Drapeau du Brésil
Drapeau du Brésil

Histoire – géographie et économie du Brésil

« Découvert » en 1500 par l’amiral portugais Pedro Álvares Cabral, empire indépendant dès 1822, le Brésil devient en 1889 une république, désormais en quête de démocratie sociale.

Brésil colonie du Portugal : première période (1500 -1763)

  • 1494 Traité de Tordesillas relatif aux possessions portugaises et espagnoles
  • 1500 Découverte du Brésil par Pedro Álvares Cabral
  • 1501 Début des expéditions portugaises au Brésil, dont celles de Gonçalo Coelho et Américo Vespucci entre 1502 et 1503
  • 1504 Etablissement de factoreries à Cabo Frio et à Rio de Janeiro par les Portugais
    Voyage de Paulmier de Gonneville au Brésil
  • 1516 Le roi du Portugal D. Manuel expédie des instructions pour commencer la culture de la cane à sucre au Brésil
  • 1530 Expédition colonisatrice de Martim afonso de Sousa
  • 1532 Fondation de la première ville (São Vicente) au Brésil par les Portugais
  • 1534 Institution au Brésil des capitaineries héréditaires par la Couronne portugaise
  • 1549 Fondation de la ville de São Salvador, siège du Gouvernement-général Tomé de Sousa, premier gouverneur général du Brésil
  • 1550 Fête brésilienne à l’occasion de l’entrée du roi de France Henri II à Rouen
  • 1554 Fondation du collège de São Paulo par le père jésuite José de Anchieta
  • 1555 Nicolas de Villegagnon arrive à Rio de Janeiro où il fonde Henriville, chef-lieu de la France Antartique, en 1556, suivi d’André Thevet et de Jean de Léry
  • 1558 André Thevet publie à Paris Les singularités de la France Antarctique
  • 1560 Destruction de la France Antarctique par les Portugais
  • 1562 Michel Eyquem de Montaigne rencontre des Indiens brésiliens à Rouen qui l’inspirent à écrire le chapitre « Des cannibales » dans ses Essais de 1580
  • 1565 Fondation de la ville de São Sebastião do Rio de Janeiro par Estácio de Sá
  • 1578 Jean de Léry publie à Paris Histoire d’un voyage fait en la terre du Bresil
  • 1581 Philippe II d’Espagne devient roi du Portugal : début de l’Union Ibérique qui va durer jusqu’à 1640
  • 1601 Poème Prosopopéia de Bento Teixeira : début du baroque brésilien
  • 1612 Fondation de la France Equinoxiale au Maranhão par Daniel de la Touche et François de Razilly, qui va être rasée par les Portugais en 1615
  • 1614 Le père capucin Claude d’Abbeville publie Histoire de la Mission des pères capucins en l’île de Maragnan et terres circonvoisines
  • 1615 Le père capucin Yvres d’Evreux publie Le voyage au nord du Brésil fait en 1613 et 1614
  • 1621 Deux sièges du Gouvernement-général : à São Luis do Maranhão et à Salvador
  • 1624 Début de la conquête du Nord-est par les Hollandais. Ils sont expulsés en 1654
  • 1694 Découverte de l’or dans la région de Minas, à la suite de Paranaguá en 1658
  • 1710 Attaque du corsaire Jean-François Duclerc contre Rio de Janeiro
  • 1711 Prise et pillage de Rio de Janeiro par René Duguay-Trouin
  • 1712 Duguay-Trouin a publié à Paris sa Relation de la prise du Rio de Janeiro
  • 1713 Traité de paix entre les Couronnes françaises et portugaises
  • 1727 Introduction de la culture du café au Brésil
  • 1743 Charles-Marie de la La Condamine, astronome français de l’Académie royale des sciences, effectue la descente de l’Amazone, pour mesurer l’Equateur
  • 1759 Expulsion des Jésuites du Brésil
  • 1760 Premier théâtre brésilien à Bahia
Rio de Janeiro – Brésil
Rio de Janeiro – Brésil

