi l’effondrement de l’Union soviétique: 200 000 arrivants en 1990, 176 000 en 1991 (ce mouvement s’est sensiblement ralenti depuis).

Carte de l'Israël avec villes
Carte de l’Israël avec villes

Les villes israéliennes

Trois agglomérations principales réunissent la moitié de la population urbaine. Tel-Aviv-Jaffa, la «colline du printemps» créée en 1909 à côté de la vieille ville de Jaffa, est devenue la métropole économique du pays, ville moderne au centre d’une conurbation littorale où vivent 30 % des Israéliens. Jérusalem, cœur politique et culturel, ville sainte des trois religions du Livre, s’est d’abord trouvée dans une position défavorable, à l’extrémité d’un corridor s’avançant entre la Samarie et la Judée. Le secteur israélien comprenait la ville juive de l’Ouest (avec la colline de la Knesset et des ministères), l’enclave de l’Université hébraïque au nord-est; le secteur oriental sous administration jordanienne comprenait la vieille ville avec les Lieux saints et les quartiers populaires arabes.

Réunifiée en 1967, Jérusalem a connu une croissance rapide, liée au développement des fonctions politiques et culturelles, mais aussi à la volonté d’enraciner la présence juive en multipliant les banlieues nouvelles. Haïfa, adossée aux pentes du mont Carmel, est à la fois un port industriel et le centre régional du Nord. Au sud, Beersheba dessert et organise le front pionnier du Néguev et la zone de sédentarisation des Bédouins.

Israël-Palestine
Israël-Palestine

Économie de l’état d’Israël

Les ressources naturelles à même d’appuyer l’industrie sont très limitées. De petits gisements de pétrole et de gaz naturel ne couvrent que 0,5 % des besoins énergétiques, moins que l’énergie solaire (3,2 %). Israël dépend donc presque totalement du pétrole importé, raffiné à Haïfa et à Ashdod. Les seules matières premières minérales de quelque intérêt sont le sel, la potasse de la mer Morte et les phosphates du Néguev.

Agriculture

L’agriculture israélienne emploie moins de 5 % des actifs. Elle est connue pour ses formes d’organisation spécifiques et son effort de mise en valeur, traits hérités de la période pré-étatique. Les kibboutzim (pluriel de kibboutz), nés à partir de 1909, sont des établissements communautaires organisant collectivement les activités productives et une partie de la vie sociale. Groupés en fédérations liées à diverses tendances syndicales ou politiques, ils réunissent environ le tiers des ruraux. Les moshavim (pluriel de moshav), coopératives développées après la Première Guerre mondiale pour concilier vie familiale et organisation collective, sont devenus la forme dominante; ils groupent 42 % des ruraux, tandis que les villages d’exploitation privée réunissent environ 20 % de la population rurale. Ces trois types d’établissement ont mobilisé d’importants moyens technologiques pour mettre en valeur les terres nouvelles: drainage, recalibrage des terrasses en montagne, irrigation par pompage, transfert d’eau. Le choix des spécialisations agricoles a obéi à deux préoccupations : assurer l’indépendance alimentaire du pays par le développement des cultures vivrières, de l’élevage (poulets, vaches laitières) et de la pisciculture, et apporter des devises grâce à l’exportation de produits à haute valeur ajoutée (avocats, primeurs et surtout agrumes, telles les oranges de Jaffa).

L’agriculture arabe, fondée sur le système méditerranéen traditionnel (blé et orge, oliviers et arbres fruitiers, élevage de petit bétail), s’est modernisée. Elle souffre du morcellement foncier et joue un rôle d’activité de complément.

Industrie

L’essentiel de l’industrie repose sur l’innovation technologique et le savoir-faire de la main-d’œuvre. Parmi les activités traditionnelles, textile, confection, cuir, fourrure, joaillerie, taille et polissage des diamants sont à l’origine de 29 % des exportations. Les industries de pointe ont opéré d’importants investissements en recherche et développement dans les domaines de l’agrotechnologie, de l’optique et de l’électronique médicales, de l’informatique, de la chimie fine et des télécommunications.

Tertiaire

Le commerce s’appuie sur un système de transports contrôlé par l’État. Les liaisons extérieures associent la voie maritime – par les ports de Haïfa, d’Ashdod et d’Eilat – et la voie aérienne, avec l’aéroport international Ben-Gourion de Lod. Le réseau ferré étant très peu développé, l’essentiel du trafic intérieur de marchandises et de voyageurs se fait par la route.

