Protection de la nature

Nature

Enjeu à la fois politique, scientifique et technologique, la protection de la nature implique, dans les faits, la constitution de groupes de pression, qui parviennent à se faire entendre lors de prises de décision la concernant, et qui élaborent des stratégies de conservation du patrimoine naturel. Cela se traduit également par l’extension du patrimoine collectif et des espaces protégés, et par un contrôle public accru sur l’utilisation des espaces privés.

La prise de conscience d’une protection de la nature

Après avoir été considérée comme un bien inépuisable, la nature est désormais reconnue comme un bien précieux; coûteuse à préserver et fragile, elle est aujourd’hui menacée de disparition. Le phénomène d’expansion de la population aussi bien que le développement des activités économiques et des loisirs ont créé une «faim d’espace». Cependant, jusqu’à la fin des années 1960, la nécessité d’une protection de l’environnement n’est pas vraiment prise au sérieux.

Malade et pollué, l’environnement naturel menace même notre santé, car plus les hommes sont nombreux sur la Terre, plus l’espace réservé à chacun est réduit. Face à ce constat, la protection de la nature, idée étrangère à notre tradition, a bien du mal à s’imposer, car elle implique une conception nouvelle, d’après laquelle la politique ne consiste plus seulement à s’occuper des affaires humaines et sociales, mais doit également inclure la nature. Inversement, protéger la nature comprend aussi la protection de l’homme. Par ailleurs, il est certain qu’à long terme détruire la nature est beaucoup plus coûteux que la protéger.

Les espaces protégés

La notion d’espace protégé se fonde sur une ambiguïté. Ce n’est pas pour elle-même, mais d’abord pour l’homme que l’on se soucie de la nature, et même parfois pour une nation seulement et pour ses aspirations esthétiques, morales et sportives (aujourd’hui pour le tourisme). Cette motivation étroite perdure à côté d’une idée plus généreuse, qui consiste à vouloir sauver l’homme et la nature, à égalité, au-delà de toute frontière nationale.

Parcs nationaux et réserves

En 1948, l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN) établit, à l’appel des Nations unies, une nomenclature internationale des espaces protégés; elle les recense et engage des experts à leur service.

Les parcs nationaux sont des espaces naturels assez étendus, peu ou pas transformés par l’homme, et où l’accès du public est particulièrement réglementé. Les réserves naturelles offrent une grande diversité: elles peuvent être biologiques, zoologiques, botaniques ou ornithologiques. Par ailleurs, certaines sont privées.

Les réserves intégrales sont rares – elles se trouvent notamment au cœur des parcs nationaux –, et seule la présence de certains scientifiques y est autorisée. En revanche, aucune mesure ne réglemente les entrées dans la majorité des réserves.

Parcs régionaux

Les Recreation Areas américains, les Naturparke allemands et les parcs naturels régionaux français ont un statut moins strict que les parcs nationaux, et ils sont beaucoup plus nombreux.

En France, depuis leur fondation en 1967, les parcs régionaux se caractérisent par leur souci de sauvegarder un patrimoine à la fois naturel et culturel. Le but de ces espaces relativement protégés, où prédominent les activités humaines (zones rurales, en général), est l’harmonisation du développement économique et de la protection de la nature. Les responsables des collectivités locales qui gèrent ces parcs se soucient d’ailleurs avant tout de leurs concitoyens, puis de la nature, dans la mesure où elle stimule le tourisme.

Le littoral est un milieu qu’il est particulièrement urgent pour les hommes, surtout de nos jours, d’apprendre à respecter. Les bords de mer sont trop souvent la proie des promoteurs, malgré l’action du Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres, qui est chargé de surveiller les terrains menacés pour les protéger et en interdire la vente. Dans l’intérêt des touristes comme des habitants, on doit garantir l’usage libre et gratuit des plages, pour la promenade, la baignade, la pêche ou l’échouage de bateaux. Ainsi, on a ajouté aux règles générales du territoire national des règles spécifiques pour les régions maritimes.

