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Le désert du Sahara
Le désert du Sahara

Désert du Sahara

Le plus grand désert du monde, le Sahara – dont le nom vient de l’arabe al-sahara et signifie «désert» ou «steppe» – prend en écharpe la partie septentrionale de l’Afrique, continent, continent dont il couvre près d’un quart de la superficie. Sur plus de 8 millions de kilomètres carrés, de la Mauritanie à la mer Rouge et de la Méditerranée au fleuve Niger et au lac Tchad, le Sahara, dont la zone sahélienne constitue le prolongement méridional, gagnerait chaque année environ 1 million d’hectares. Ses limites, notamment celles d’ordre biogéographique, fluctuent constamment sous l’influence de facteurs climatiques mais aussi anthropiques (surpâturage, déboisement…). Immensité aride couverte de sable, de pierres et, on l’oublie souvent, de vieilles montagnes disséquées par l’érosion, il fut une zone franchement verdoyante voici dix millénaires. Ténacité de la nature et résistance des hommes sont des atouts nécessaires à la survie dans cette immensité que se partagent dix États.

Le Sahara
Le Sahara

Le relief du désert du Sahara

Alors que le massif du Hoggar (Algérie) s’élève à 2 918 m au mont Tahat, le point culminant du Sahara est l’Emi Koussi (3 415 m), qui se dresse dans le Tibesti. Le massif de l’Aïr, au Niger, atteint 1 944 m. La partie occidentale du désert du Sahara, beaucoup moins accidentée, s’élève progressivement depuis la côte atlantique. À l’approche de la vallée du Nil et sur la rive droite de celui-ci, le Sahara se prolonge par le désert Arabique en Égypte et par celui de Nubie au nord du Soudan. On y rencontre les principales formes du relief désertique: les regs sont des surfaces recouvertes de sable ou d’éclats de roches noirâtres; les ergs, massifs sableux constitués de divers types de dunes, développés surtout au nord, tels les Grands Ergs, occidental et oriental (Algérie); les hamadas, plateaux rocheux souvent calcaires ou gréseux, en partie couverts par un reg.

Contrairement à une idée répandue, les ergs, ou les dunes en général – paysages symboliques du désert chaud –, ne couvrent pas plus de 20 % de la surface du Sahara; les dunes qui s’y développent sous l’action éolienne prennent parfois des proportions impressionnantes (plus de 250 m de hauteur).

Le réseau hydrographique est formé d’oueds, cours d’eau à l’écoulement spasmodique. Dans la plupart des cas, l’eau de pluie s’infiltre sur place. En Libye, où la population est concentrée le long de la côte méditerranéenne, on utilise les nappes fossiles du sud du pays pour l’alimentation en eau. Les lacs, la plupart du temps salés, apparaissent lorsque le niveau du sol recoupe le niveau aquifère. Au sud de l’Atlas, des rivières s’écoulent des zones montagneuses pour se déverser dans les bassins environnants, où peuvent se trouver des marais salants temporaires: ce sont les sebkhas, dont il existe de beaux exemples en Tunisie.

Mais l’écoulement est en général interrompu (endoréisme). Controversé, notamment en raison des dégâts qu’il cause sur les berges, le barrage d’Assouan (construit entre 1964 et 1971), qui régularise les crues du Nil, a permis, grâce aux programmes d’irrigation, de réduire quelque peu la surface des déserts environnants.

Évolution géologique

La plate-forme saharienne est constituée de roches cristallophylliennes et granitiques datant de la période précambrienne. La mer a pris une première fois possession de l’actuel territoire à l’ère primaire. L’accumulation de sédiments explique la présence de formations gréseuses – comme le tassili des Ajjer, dans le prolongement du Hoggar – ou calcaires. Une importante période de manifestations volcaniques survient au Tertiaire puis au Quaternaire dans certaines parties du Hoggar (Atakor), du Tibesti et de l’Aïr.