Échanges économiques extérieurs

Isolé de ses voisins arabes, pratiquement dépourvu de ressources naturelles et lié à la diaspora juive, Israël dispose d’une économie extravertie. Le commerce extérieur représente environ le quart du PIB. La balance commerciale est déficitaire. Toutefois, les efforts consacrés au développement des exportations ont porté le taux de couverture des importations de 14 % en 1950 à 51 % en 1960 et à 72 % en 1993. Les États-Unis et la Communauté européenne, liés à Israël par des accords de libre-échange, absorbent chacun le tiers de ses exportations.

Le tourisme constitue un appoint essentiel; malgré les incertitudes de la conjoncture politico-militaire, Israël reçoit bon an mal an plus de un million de touristes étrangers, dont 85 % viennent des pays occidentaux (États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne et France pour le plus grand nombre).

Drapeau Israel
Drapeau Israel

Histoire de l’Israel

La terre d’Israël est considérée comme le berceau du peuple juif, dont l’histoire antique a été marquée par l’alternance de dominations extérieures et d’exodes, puis par la dispersion (diaspora) à la suite de la conquête romaine. L’histoire moderne remonte aux débuts de l’immigration sioniste, qui a façonné l’identité du pays. Elle a été marquée, depuis la proclamation de l’État, par les rapports conflictuels entre Israël et ses voisins arabes.

La première immigration sioniste

Le milieu du XIXe siècle voit l’intrusion du progrès occidental dans l’Empire ottoman déclinant. En Palestine, outre la modernisation des communications, il prend deux formes: des missions d’études bibliques et archéologiques; l’arrivée d’immigrants juifs d’Europe, qui créent en 1861 les premiers quartiers hors des murs de Jérusalem, où ils seront majoritaires dès 1880. Le sionisme politique, aspiration au retour des Juifs en terre d’Israël, se développe en réponse à la persistance de la discrimination en Europe occidentale et surtout aux persécutions en Europe orientale. Il va se manifester par plusieurs vagues d’immigration successives, dites aliyah («montée»), qui commencent avec la création de Petah Tikvaen en 1878, première communauté agricole juive.

Ce mouvement, qui s’amplifie à la suite des pogroms en Russie, se heurte bientôt à l’hostilité de l’administration ottomane. Après la création de l’Organisation sioniste mondiale par Theodor Herzl, au congrès de Bâle en 1897, et l’échec de la révolution en Russie en 1905, les immigrants de la seconde aliyah, inspirés par l’idéologie socialiste, créent les premiers kibboutzim sur des terres achetées par le Fonds national juif. En 1914, 85 000 Juifs sont installés en Palestine.

La Palestine sous mandat britannique

Au cours de la Première Guerre mondiale, les Britanniques s’efforcent de libérer le Proche-Orient de la tutelle ottomane. Le général Allenby entre à Jérusalem en décembre 1917 à la tête d’une unité comprenant trois bataillons de la Légion juive, alors que, par la déclaration d’Arthur Balfour, la Grande-Bretagne vient de proclamer son soutien à la fondation d’un «foyer national juif» en Palestine. En juillet 1922, la Société des Nations confie mandat à la Grande-Bretagne sur l’ensemble de la Palestine. La Transjordanie, attribuée à l’émir hachémite Abdallah, en est peu après détachée.

L’immigration juive se poursuit avec la troisième et la quatrième aliyah (1919-1923 et 1924-1930).

La cinquième aliyah (1933-1939), déclenchée par l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne, porte l’effectif de la communauté juive de Palestine, le Yishouv, à 400 000 personnes en 1936. Des heurts nombreux opposent les colons juifs et la population arabe; la puissance mandataire, empêtrée dans des promesses contradictoires, se montre incapable de les apaiser.

Israel - Voyages
Israel – Voyages

La création de l’État d’Israël

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Shoah fait périr plus de cinq millions de Juifs dans les camps de concentration, ce qui accentue, malgré les mesures restrictives des Britanniques, la venue de populations juives en Palestine. L’idée d’un partage entre un État juif et un État arabe est entérinée le 29 novembre 1947 par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, à laquelle tente de faire face le Conseil de la Ligue arabe. Le 14 mai 1948, veille de l’expiration du mandat britannique, le Conseil national juif proclame l’indépendance d’Israël.