Brésil vice-royaume du Portugal (1763 -1815) – Rio de Janeiro

  • 1763 Rio de Janeiro devient la capitale du vice-royaume du Brésil
  • 1768 Le poète Claudio Manuel da Costa publie Obras : début de l’Ardadismo
  • 1789 Premier essai échoué d’indépendance du Brésil : la Conjuration de Minas. Le meneur, Tiradentes, est pendu à Rio de Janeiro en 1792.
  • 1798 Conjuration de Bahia
  • 1800 Début de l’exécution des douze prophètes du sanctuaire do Bom Jesus do Matozinho, du sculpteur baroque Aleijadinho, à Congonhas do Campo
  • 1801 Traité de Badajoz pour la délimitation de frontières du Rio Grande do Sul
  • 1807 Entrée des troupes françaises, commandées par Junot, au Portugal

Transfert de la Cour portugaise à Rio de Janeiro (1808)

  • 1808 Ouverture des ports brésiliens et l’installation de l’imprimerie
  • 1809 Prise de Cayenne par les Portugais
  • 1813 Inauguration du Real Teatro São João à Rio de Janeiro
  • 1814 Le colonel Maler, consul général de France au Brésil

Brésil Royaume-Uni (1815 -1822)

  • 1815 Le Brésil est élevé au rang de Royaume-Uni à celui du Portugal
  • 1816 Arrivée de la première mission artistique française, commandée par Lebreton, pour la création de l’Académie royale des Beaux-arts. Arrivée du naturaliste français Auguste de Saint-Hilaire. Arrivée de l’historien français Ferdinand Denis
  • 1817 Essai avorté d’instauration de la République à Pernambuco. Arrivée de la princesse Leopoldina (future impératrice du Brésil) et d’une mission scientifique austro-bavaroise. Le roi Jean VI rend la Guyane française au roi de France Louis XVIII

Géographie du Brésil

La superficie brésilienne a été conquise d’Est en Ouest, à partir du littoral au XVIe siècle, jusqu’à l’intérieur des terres de l’Amérique du Sud. Son étendue demeure à peu près la même depuis le XVIIIe siècle. Sans savoir qu’il s’agissait d’un quasi-continent, les premiers Portugais appelèrent leur colonie Ilha de Vera Cruz, ensuite Terra de Santa Cruz, et finalement Brasil en raison de la présence en abondance, le long de la côte, du bois couleur de la braise.

Population : 172 860 370 habitants

Superficie : 8 511 965 km²

Densité : 20.31 hab./km²

Capitale : Brasilia

Principales villes : Sao Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Salvador, Fortaleza, Nova Iguaçu, Recife, Curitiba, Pôrto Alegre, Belém, Goiâna, Campinas

Point culminant : Pico de Neblina 3 014 m.

Frontières : Uruguay, Argentine, Bolivie, Paraguay, Pérou, Colombie, Vénézuéla, Guyana.

De GMT- 2 à GMT – 5 avec une heure d’été de mi-octobre à mi-février (Recife, Rio, Salvador : GMT – 3 et – 2 de mi oct. à mi fév.); soit pour Rio/Salvador : – 5 heures en été et – 3 heures en hiver de décalage par rapport à la France.

Economie du brésil

11e puissance économique mondiale, le Brésil a connu à partir des années 1940 une forte croissance industrielle mais aussi inflationniste. L’heure est désormais au réalisme budgétaire et à la réduction des inégalités.

La période coloniale (1500-1822)

La principale caractéristique de l’économie coloniale brésilienne a été son aspect cyclique, organisé autour d’une activité économique prédominante, à chaque période. Ainsi, jusqu’au début du XIXe siècle, le bois-brésil, le sucre, et l’or ont été successivement les produits-clés du Brésil-colonie, à côté du cuir, du tabac, du coton, du manioc, du riz et des épices (comme les clous de girofle).