Les études paléoclimatiques et paléontologiques montrent que le Sahara a connu des périodes successives d’humidité et de sécheresse. Entre 10000 et 8000 av. J.-C., l’eau était un constituant essentiel du milieu : le Sahara accueillait alors une importante faune aquatique (poissons, crocodiles, hippopotames…) et terrestre (éléphants, girafes, lions, rhinocéros, bovins, autruches…). Les limites actuelles du désert prennent forme entre 3000 et 2000 av. J.-C., à la suite d’une période marquée par l’aridité.

Ressources

Le Sahara n’est pas dépourvu en richesses minérales. Ainsi la Libye et l’Algérie sont-elles, après le Nigeria, les deuxième et troisième producteurs de pétrole d’Afrique. L’Algérie exploite de riches gisements de manganèse, et la Mauritanie d’importantes réserves de cuivre. Ces deux pays ainsi que la Libye bénéficient de la présence de minerai de fer dans leur sous-sol. Le Maroc est l’un des premiers producteurs mondiaux de phosphates. Pour sa part, le Niger partage avec l’Australie les réserves mondiales d’uranium les plus fournies.

La neige dans le désert du Sahara
La neige dans le désert du Sahara

Climat du Sahara

Le climat saharien oppose une région centrale hyperaride aux deux zones semi-désertiques du Sud et du Nord. La frange nord-est jouxte un littoral baigné par le climat méditerranéen: en Libye et en Égypte, le Sahara se «jette» dans la Méditerranée. Au sud, le Sahel délimite une large bande de terre où la saison sèche se prolonge pendant huit mois. D’une façon générale, on considère que le désert serait limité, sur le plan climatique, par l’isohyète 150 mm et, sur le plan biogéographique, par l’apparition d’une graminée spécifique au Sahel, le cramcram (Cenchrus biflorus).

Dans la partie centrale du Sahara, les conditions de vie sont extrêmement pénibles: il ne tombe pas plus de 25 mm d’eau dans le Tanezrouft («pays de la soif» en berbère), situé à l’ouest du massif du Hoggar. Certaines régions ne reçoivent pas une goutte d’eau pendant plusieurs années.

La moyenne annuelle des températures s’établit autour de 27 °C. L’été est torride: les températures sont comprises entre 40 et 45 °C, avec des maxima de 55 °C. L’hiver, qui peut être plus ou moins frais, présente des températures oscillant entre 8 et 11 °C, avec parfois des gelées nocturnes (le mercure peut descendre jusqu’à – 18 °C dans le Tibesti). Les amplitudes diurnes (15 à 30 °C) sont plus prononcées que les amplitudes annuelles (10 à 20 °C). Les températures étant très élevées et la nébulosité quasi inexistante, l’évaporation est particulièrement forte, entraînant l’un des taux d’humidité parmi les plus bas du monde (5 %).

En raison de la prépondérance de son action physique, le vent est l’une des données fondamentales du milieu naturel saharien. En hiver, les hautes pressions font souffler l’harmattan, vent de nord-est s’asséchant au fur et à mesure qu’il progresse vers l’ouest. Le sirocco est un vent très chaud soufflant vers la Méditerranée. Le khamsin, vent sec atteignant des vitesses supérieures à 100 km/h, souffle sur la Libye entre mars et juin. On estime que sur l’ensemble du désert, la force éolienne déplacerait chaque année entre 60 et 200 millions de tonnes de poussières en suspension, arrachées aux sols et aux roches, et de 10 à 20 millions de tonnes de sable.

Dunes du Sahara
Dunes du Sahara

Faune et flore dans le désert du Sahara

Cantonnée aux oasis et aux oueds des régions semi-désertiques, la végétation se réduit à quelques arbustes xérophiles, des acacias, des jujubiers, et à un maigre tapis temporaire de graminées, d’ombellifères et de crucifères résistants. Dans l’écosystème des oasis, le palmier-dattier (Phoenix dactylifera) apparaît comme un véritable pivot: le tronc est utilisé pour le chauffage et le bois d’œuvre; les fibres et les feuilles sont employées pour la vannerie; la datte, riche en sucre, sert à l’alimentation (1 kg de dattes représente une ration alimentaire d’environ 2 000 calories); le noyau du fruit sert à l’alimentation du bétail, et la sève à l’élaboration du vin de palme.