David Ben Gourion en devient le premier Premier ministre. Le nouvel État est aussitôt envahi par les armées égyptienne, jordanienne, irakienne, syrienne et libanaise, qui sont repoussées au prix de lourdes pertes: cette première guerre israélo-arabe aboutit à la fixation des frontières le long des lignes d’armistice de 1949 et au départ de la majorité de la population arabe vers la bande de Gaza, sous administration égyptienne, ou vers la Cisjordanie, rattachée à la Jordanie.

Le nouvel État israélien, en même temps qu’il mettait en place ses institutions, a dû faire face à l’afflux d’immigrants, particulièrement ceux venus d’Afrique et d’Asie. La population juive double en quatre ans pour atteindre 1 300 000 personnes en 1952. En octobre 1956, Israël lance une campagne dans le Sinaï contre l’armée égyptienne, de concert avec les Franco-Britanniques qui mènent une expédition contre la nationalisation du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser. Le pays bénéficie ensuite d’une période de consolidation et de croissance économique, malgré les attaques de groupes palestiniens; ceux-ci vont constituer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Les guerres des Six-Jours (1967) et de Kippour (1973)

En mai 1967, l’Égypte exige le départ des unités de l’ONU du Sinaï, y transfère d’importantes forces militaires et impose le blocus du détroit de Tiran. La Jordanie, la Syrie et l’Iraq massent leurs troupes à l’est du Jourdain. Le 5 juin, l’armée israélienne, menée par le général Moshe Dayan, déclenche une attaque préventive. Après une guerre éclair, Israël occupe le Sinaï, la bande de Gaza, Jérusalem-Est, la Cisjordanie et les hauteurs du Golan. L’État hébreu se trouve alors à la tête d’un territoire agrandi qu’il a placé sous administration militaire (hormis Jérusalem réunifiée).

Des premières implantations juives ont lieu aux emplacements stratégiques. Israël place sous sa tutelle la population arabe. En novembre est adoptée la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU : document de référence pour toute tentative de règlement du conflit, elle vise à établir une paix équitable et durable, assurant des frontières sûres et reconnues à tous les États de la région. Deux autres guerres suivront : la «guerre d’usure» menée par l’Égypte d’avril 1969 à août 1970 sur le front du Sinaï; la guerre du Kippour lancée par l’Égypte et la Syrie le 6 octobre 1973, jour du Yom Kippour, point de départ du premier choc pétrolier déclenché par les pays arabes producteurs de pétrole.

Gaza - Conflit
Gaza – Conflit

Paix avec l’Égypte – Intifada et processus de paix

Les élections de 1977 portent au pouvoir le Likoud, bloc de partis de la droite libérale. Le Premier ministre, Menahem Begin, répond positivement à l’initiative de paix engagée par le président égyptien Anouar el-Sadate, successeur de Nasser, qui se rend à Jérusalem en novembre 1977. Les négociations menées à l’initiative du président américain Jimmy Carter aboutissent aux accords de Camp David. La signature d’un traité de paix en mars 1979 conduit à la restitution progressive du Sinaï à l’Égypte. Mais le Likoud, soucieux de satisfaire les tenants du «Grand Israël», annexe le Golan (1981), lance l’opération «Paix en Galilée» (1982) pour déloger l’OLP du Liban, et implante des colons juifs dans les Territoires occupés.

De l’Intifada à un processus de paix incertain

En 1984, un gouvernement de «grande coalition» réunit le Likoud et les travaillistes, faisant alterner aux postes de Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères leurs leaders respectifs, Yitzhak Shamir et Shimon Peres. À partir de décembre 1987, les Israéliens doivent faire face à l’Intifada, révolte des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza; la répression militaire et les actions des colons ne parviendront pas à ramener la paix. En 1990, la rupture de la coalition au pouvoir conduit à la formation d’un gouvernement de la droite nationaliste, dirigé par Yitzhak Shamir. Avec l’accueil des Juifs d’Union soviétique, il cherche à faire valoir un argument supplémentaire en faveur du Grand Israël. La guerre du Golfe (1991), au cours de laquelle Israël a accepté, malgré les victimes et les destructions, de ne pas répondre à la provocation des missiles irakiens, conduit paradoxalement à une relance du processus de paix: grâce aux efforts de Washington, une conférence s’ouvre à Madrid en octobre 1991.