L’économie majoritairement basée sur la monoculture des extractions agricoles et minières. Au XVIIe siècle, pour assurer le monopole du transport de ces marchandises, la Couronne portugaise a créé, au Brésil, des compagnies de commerce transatlantique.

Le bois-brésil

Le caesalpinia echinata, nom scientifique, etibirapitanga, nom de la langue tupi, par sa coloration rouge-braise, est à l’origine du nom du pays. Le bois-brésil était utilisé pour fabriquer des colorants. Après sa découverte le long de la côte, il a été décrété monopole de la Couronne portugaise et vendu dans toute l’Europe : il figurait même à la bourse d’Anvers. Les régions de Pernambuco, Porto Seguro et Cabo Frio possédaient ce bois en grande abondance. Ceci explique les essais de conquête des Français et des Hollandais aux XVIe et XVIIe siècles, au Nord-Est du continent.

Le sucre

La cane à sucre, originaire de l’Asie mineure, a été introduite au Brésil par les Portugais, après les instructions du roi D. Manuel en 1516. Sa culture, proche de la côte atlantique, a marqué le début effectif de la colonisation du Brésil, dont les deux importants points ont été Pernambuco, au Nord-Est, et São Vincente, au Sud-Est. A partir du XVIIe siècle, la culture sucrière s’étend à Sergipe, Bahia, Porto Seguro et Paraíba du Sul.

Ce développement, basé sur la main-d’œuvre esclave, a déterminé l’apparition d’une aristocratie rurale, caractérisée par la « casa-grande », architecture typique des « engenhos », nom des machines pour la préparation du sucre, devenant générique pour désigner toute la propriété. La conséquence en est l’établissement définitif des premières villes côtières des régions Nord-Est et Sud-Est.

L’or

Le cycle d’or commence au début du XVIIIe siècle, après la découverte de ce minerai dans la région de Minas. Ce cycle a permis une plus grande pénétration à l’intérieur des terres, ainsi que son peuplement. L’apogée de la production aurifère se situe entre 1710 et 1760. Pendant cette période, le Brésil a exporté environ 200 millions de livres en or. Le souvenir de ces fastes est immortalisé dans les actuelles villes historiques de la région, comme Ouro Preto (ancienne Vila Rica), classées patrimoine mondial par l’UNESCO.

L’élevage

À côté des principaux cycles économiques de la période coloniale du Brésil, il convient de signaler l’introduction de l’élevage. Celui-ci a participé à l’expansion géographique du pays et à son unité politique. Commencé à l’intérieur de la région Nord-Est (Maranhão et Pernambuco), l’élevage se répand vers les régions Centre-Ouest (Goiás et Mato Grosso), Sud-Est (Minas Gerais) et Sud, jusqu’à l’actuel Uruguay. De l’élevage, destiné à la consommation interne pour la nourriture, seul le cuir a constitué un article d’exportation, comme matière première de l’industrie des chaussures en Europe. Au début du XVIIIe siècle, le cuir occupait la quatrième place des exportations, derrière l’or, le sucre et le tabac.

Brésil - Carte politique
Brésil – Carte politique

Politique du Brésil

Vie politique : la République fédérative du Brésil est composée par 26 Etats et un District Fédéral (Brasilia), dont chacun a son propre gouvernement. L’établissement du système présidentiel et de trois pouvoirs indépendants, ainsi le Législatif, l’Exécutif et le Judiciaire, date de la première Constitution républicaine brésilienne de 1891.
Le Brésil est passé ensuite par six Constitutions, dont la dernière, en vigueur, date de 1988.

Le pouvoir Législatif, représenté par le Congrès national, est formé par la Chambre des députés et par le Sénat fédéral. Le nombre de députés, élus pour quatre ans par le suffrage universel, est proportionnel aux populations des Etats. Le Sénat est composé par trois sénateurs de chaque Etat et du District Fédéral, élus pour une période de huit ans.

L’élection des sénateurs se fait tous les quatre ans, conjointement avec celle des députés, pour permettre d’alterner la répartition du nombre de mandats : Le Sénat est ainsi renouvelé alternativement d’un tiers et de deux tiers. Dans chaque Etat et dans le District fédéral, le pouvoir législatif est monocaméral.