En plein désert, les espèces qui parviennent à défier l’aridité possèdent des racines jusqu’à 20 fois plus développées que leur tronc: aller chercher l’eau au plus profond et réduire les surfaces exposées à la transpiration sont les conditions de cette forme d’adaptation. Dans les oasis, les possibilités de culture sont assez variées: le blé et l’orge sont produits en Algérie, le mil et le sorgho sont plus courants au Niger.

La vie animale est présente jusque dans les zones les plus arides, où peuvent vivre insectes, petits rongeurs (gerbille), hyènes, parfois gazelles et antilopes. Oryx, chacal, guépard, varan, scorpion, vipère des sables, daman des rochers complètent la liste des hôtes du désert. L’adax, grande antilope présente dans le désert du ténéré, peut rester plusieurs jours, voire une année entière, sans boire. Parmi les espèces adaptées au milieu aride se trouve aussi la grande gerboise, rongeur passant ses journées à l’abri dans un terrier. Le fennec, petit renard aux grandes oreilles, est bien implanté. Le chameau, appelé ainsi bien qu’il s’agisse en fait d’un dromadaire (il n’a qu’une bosse), est le maître incontestable de l’endurance en milieu aride: il est, depuis qu’il a été importé d’Arabie pour remplacer le cheval, le «moteur» des routes caravanières.

Sahara - image satellite
Sahara – image satellite

Histoire du Sahara

Une foule de vestiges archéologiques – silex taillés, peintures rupestres (Fezzan, tassili des Ajjer, Tibesti, Hoggar) – attestent la présence de groupements humains, assez fortement densifiés pendant au moins trois millénaires, de 5000 à 2000 av. J.-C. Occupé par l’homme dès le Paléolithique, le Sahara a vu se succéder, au Néolithique, plusieurs civilisations, dont les peintures et gravures rupestres portent témoignage: la civilisation dite des chasseurs ou du bubale (VIe millénaire), celle dite des pasteurs à bovidés (IVe-IIIe millénaire) et, vers la fin du IIe millénaire, celle du cheval, qui permit aux Garamantes d’affirmer leur supériorité sur les peuples noirs. Au cours du Ier millénaire avant notre ère, la région s’assécha progressivement et, au IIe siècle av. J.-C., le dromadaire fut importé d’Arabie. Grâce à lui, le trafic caravanier allait désormais assurer les échanges entre l’Afrique méditerranéenne et le Soudan.

Les Romains, le long de la côte méditerranéenne, établirent en Libye et en Tunisie des colonies dont l’apogée se situe vers le IIe siècle apr. J.-C. En l’an 750 se diffuse la religion musulmane depuis le nord du Sahara. Des royaumes berbères ont étendu leur influence sur la ceinture occidentale, du Sénégal au Maroc; ils vont dans un premier temps organiser le commerce soudano-méditerranéen, fondé sur l’or, l’ivoire, le sel, et l’esclavage. Les Touareg (pluriel de Targui) fondent Tombouctou au XIe siècle. Les Maures, quant à eux, s’emparent de l’empire du Ghana et du Sahara occidental. À la fin du XIe siècle, l’islam est implanté sur la majorité du territoire saharien et le long des axes commerciaux desservant le Sahel. Toujours au Moyen Âge, le royaume songhaï et ceux du Kanem, du Bornou, du Ghana et du Mali prennent le contrôle du sud et du centre du Sahara.