Les élections de juin 1992 ramènent au pouvoir les travaillistes. Le difficile dialogue avec les pays arabes aboutira, en septembre 1993, à la signature de la «déclaration de principes sur l’autonomie des territoires occupés», puis en octobre 1994 à un traité de paix avec la Jordanie. Mais l’assassinat du Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin par un fanatique religieux israélien, le 4 novembre 1995, a fragilisé un processus de paix bien engagé (accord de Taba, dit aussi Oslo II) et rendu plus incertain par le retour aux affaires du Likoud après l’élection de Benyamin Netanyahou en mai 1996 aux dépens de Shimon Peres, et la reprise de l’implantation des colonies de peuplement dans les zones palestiniennes. Le début de l’année 1998 est marqué par l’échec des tentatives de négociations initiées par les États-Unis pour relancer le processus de paix au Proche-Orient et par la fermeté de la politique de Benjamin Netanyahou, qui autorise la construction de nouveaux logements destinés à abriter des colons juifs à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Cependant, la réélection à la présidence de la République (en mai), d’Ezer Weizman, face au candidat du Premier ministre, retentit comme un premier avertissement pour le gouvernement Netanyahou. Le marasme économique général (le taux de chômage frôle dangereusement les 9 %, soit le plus haut niveau atteint depuis cinq ans), la multiplication des attentats et des affrontements dans les territoires, pénalisant le tourisme, et la dégradation des relations économiques et politiques avec l’Union européenne, accentuent la morosité générale. Par ailleurs, la difficile conclusion des accords de Wye Plantation (octobre 1998), qui a réveillé des dissensions au sein de la coalition gouvernementale, et la menace de l’autorité palestinienne de proclamer un État palestinien (le 5 mai) face au blocage du processus de paix, placent le Premier ministre dans une situation définitivement inconfortable. Ainsi, à la fin de l’année, il se résout à avancer les élections législatives initialement prévues pour 2000, décision entérinée par la Knesset au début de l’année 1999.

Désigné candidat favori du Likoud face à Moshe Arens, il doit toutefois s’effacer devant le représentant de l’opposition, Ehud Barak (Parti travailliste), qui obtient 56 % des voix le 17 mai.

Perçue comme une nouvelle chance de relance du processus de paix au Proche-Orient, l’arrivée au pouvoir de l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, est favorablement accueillie par la communauté internationale et par l’ensemble de la classe politique, tant dans les rangs de l’opposition à l’ancien Premier ministre que dans ceux du Likoud, qui en le désavouant, contraignent B. Netanyahou à démissionner. Disposant de 45 jours pour former le nouveau gouvernement, Ehud Barak doit concilier avec les quinze partis désormais représentés à la Knesset, et plus particulièrement avec la formation ultra orthodoxe séfarade Shass et le Shinouï (laïque), dont la forte poussée lors de ce scrutin, a confirmé l’élargissement de la fracture entre laïques et religieux.

Parallèlement, il s’emploie à relancer les négociations de paix sur plusieurs fronts. Ainsi, le 4 septembre, il signe à Charm el-Cheikh (Égypte) un accord avec le chef de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, sur la mise en œuvre des accords déjà conclus à Wye River, en 1998. Prévoyant la restitution par Israël, en trois temps, de 11 % de territoires supplémentaires aux Palestiniens, appelés à contrôler 42 % de la Cisjordanie, avant le 20 janvier 2000, dans les frontières d’avant 1967, non compris Jérusalem-Est, cet accord autorise également, à partir d’octobre, la construction du port de Gaza, l’ouverture de passages protégés sous juridiction de l’Autorité palestinienne entre Gaza et les territoires de Cisjordanie et garantit la libération de trois cent cinquante prisonniers palestiniens détenus en Israël. En contrepartie, les Palestiniens ont accepté d’entamer rapidement des discussions pour un règlement de paix définitif, une date butoir ayant été fixée au 20 septembre 2000.

