Ville de Fréjus

Frejus

D’après un philologue éminent, M. Beretta, Fréjus dont la phonie réelle est Fréjus, serait formé de la syllabe Fre, appartenant à la langue celtique, et qui subsiste encore dans le néoceltique (bas-breton). Avec le mot Frêt (cirque, échancrure, évasement) et d’une deuxième syllabe celtique : jou, joux, ioux que les latins écrivaient ju, jux, iux et qui désigne le pin.

Fréjus, les origines du Port

L’origine du nom Fréjus serait donc, ainsi que le confirme la disposition du territoire, les mots celtiques indiquant une échancrure boisée. Le nom de Forum julii apparaît pour la première fois, vers l’an 44 av. J-C, dans les lettres écrites à Cicéron, à l’occasion des événements provoqués par la lutte engagée entre Antoine et les meurtriers de César. Plus tard, Strabon, au Ier siècle de l’ère chrétienne, et, après lui, Pomponius Mela et Pline l’Ancien, mentionnent brièvement la ville de Fréjus. Ces renseignements, fort vagues, ne suffisent pas à faire connaître les origines réelles de cette ville. Tout ce qui a été dit à ce sujet, repose sur de simples hypothèses. Tacite, parlant d’Agricola, son beau-père, dit que celui-ci était originaire “de l’ancienne et illustre ville de Forojuliens”.

Tacite écrivait au premier siècle de notre ère, et comme il qualifie Fréjus “d’ancienne et illustre colonie”, il est permis de croire que, cette ville existait déjà, lorsque les Romains conquirent le Sud de la Gaule. Quant à déterminer quels avaient été ses fondateurs, Ligures, Phéniciens, ou Massaliotes, la chose n’est pas possible historiquement. Il convient donc de s’en rapporter au texte de Tacite, et de prendre date seulement au moment où Forum Julii, était déjà le grand port de guerre romain et servait de point de ralliement à la flotte de l’empire. Il faut en arriver en effet à l’époque romaine pour rencontrer un semblant de précision, car si la tradition la plus accréditée attribue à jules César la fondation de Fréjus, aucun acte authentique ne signale le passage de ce conquérant sur son territoire. Les Commentaires sont muets, et Plutarque, bien que venu postérieurement recueillir les principaux faits historiques, garde sur celui-ci le plus complet silence. Le seul argument de quelque valeur serait le nom de Forum Julii.

Mais cette dénomination appartenait aussi à trois autres cités situées en Espagne, en Allemagne et en Vénitie, pour mentionner seulement celles-là, puisque les villes qui adoptèrent le nom de César, à la suite de ses triomphes, furent innombrables. D’autre part, si Fréjus existait au temps de la conquête et du triomphe de César, elle a pu changer son nom primitif par flatterie pour le vainqueur et adopter celui qu’elle a gardé depuis. Dans cette hypothèse, ses magistrats se seraient attachés à faire disparaître les traces de son ancienne dénomination, ce qui expliquerait le peu de renseignements existant sur ses origines.

Rien ne prouve en tous cas, et c’est là ce qu’il faut retenir, que César ait fondé Fréjus, qu’il y ait fait faire quelques constructions ou établi quelque colonie, ni même qu’il y ait jamais passé. Il est un fait cependant incontestable c’est que Fréjus a été le grand port militaire des Romains sur la côte provençale, l’arsenal d’Auguste et de ses successeurs. Il se trouve que justement aujourd’hui, ce port peu à peu ensablé, n’est plus qu’un souvenir. Fréjus a eu le mélancolique destin des villes que la mer a ruinées en les délaissant. Comme le disait, au XVIe siècle, le chancelier de l’Hôpital, dans l’Epître en vers latins où il rend compte de son voyage en Provence:

« … Ubi portus crat, siccum nunc littus et horti »…

Là où jadis était un port, maintenant c’est un rivage sec, ce sont des jardins.” Fréjus a donc été un grand port de guerre dont tous les historiens ont relaté l’existence. Il est certain aussi que ce port survécut au-delà de l’époque romaine, puisqu’à la fin du Xe siècle, le comte de Provence, Guillaume 1er, concède le territoire et le port de Fréjus à l’évêque Riculte, qui rebâtit la ville, ruinée par les Sarrasins. Cette charte de concession est la dernière mention qui en soit faite dans l’histoire. Mais, comme d’autre part, dès la fin du XVIIe siècle, ce port est complètement enlisé sous la boue et les alluvions il faut donc admettre que cinq à six cents ans seulement ont suffi à modifier tout le littoral et la conformation même du golfe de Fréjus.