À cette image, d’autres espaces sensibles, comme les forêts, relèvent désormais de systèmes de protection spéciaux. Des mesures très pointues sont même appliquées à de petits environnements en dehors desquels une espèce végétale ou animale précise ne saurait survivre.

Depuis 1982, à l’initiative du ministère de l’Environnement et sous l’égide du Muséum national d’histoire naturelle, un inventaire complet des milieux naturels et des espèces végétales et animales françaises, qui répertorie les zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF), est fait. Une ZNIEFF n’implique pas de protection particulière de la nature, mais elle pourrait permettre de recourir, en connaissance de cause, aux lois existantes (sur les espèces protégées ou les milieux spécifiques, comme les rivages et les forêts) et d’influencer la politique.

À quand les parcs internationaux ?

Un même milieu naturel peut s’étendre sur le territoire de plusieurs nations. Aussi la protection de la nature devrait-elle toujours dépasser les limites nationales. Or la notion de parc international n’existe pas, et la simple harmonisation des règles appliquées de part et d’autre des frontières pose déjà des problèmes. Des spécialistes se penchent ainsi sur le cas de la région du Mont-Blanc – partagée entre la France, la Suisse et l’Italie, lesquelles ont des législations différentes sur les parcs nationaux. Un nouvel espace protégé est à créer dans le cadre de l’Europe.

Le droit qui protège les êtres vivants dans la nature

Hors des espaces protégés, la flore et la faune sont très peu prises en considération. Certes, il existe un droit de l’environnement, national et international, qui propose différentes sortes de traités, rarement appliqués (il ne s’agit pas de véritables lois). Ils peuvent concerner une espèce (les phoques, depuis 1911) ou un groupe d’espèces. Il existe aussi des traités internationaux pour des régions données (la convention concernant l’Antarctique, par exemple) ou pour des milieux naturels particuliers (la convention relative aux zones humides d’importance internationale, entre autres).

Immigrés et migrateurs

La convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES, ou convention de Washington, 1973) est adoptée aujourd’hui par cent trois nations. Elle interdit le commerce d’environ mille espèces animales et végétales, et elle rend obligatoires des certificats d’exportation pour de nombreux autres êtres vivants. Mais, si l’on réglemente le déplacement artificiel des animaux, les espèces naturellement migratrices n’en sont pas pour autant mieux protégées. En effet, la convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (1979) n’a été signée que par quelques États.

La sauvegarde d’un patrimoine

Au niveau international, l’idée d’une politique incluant l’homme dans la nature a donné naissance à un traité unique en son genre: la convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel (1972), de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Ce texte incite les pays, grâce à des aides financières, à protéger les sites et les habitats de grande valeur, naturels ou édifiés par les humains. Ils sont tous considérés comme les éléments inestimables d’un «patrimoine mondial en péril». Selon cette convention, les pyramides égyptiennes ou le Tadj Mahall, en Inde, sont protégés à l’égal d’autres sites naturels.

Une protection globale de la nature

En dehors de tout traité protecteur, la majorité des êtres vivants reste vulnérable. En outre, face au fléau de la pollution, le nord et le sud de la planète ne sont pas égaux. Ainsi, près de la moitié des régions protégées appartiennent à l’hémisphère Nord (alors que les forêts tropicales ne sont pas du tout couvertes, par exemple). De plus, la pollution industrielle et agricole (engrais et pesticides) est beaucoup plus violente dans les pays en voie de développement. Organismes et associations, internationaux et transnationaux, tentent malgré tout de lutter contre cette grande injustice.

Organisations internationales

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) coordonne et encourage, sur la scène internationale, toute application de la Déclaration sur l’environnement (Conférence mondiale de l’Organisation des Nations unies, Stockholm, 1972). Cette dernière reprend, pour l’environnement, l’idée d’une Déclaration universelle des droits. Elle affirme: «L’homme a un droit fondamental à la liberté, à l’égalité et à des conditions de vie satisfaisantes, dans un environnement dont la qualité lui permette de vivre dans la dignité et le bien-être» (premier principe).