Enfin, face au mécontentement croissant de l’opinion publique, lassée de voir les troupes israéliennes basées au Liban-Sud subir les attaques répétées de la milice chiite du Hezbollah, il fait adopter, le 5 mars 2000, une résolution garantissant un retrait effectif de ces dernières, au plus tard en juillet. Cette résolution lui permet notamment, malgré la pression d’une partie de l’opposition et des 17 000 colons établis sur le plateau du Golan, d’envisager avec plus de sérénité une reprise des négociations de paix avec la Syrie, interrompues depuis janvier et dont les principaux enjeux demeurent la restitution à cette dernière du plateau du Golan (annexé par Israël en 1981), l’établissement de frontières définitives entre les deux pays, ainsi que des garanties de sécurité, portant notamment sur le partage de l’eau.

En mai, l’effondrement de l’Armée du Liban sud (ALS), alliée à Israël, contraint le Premier ministre, Ehud Barak, à précipiter le retrait des troupes israéliennes. En effet, sous la pression des forces armées du Hezbollah, les désertions au sein de l’ALS se sont multipliées de manière inquiétante, jetant le trouble dans les rangs de la force d’interposition de l’ONU (Finul). Le 23 mai, le chef du gouvernement annonce donc officiellement le départ des troupes israéliennes du Liban sud, qu’elles occupaient depuis 1978.

Par ailleurs, le pouvoir israélien est confronté à une détérioration de la situation dans les territoires occupés. En effet, les violentes émeutes qui éclatent à Gaza et en Cisjordanie à l’occasion de la commémoration de la naqba (exil des Palestiniens consécutif à la création de l’État d’Israël en 1948) et en raison du maintien en détention de près de 1 600 Palestiniens, le contraignent à suspendre provisoirement les négociations de paix engagées avec l’Autorité palestinienne à Stockholm. À la fin du premier semestre 2000, le pouvoir est une nouvelle fois fragilisé par le scandale financier qui éclabousse le chef de l’État et qui pousse ce dernier à annoncer sa démission effective le 10 juillet et l’organisation d’élections anticipées.

Le 31 juillet, Moshe Katsav, homme du Likoud, devance de six voix, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères travailliste, Shimon Pérès, et accède à la présidence du pays. D’abord opposé aux accords d’Oslo, il fait cependant figure de modéré au sein du Likoud même si son élection apparaît comme un camouflet infligé au Premier ministre Ehud Barak, qui a, le même jour, échappé au vote d’une motion de censure.

Chronologie (1987): Début de l’Intifada, Chronologie (1993): Accords de Washington entre Israël et l’OLP

À la fin du mois de septembre, la crise entre Israéliens et Palestiniens s’approfondit et prend un nouveau tour dramatique, provoqué par la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. Malgré l’accord de Charm el-Cheikh, en Égypte, conclu le 16 octobre pour mettre fin aux affrontements meurtriers survenus en Cisjordanie et dans la bande de Gaza entre les deux communautés, la situation reste tendue et Ehud Barak annonce le gel du processus de paix. Cependant, l’Assemblée générale des Nations unies vote le 20 octobre une résolution condamnant Israël pour l’usage excessif de la force, tandis que les pays arabes, réunis en sommet extraordinaire au Caire, rejettent la responsabilité des violences sur l’État hébreu, tout en maintenant leurs relations avec ce dernier.

Israël : culture et civilisation

Israël a élaboré une culture originale, synthèse de l’héritage biblique et talmudique et des traditions variées de la Diaspora.

Littérature

La littérature repose sur le renouveau de la langue hébraïque animé par Eliezer Ben Yehuda à partir de 1882. Les pères fondateurs de la littérature hébraïque, Joseph Haïm Brenner et Samuel Joseph Agnon (prix Nobel de littérature en 1966) pour la prose, Haïm Nahman Bialik et Saül Tchernikhovsky pour la poésie, sont entrés dans la postérité. Les romanciers Amos Oz, David Grossman et David Shahar se sont fait remarquer. Le premier théâtre hébraïque, Habimah, créé à Moscou en 1917, puis installé à Tel-Aviv en 1931, a suscité la création d’une demi-douzaine de troupes dans les quatre villes principales.

Musique

La vie musicale, très active, conjugue deux aspects: la musique classique et la musique populaire. Les concerts de l’Orchestre philharmonique d’Israël ou de l’Orchestre symphonique de Jérusalem font salle comble, de même que l’Opéra et six grandes compagnies de danse. Les élèves des conservatoires suivent la voie ouverte par les interprètes et chefs d’orchestre formés en Israël comme Daniel Barenboïm. La chanson populaire et les danses folkloriques sont, par ailleurs, extrêmement vivantes.