Le pouvoir Exécutif est représenté par le président de la République.

Ce dernier est élu pour quatre ans, ainsi que le vice-président. Ils ne peuvent être réélus qu’une fois.
Le président peut être destitué de ses fonctions par le Congrès. Il est remplacé par le vice-président jusqu’à la fin de son mandat. Si celui-ci n’atteint pas son terme, le président de la Chambre des députés, le président du Sénat et le président du Supremo Tribunal Federal, respectivement, assurent l’intérim.

Le président de la République brésilien procède à la nomination des ministres d’Etat. Il peut également les destituer à tout moment. Un ministre peut être convoqué à une déposition devant la Chambre des députés, ou devant le Sénat. Dans les Etats, le chef de l’Exécutif est un gouverneur élu au suffrage direct.

Le pouvoir Judiciaire est conféré au Supremo Tribunal Federal (Cour suprême), au Superior Tribunal de Justiça (Cour d’appel fédéral), les tribunaux régionaux et les tribunaux spécialisés, comme le tribunal électoral, le tribunal du travail, et le tribunal militaire.

Les postes des magistrats et des juges sont inamovibles. La Cour suprême est composée de onze magistrats nommés par le président de la République, après l’approbation du Sénat.

Les citoyens brésiliens, âgés entre 18 et 70 ans, doivent voter. En dehors des limites d’âge obligatoire, le vote est facultatif à partir de 16 ans, ainsi que pour les illettrés. Les candidats aux élections doivent appartenir à un parti politique, dont l’inscription est faite auprès du Tribunal Superior Eleitoral.

Brésil Voyage
Brésil Voyage

Art – Culture et société brésilienne

Des diverses ethnies d’Indiens qui vivent au Brésil depuis longtemps, des Portugais, des peuples d’Afrique venus en esclavage (Fons, Yorubás, Fulanis, Lundas, Quiocos…), puis des Italiens, des Français, des Hollandais, des Allemands, des Juifs, des Russes, des Polonais, des Turcs, des Libanais, des Japonais, et de tant d’autres qui ont immigré au Brésil dans diverses époques, a émergé une expression plurielle sans égale.

L’action missionnaire de l’Église catholique, dont le but était de catéchiser les Indiens et les Africains porteurs d’autres croyances, s’est amalgamée au catholicisme populaire apporté par les Portugais. Les religions africaines, dont les cultures se sont mélangées dans le Nouveau monde, se sont réorganisées en incorporant des éléments d’autres systèmes de croyances.

Des temples protestants et des synagogues ont été construits. L’Islam, le spiritisme d’Alain Kardec, l’Eglise positiviste, puis les Eglises évangéliques ont, à leur tour, pris racine. Peuples, religions, langues, cultures, la société populaire brésilienne ne se comprend que dans sa diversité. Les indiens indigènes, puis les Portugais et les esclaves africains, enfin les Européens, juifs, Turcs, Japonais, etc., qui ont immigré au Brésil à diverses époques, ont forgé une culture plurielle et sans égale.

monastère de Saint Benoit à Rio de Janeiro
monastère de Saint Benoit à Rio de Janeiro

Architecture et baroque Brésilien

L’architecture coloniale brésilienne s’est caractérisée par sa sobriété. À l’exception des églises et des palais des gouverneurs (ultérieurement vice-rois), les maisons, construites en pierre, brique, bois et chaux, avaient un aspect invariablement simple et blanc. Les fenêtres, généralement sans vitres, avaient des gelosias, sorte de moucharabieh, qui permettaient de préserver la vie privée.