Car, bien qu’au temps de Riculte, le port dût être déchu de son ancienne splendeur et surtout de son rôle militaire, il existait pourtant ; Il y entrait, il en sortait des navires, dont la taille ne devait pas être très inférieure à celle des vaisseaux romains. Il semble tout à fait étonnant que la mer ait pu se retirer en si peu de temps, relativement, de un kilomètre et demi, et que, les alluvions de l’Argens, dont l’embouchure est située à une distance encore appréciable, aient pu produire toutes seules ce résultat. Cette opinion, bien que la plus commune, n’est cependant pas la seule ayant été émise et nous paraît peu plausible.

En 1829, M. Charles Texier disait:

“… L’éloignement actuel de la mer a fait croire à quelques personnes que jamais elle n’était venue battre le pied de la colline. Ce serait supposer que le port communiquait avec la mer par le moyen d’un canal. Mais cette supposition ne saurait être admise, car des fouilles faites dans les sables, depuis la pointe du môle jusqu’à la mer, n’ont en aucun endroit, laissées à découvert une seule trace de construction ; puisque les deux quais et les murailles sont encore parfaitement conservés, on ne peut admettre que toutes les traces du canal se seraient entièrement perdues.”

M. Charles Texier n’avait pas lu ou avait mal lu Girardin, qui, à plusieurs reprises, fait mention de ce canal de communication, et qui donne, de manière très explicite son opinion en ces termes : “… La mer a toujours été éloignée de quelques milles du port ; c’est l’entrée du canal que les sables ont presque bouchée, mais non l’entrée du port. Avec un peu de soins, jamais les sables ne l’auraient embarrassée. Il serait aisé de recreuser ce canal jusqu’au port et de nettoyer le port même qui est devenu étang.” Bien plus, à la fin du XVIIIe siècle, il semblait encore très aisé de rétablir l’ancien port dans son état primitif. On a retrouvé, dans les archives d’Aix, un mémoire daté de 1698 et rédigé par un ingénieur de la marine, qui concluait à cette restauration. Le fond du port, disait-il, “n’étant que limon et que sable, on ne trouverait aucune difficulté pour le curage, soit du bassin, soit du canal qui communique à la mer.” Cet avis était aussi celui d’Anville, dans sa Notice sur l’ancienne Gaule, parue à Paris, en 1768: “… Avant, dit-il, que ce port fut tout à fait impraticable, on y entrait par le côté qui regarde le Lebeche ou sud ouest, au moyen d’un canal appelé canal de Barbarie, qui avait son ouverture dans la rivière d’Argens, plus près de l’embouchure de cette rivière et du rivage de la mer…”

La destruction du port de Fréjus, par des circonstances naturelles, dès le moment où son entretien fut négligé, puis abandonné, était inévitable, surtout si on se reporte à la façon dont il fut crée, ou plutôt aménagé, par les romains. D’après une remarquable étude le M. de Villeneuve, en 1803 : “Il paraît certain que le port de Fréjus fut entièrement l’ouvrage de l’art : le bassin fut creusé à main d’homme, et joint à la mer par un canal dont on voit encore aujourd’hui les vestiges. Ce canal est construit presque parallèlement au fleuve, ce qui semble indiquer qu’on a eu en vue de le garantir des sables et du limon ; on va jusqu’à assurer que le fond est enduit d’un ciment aussi dur que celui que l’on employait au canal des acqueducs.” Cette précaution n’eut pas été suffisante pour empêcher le port de Fréjus de s’envaser, si les anciens n’en avaient pris une autre, qui a été découverte et admirablement mise en lumière, au début du XIXe siècle, par le projet Fauchet, dans la statistique du Var. Vers le milieu du siècle dernier, dit cet auteur, en parlant du marais qui avait remplacé le port antique, les états de Provence se déterminèrent à faire disparaître ce marais.