Beaux-arts

Les beaux-arts, depuis la création de l’école Bezalel de Jérusalem en 1906, suivent le modèle occidental en cherchant à y intégrer la rencontre culturelle Orient-Occident et la lumière spécifique des paysages de la terre d’Israël. Parmi les courants successifs, en peinture comme en sculpture, se remarquent le style «national-oriental» des débuts, l’expressionnisme des années 1930, l’idéologie «cananéenne» visant à l’identification avec les plus anciens habitants du pays, l’abstraction du groupe Horizons nouveaux et la diversité des orientations «postmodernes».

La photographie d’art, très développée, se partage entre l’interprétation de la réalité et un courant intimiste très personnel. Le jeune cinéma israélien, à côté d’une production banale réservée à la diffusion locale, s’est fait connaître à l’extérieur par quelques œuvres traitant de la réalité sociale et politique, comme Hamsin (les relations israélo-arabes), Derrière les barreaux (prisonniers arabes et juifs) ou Noa a dix-sept ans (l’adolescence et la politique).

La société israélienne

Le clivage fondamental de la société israélienne oppose les Juifs aux Arabes, tant par leur appartenance linguistique et religieuse que par leur structure socioprofessionnelle et leur comportement démographique; chacun de ces deux groupes recèle une grande diversité.

Groupes linguistiques et religieux

Parmi les israélites, on distingue traditionnellement les Juifs «occidentaux» (ashkénazes), venus d’Europe et plus tard d’Amérique (avec comme langue maternelle le yiddish), les Juifs «orientaux», séfarades au sens strict, chassés d’Espagne en 1492 et accueillis dans l’Empire ottoman (parlant le ladino, ou judéo-espagnol), et les Juifs venus des pays musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient; possédant des traditions différentes et un niveau d’instruction généralement inférieur, ces derniers ont un comportement nataliste plus prononcé. Les Juifs nés en Israël (les sabras) sont désormais largement majoritaires; l’hébreu, qui n’est plus considéré seulement comme une simple langue officielle, est de plus en plus pratiqué dans les familles.

Les mariages entre Juifs occidentaux et orientaux sont encore minoritaires.

Parallèlement, un second clivage s’accentue entre des Juifs laïques, détachés de toute pratique religieuse, et les divers groupes ultraorthodoxes, concentrés dans des quartiers spécifiques à Jérusalem et à Tel-Aviv-Jaffa. Les conflits concernant l’observation des préceptes religieux sont devenus courants.

Quant aux Arabes, ils sont en majorité musulmans, essentiellement sunnites, mais il existe des petits groupes chiites. Ils comptent aussi deux importantes minorités : les chrétiens, d’obédiences diverses (les plus nombreux dépendant des Églises grecque catholique, grecque orthodoxe et catholique romaine), et les druzes, groupe hétérodoxe détaché de l’islam. Il faut considérer à part les Bédouins du Néguev, qui sont aujourd’hui sédentarisés à l’est de Beersheba.

Éducation et santé

L’ensemble de la population bénéficie de services sociaux très développés, pour l’essentiel liés aux secteurs public (État et autorités locales) et parapublic (avec la puissante confédération syndicale de la Histadrouth). Les dépenses d’éducation et de santé absorbent respectivement 9 % et 8 % du PNB. La scolarité, obligatoire de 6 à 16 ans, est gratuite jusqu’à 18 ans. Près de 80 % des jeunes suivent le cycle complet des enseignements primaire (6 ans), intermédiaire (3 ans) et secondaire (3 ans). Le Technion, institut technologique d’Israël, et l’Université hébraïque de Jérusalem ont été complétés depuis l’indépendance par l’Institut scientifique Weizmann et les universités de Tel-Aviv-Jaffa, Haïfa, Ramat Gan et Beersheba. Ces établissements, qui développent parallèlement une intense activité de recherche et développement, accueillent 65 000 étudiants. Les écoles supérieures de spécialités diverses en reçoivent 33 000.

Partant d’un acquis déjà important en 1948, Israël a mis en place un des réseaux sanitaires les plus denses du monde. La recherche médicale jouit d’une renommée internationale. Les grands problèmes de santé sont ceux d’un pays développé : importance des maladies cardiaques et des cancers, poids croissant de la population âgée, risques liés à la dégradation de l’environnement.

Image - Cartes - Photos : bassin montagneux de beersheba - model pagne africaine homme -

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