Le « baroque brésilien », lui-même très diversifié, mériterait certainement un usage plus rigoureux. Le monastère de Saint Benoit à Rio de Janeiro, conçu en 1617 par Francisco de Mesquita, mais construit entre 1666 et 1669, de l’extérieur n’a rien de baroque contrairement à la classification communément admise, pour ce qui touche l’architecture brésilienne de la période coloniale dans sa totalité. Cette église présente bien les signes d’un art proche de la Renaissance italienne, dans sa relecture portugaise. Sa façade symétrique est harmonieuse, perdant un peu par son petit fronton.

Le baroque brésilien a trouvé son apogée au milieu du XVIIIe siècle, dans le contexte économique du cycle de l’or. L’ancienne capitale Salvador de Bahia, et les villes baroques de Minas, dont Ouro Preto classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, témoignent du rayonnement et de la richesse de l’empire portugais d’Amérique au XVIIIe siècle, après la découverte de l’or et des pierres précieuses.

La prospérité de ces villes s’est traduite dans l’expression architecturale des églises ; certaines ont été conçues à la manière de l’architecte italien Borromini, par le génie d’Antonio Francisco Lisboa (Aleijadinho), et sont caractérisées par la plasticité de leurs murs courbes elliptiques, comme l’illustre la Capela da Ordem Terceira de São Francisco de Assis à São João del Rei. Cette conception se trouve aussi dans l’église Nossa Senhora da Glória à Rio de Janeiro, construite à partir de 1714.

Nossa Senhora da Glória
Nossa Senhora da Glória

L’apport du classicisme français et l’éclectisme au XIXe siècle

Les deux architectes français, Auguste-Henry-Victor Grandjean de Montigny et Pierre-Joseph Pezerat sont deux noms importants pour comprendre l’architecture de Rio de Janeiro du XIXe siècle. Ils sont deux artistes distincts dans leurs styles architecturaux, n’étant pas de la même génération. Né en 1776, Grandjean de Montigny a été témoin de la Révolution française et du régime napoléonien. Avant de s’établir au Brésil en 1816, il avait vécu à Rome, ayant remporté le Grand Prix de 1799. De son côté, Pezerat, né en 1801, a connu très jeune la Restauration des Bourbons.

L’année 1816 est souvent considérée comme le point de départ de l’esthétique néoclassique au Brésil, venant rompre avec le style jusque là dominant, baptisé « baroque colonial ». En effet, c’est cette année là, que des artistes français, sont invités pour réaliser le « projet civilisateur » du roi João VI, et s’installent à Rio pour y créer une Académie des beaux-arts, sur le modèle de celle de Paris. La mission artistique française était alors chargée de « répandre l’esprit des Lumières aux tropiques », auprès de la Cour du Portugal qui résidait à Rio depuis 1808. Parmi ces artistes porteurs d’un nouveau souffle civilisateur, se distingua l’architecte Grandjean de Montigny.

En réalité, cette vision de « l’importation » du classicisme néglige les productions architecturales antérieures à 1816, que l’on peut mettre en relation avec d’autres courants classiques européens – comme le Théâtre Saint-Jean, inauguré en 1813, dans un style italien. Il convient aussi de signaler l’importante œuvre d’ingénierie que constitue l’aqueduc « de la Carioca » (appelé aussi Arcos da Lapa), à Rio de Janeiro, achevé en 1750. Ce monument qui relève des aqueducs antiques, peut être considéré, à juste titre, comme classique par excellence, vu la parfaite régularité de ses arcades. Le peintre Jean-Baptiste Debret, qui accompagnait Grandjean de Montigny dans sa mission, y décelait « le grandiose du style romain ».

Les deux architectes, Grandjean et Pezerat, ont occupé des places distinctes auprès de la Cour impériale du Brésil, dans les années 1820. Grandjean de Montigny a très peu construit : l’ancienne Bourse (aujourd’hui Casa França-Brasil) inaugurée en 1820 par le roi Jean VI, sa propre résidence à Gávea, l’Académie impériale des Beaux-arts inaugurée en 1826 (aujourd’hui démolie). Il a également participé à l’architecture éphémère pour les fêtes, du sacre de l’Empereur Pierre Ier (1822-1831). Toutefois, la place de Grandjean de Montigny était plutôt liée à son rôle de professeur d’architecture à l’Académie impériale des Beaux-arts.