L’un des moyens proposé consistait à déblayer le port et à y introduire de nouveau les eaux de la mer, en rouvrant le canal de communication.

“Entre le Puget et Fréjus, sur la rive gauche de l’Argens, est un pont à trois arches, dont le débouché total est de douze mètres ; il est placé dans un lieu où jamais on n’a vu le plus faible ravin. Ce monument, très bien conservé, suppose nécessairement un grand volume d’eau ; sa position indique que l’Argens le fournissait, et comme la direction de son ouverture est vers le port de Fréjus, il est difficile de ne pas croire que cette grande dérivation était destinée à entraîner avec elle les dépôts du canal et à repousser les sables de son embouchure.”

Enfin il conclut très nettement, faisant en quelques lignes ce qui demeure pour nous l’histoire la plus probable du port de Fréjus:

“Le port fut creusé dans l’intérieur des terres sous les murs de la ville et communiquait à la mer par un chenal sinueux de deux mille mètres de longueur ; pour défendre son entrée contre les sables quartzeux que les vagues y apportaient et le tenir toujours libre, on avait amené dans le port une dérivation de l’Argens, dont le volume était suffisant pour en entraîner les dépôts et tenir l’embouchure constamment libre ; dès que cette dérivation cessa d’être entretenue, le chenal se combla, le port ne communiqua plus avec la mer et devint marais.”

Il semble donc possible, que déjà aux temps des Romains, la mer n’arrivait pas jusqu’à la ville de Fréjus. Il y avait là, soit une lagune, soit du sable mou, dans lequel il dut être facile de creuser un bassin, puis un canal pour y précipiter les eaux de la mer, et un autre qui, y amenant les eaux de l’Argens, entretenait un courant empêchant aux sables d’y séjourner. On pourrait s’étonner pourtant que les Romains, ayant à leur disposition toutes les baies, tous les golfes rocheux de la côte provençale, aient choisi justement une lagune de sable, pour y creuser un port, qu’ils ne purent maintenir qu’à l’aide de grands travaux. L’étonnement diminue, si l’on remarque que tous les grands ports romains, celui de Centum Cella Civita Vecchia, celui D’Antium (Anzio), celui de Kavenne, ont subi la loi de l’ensablement. C’est que, comme le port de Fréjus, ils furent creusés artificiellement dans des rivages plats et sablonneux.

Et la raison de cela, raison que les historiens de Fréjus ne nous paraissent pas avoir mise suffisamment en lumière, est que les conditions de la marine antique différaient du tout au tout de celles où se trouve la marine actuelle et qu’un port, défectueux pour les modernes, était excellent pour les anciens. Nos pères n’avaient besoin ni de bassins très profonds ni de passes très larges. Ils voulaient avant tout que leurs navires fussent à l’abri des flots et des coups de main. Cette double garantie était justement fournie par un port creusé, à l’intérieur des terres et relié à la mer par un canal d’un kilomètre de longueur. Il défiait à la fois la tempête et l’ennemi. Quant aux travaux nécessaires pour établir un tel ouvrage et pour l’entretenir, ils n’étaient pas pour faire reculer ces hardis constructeurs, d’autant plus que la main-d’œuvre, étant servile ou militaire, ne lui coûtait rien. Qu’on se rappelle les travaux entrepris par Agrippa, pour faire communiquer entre eux le lac Lucum et le lac Averne (entre Misène et Pouzzoles) et n’en former qu’un immense bassin, relié, par un canal à la mer, et l’on ne s’étonnera plus du travail qui dut être accompli à Fréjus.