Au sein de l’ONU, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), par exemple, est une institution spécialisée qui est chargée d’édicter les règles de sécurité pour l’utilisation du nucléaire. D’autres organes de l’ONU se préoccupent de la pollution atmosphérique ou aquatique. Le PNUE propose ainsi des règles pour les eaux continentales transfrontières. Pour la protection de la haute mer, il a été créé, en 1973, une convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL); celle-ci a été amendée en 1978. Elle est certes bien mal respectée. La commission économique des Nations unies pour l’Europe, elle, lutte activement contre la pollution atmosphérique transfrontière. Le Conseil de l’Europe, quant à lui, adopte des recommandations en matière d’environnement.

ONG et organisations militantes

Le Fonds mondial pour la nature (World Wildlife Fund, ou WWF) est fondé en 1961, alors que le directeur général de l’Unesco s’émeut d’une crise écologique prévisible en Afrique. Une collecte de fonds est alors organisée pour parer au risque immédiat. Puis la décision est prise de créer une caisse permanente pour la protection de la faune et de la flore sauvages, mais aussi des ressources naturelles du sol, de l’eau et de l’air.

La réussite du WWF s’explique par la rigueur de ses principes: apolitisme, gestion irréprochable, sérieux de l’information donnée au public et prise en considération uniquement de données scientifiques irréfutables. Le WWF lutte efficacement contre la pêche à la baleine, la pollution industrielle et la contrebande d’animaux sauvages. Il a aussi lancé de nombreuses campagnes contre l’utilisation de la peau d’animaux en voie de disparition.

Greenpeace, fondé en 1971, est une organisation qui préserve jalousement son indépendance. Elle est célèbre pour son militantisme antinucléaire radical, opposé aux activités nucléaires civiles comme militaires, à l’exception de la médecine nucléaire. En conséquence, elle œuvre en faveur de la mise au point d’énergies non polluantes et critique vivement la pollution industrielle des eaux et de l’air par les produits toxiques et les gaz dangereux.

Protéger la biosphère

Depuis 1971, le programme de l’Unesco intitulé «L’homme et la biosphère» conçoit la création d’un réseau de réserves de la biosphère – ce dernier terme désigne une «sphère de vie», c’est-à-dire l’environnement terrestre tout entier. Mais le projet le plus révolutionnaire est la Stratégie mondiale de la conservation (1980), grâce auquel le vrai problème est enfin posé: la planète est désormais considérée comme un espace unique à protéger sur le long terme. Il importe de préserver les climats et la qualité de l’eau et des sols afin de ne pas épuiser les ressources naturelles dont vivront les générations à venir; mais il faut également maintenir la diversité génétique des règnes animal et végétal. L’UICN, le WWF et le PNUE, avec l’appui de très nombreux scientifiques, ont adopté cette approche globale. Les nations ont applaudi cette nouvelle stratégie écologique, mais, dans les faits, guère plus de trente d’entre elles l’ont appliquée.

Un développement économique durable

Les orientations actuelles du développement industriel ont tendance à se calquer sur celui des pays riches, ce qui aggrave le gaspillage et la destruction de la nature. Mais un nouveau modèle économique a été proposé: le «développement durable» (rapport Brundtland, Notre monde à tous, 1983, Commission sur l’environnement et le développement des Nations unies). Il a pour objectif de concilier, à l’échelle de la planète, la croissance économique et la protection de la nature: «L’intégration de l’environnement et du développement est une nécessité dans tous les pays, riches ou pauvres.» Le WWF oriente déjà son action dans le sens d’une réalisation possible d’un développement durable. En effet, une stratégie mondiale de protection effective de la nature doit prendre en compte la grande pauvreté de la majorité des hommes et s’intégrer dans un plan de développement économique. Le lien évident entre les injustices politiques et économiques et le manque de protection de l’environnement devient ainsi un objet de réflexion et d’action.

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