L’or du Soudan, qui pénètre en Europe, entretient une active économie d’échanges. Les grands événements politiques sont alors étroitement liés au problème de la maîtrise du commerce. Ainsi, les Sanhadjas du Sahara occidental, maîtres de la route de l’or à l’ouest, interviennent au Maroc puis en Espagne, avant de prendre le Ghana. L’empire du Mali, dont l’apogée se situe au XIVe siècle, s’effondre au XVIIe siècle sous les coups des Toucouleurs et des Bambaras. L’Empire songhaï est anéanti par le sultan du Maroc en 1591. D’autres royaumes importants (Djenné, Kaarta) se forment.

Les explorateurs européens se risquent dans le Sahara aux XVIIIe et XIXe siècles. Le désert fut traversé par le Britannique Clapperton en 1823, puis par René Caillié en 1826-1828. D’autres encore ont effectué de fabuleux périples: Mungo Park, Heinrich Barth, Alexander Gordon Laing, Henri Duveyrier, Paul Flatters, Parfait Louis Monteil, Henri Lhote.

Après la conquête de l’Algérie, les Français poursuivirent l’exploration du Sahara, puis en conquirent la plus grande partie (prise de Laghouat en 1852, de Tombouctou en 1894, d’In-Salah en 1902); mais la pacification de la Mauritanie ne s’achèvera qu’en 1934. À la conférence de Berlin (1890), l’Europe se partage le continent noir. La France est favorisée dans la zone saharienne. Les Espagnols avaient créé la colonie du Río de Oro en 1884 et les Italiens s’emparèrent de la Libye entre les deux guerres mondiales. Lors de la décolonisation, l’ancien Sahara français alla en majeure partie à l’Algérie; l’ex-Sahara espagnol fut partagé entre le Maroc et la Mauritanie, puis annexé au Maroc seul.

Les Touareg du Sahara
Les Touareg du Sahara

Les hommes, avec et sans État

Vallée du Nil exclue, on estime entre 2 et 3 millions la population disséminée au Sahara, en périphérie et dans les oasis. La densité moyenne, sans signification, s’élève donc aux alentours de 0,3 h./km2. La souche arabe l’emporte dans la frange septentrionale, alors que la population berbère subsiste au centre. À l’est sont implantés les Toubous du Tibesti et les Nubiens de l’ouest du Soudan. Avec la tendance à la désertification, accentuée par les sévères sécheresses de 1973 et de 1984, progresse le phénomène de sédentarisation. Nombre de troupeaux ont été décimés, entraînant les Touareg à s’entasser dans des camps de réfugiés. Cantonnés entre l’Algérie, le Mali et le Niger, les «hommes bleus» – expression qui vient de la teinte que donne à leur peau leur voile indigo –, qui parlent le tamacheq et se nomment Imazighen («hommes libres»), ont une situation un peu comparable à celle des Maures sur la façade occidentale du désert: pour les Noirs ils sont des Blancs, et inversement.

Si la Libye et la Mauritanie sont presque entièrement sahariennes, c’est le Sahara algérien qui est le plus vaste. Et alors que la Tunisie ne fait qu’effleurer le désert, celui-ci recouvre la majeure partie des territoires du Mali, du Niger et du Tchad. Le Soudan, l’Égypte et le Maroc (Sahara occidental) peuvent quant à eux estimer que la moitié de leur superficie est occupée par le Sahara.

Si le Sahara fut une frontière naturelle entre les populations africaines et celles des rives de la Méditerranée, des contacts s’établirent très tôt entre les deux communautés. Deux grandes voies de communication ont ainsi vu le jour: la voie nord-est – sud-ouest, de la Tripolitaine à l’Adrar des Iforas en passant par le tassili des Ajjer et le Hoggar; la route allant du nord-ouest au sud-est, de l’Atlas saharien au Soudan central par le tassili des Ajjer et le Tibesti. Le réseau routier est limité à deux routes reliant l’Algérie au Niger et au sud du Mali. Le réseau ferroviaire, pratiquement inexistant, est organisé autour des centres miniers.

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