En revanche, Pezerat était l’architecte particulier de Pierre Ier, et il habitait dans le Palais impérial de São Cristóvão, dont l’une des parties du bâti avait été conçue par lui-même. En plus de l’hôtel de la Marquise de Santos, la maîtresse de l’Empereur, Pezerat a conçu également l’Académie impériale militaire. Ce n’est pas sans raison que Pezerat a produit un style architectural propre au jeune Etat dynastique brésilien, mêlant au style français de l’Ancien Régime des apports portugais locaux, déjà influencés par les architectures anglaise et italienne. Nous pouvons ainsi repérer les premiers fondements de l’éclectisme au Brésil au XIXe siècle.

Contrairement aux réalisations de Grandjean de Montigny, les constructions de Pezerat prennent davantage en compte les conditions locales, par exemple la nécessité de la ventilation et l’utilisation de la lumière, par une distribution savante des pièces autour de la cage d’escalier située au centre du bâti, comme à l’hôtel de la Marquise de Santos. Les communs étaient situés à l’extérieur, sur le modèle de la senzala, disposition brésilienne d’habitation domestique étroitement liée au contexte de la société esclavagiste.

La conception spécifique de la cage d’escalier chez Pezerat a influencé l’architecture éclectique de Rio de Janeiro du milieu du XIXe siècle, notamment les constructions privées aristocratiques, comme le Palais du Itamaraty (aujourd’hui délégation régionale du Ministère des affaires étrangères), conçu par l’architecte José Maria Jacinto Rebelo en 1854, qui avait pourtant été élève de Grandjean de Montigny à l’Académie impériale des Beaux-arts à Rio de Janeiro.

Brasilia
Brasilia

La rupture moderniste

L’architecture moderne brésilienne est marquée, tout au long du XXe siècle, par le génie d’Oscar Niemeyer. Il conçoit, entre 1936 et 1945, avec Lucio Costa, et suivant les concepts de Le Corbusier, l’ancien Ministère de l’Education et de la Santé (aujourd’hui, Palais Gustavo Capanema, délégation régionale du Ministère de la Culture). Considéré comme l’icône du début du modernisme en architecture, le palais innove par la plasticité du béton dans l’espace intérieur et par les pans en verre qui habillent entièrement la structure, permettant ainsi une grande ouverture à la lumière tropicale.

Le chef-d’œuvre de Niemeyer a été la réalisation de Brasília, District fédéral du Brésil, inauguré par le président Juscelino Kubistchek en 1960. Niemeyer, lui-même a dit :

J’ai décidé de faire à Brasília une architecture où la forme deviendrait plus importante, une architecture intégrée dans les structures

L’architecte, à travers ses traits courbes et libres, exploite de manière sublime le potentiel plastique du béton dans la cathédrale ou dans le Palais d’Alvorada :

Le béton armé permet à l’architecture qui a le sens de la poésie de s’exprimer. L’architecture est faite de songe et de fantaisie, des courbes et de grands espaces libres. Il faut savoir inventer, en faisant appel à toutes les techniques qui sont à notre disposition. […] Je me suis efforcé de maîtriser avec art le béton armé

Le Musée d’art contemporain à Niterói, inauguré en 1996, conçu entièrement en courbes, dont la forme rappelle une soucoupe volante, illustre bien sa pensée :

La forme libre et la courbe généreuse, tellement liée à notre architecture coloniale, m’attiraient irrésistiblement. […] Ce n’est pas l’angle droit qui m’attire, ni la ligne droite, dure, inflexible, inventée par l’homme. Seule m’attire la courbe libre et sensuelle, la courbe que je rencontre dans les montagnes de mon pays, dans les cours sinueux de ses rivières, dans les vagues de la mer, dans le corps de la femme préférée. De courbes est fait l’univers, l’univers courbe d’Einstein.

Carte du Brésil
Carte du Brésil
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