Peut-être alors sera-t-on tenté de l’attribuer à Agrippa lui-même, et, bien que nous ne sachions rien de précis à ce sujet, telle a été la pensée naturelle de presque tous les historiens de Fréjus. Mais cette hypothèse, qui n’aurait rien que de vraisemblable, explique très bien et le nom de Forum Julii donné alors au port et à la ville, en souvenir du père adoptif d’Octave, et le nom de Navale Augustin, dont Pline la qualité, et qui indiquerait que ces travaux furent entrepris sur l’ordre d’Auguste par son favori. Dans une pareille création, artificielle, hardie, pratique et grandiose à la fois on reconnaît volontiers en effet, la main du grand bâtisseur que fut Agrippa, à qui Rome devait la plupart de ses aqueducs, de ses fontaines, des thermes, un cirque et cet énorme Panthéon, qui fait, aujourd’hui encore, notre surprise et notre admiration.

Pour déterminer les dimensions du port de Fréjus, nous nous abriterons sous l’autorité reconnue de MM. Charles Texier et Aubenas. Voici ce qu’écrivait ce dernier :

“…Tel était le vaste circuit de ce port, l’un des plus grands que les romains aient construit dans les Gaules. Sa profondeur, de la Lanterne qui marque l’entrée, à la citadelle de l’Ouest, est de 565 mètres. Sa plus grande largeur, prise du môle sud… était de près de 600 mètres.”

Il résulte de ces mesures, que le port de Fréjus, bien entretenu, était un des plus grands ports de l’empire romain. Aussi n’avait-il rien été épargné pour le mettre en état de défense. Les Romains s’étaient surtout préoccupés de le garantir des vents du sud ouest, très impétueux, sur cette côte, et qui pouvaient drainer les alluvions de l’Argens. Ils avaient donc établi de ce côté une très forte digue, que la plupart des archéologues, ont désignée sous le nom de môle méridional. Ce môle méridional s’étendait du pied de la Citadelle saint Antoine, jusqu’au petit édifice qu’on appelle aujourd’hui la Lanterne et, dont nous chercherons tout à l’heure quelle était la destination. “…

Ce quai méridional, dit Girardin, a communément vingt et vingt et un pas de largeur, quelquefois davantage. Un mur haut d’environ deux cannes, régnait dans toute sa longueur et le bornait au midi ; Ce mur s’avançait même fort loin au-delà du phare sur les bords du canal, où il subsiste encore tout entier pendant un certain espace de chemin… Ce mur, ainsi fabriqué, servait à deux usages : Il défendait le port et le canal, les mettait à couvert des vents du sud et surtout du sud Ouest, qui est dangereux sur ces côtes, servant, pour ainsi dire, de rideau et arrêtant les sables que les vents soulèvent ordinairement.” L’opinion de Girardin a été adoptée depuis et corroborée par M. Charles Texier, qui s’exprime en ces termes:

Le môle de Fréjus… s’avançait en pleine mer ; le lieu n’était pas propre, en soi, pour couvrir les vaisseaux et les défendre contre la tempête… il fallait bâtir, de l’autre côté, un môle qui enfermât le port et qui s’avançât dans la mer. Ainsi que les môles d’Ostie bâtis par Claude. Le port était abrité par un long mur élevé sur le môle, et, soutenu de distance en distance, par des pilastres ou des contreforts ; un banc régnait tout le long de ce mur, de manière qu’on puisse y jouir tranquillement du spectacle du port et de la mer. Il n’était par permis de circuler sur le môle ; dans toute sa longueur il était intercepté par des portes et par des petits corps de garde ou consignes… ”

Ce môle avait une longueur totale de 560 mètres. Il se dirigeait en ligne droite vers le sud pendant 420 mètres, puis s’infléchissait vers l’est, de manière à venir resserrer l’entrée du canal qui faisait communiquer le port et la mer. Au bout de ce môle s’élevait un petit monument, que l’on peut voir encore aujourd’hui, et que l’on appelle la Lanterne. On a longtemps cru que cette Lanterne était un phare. C’était du reste l’avis émis par Girardin. M. Charles Texier ne croit pas au phare. Il pense que l’une de ses faces comportait un cadran solaire et qu’une girouette, indicatrice des vents pour les navigateurs, surmontait son sommet, de forme pyramidale. En revanche, il situe le véritable phare sur la citadelle, au fond du port et non pas à son entrée. C’est pourquoi il explique le rôle de la lanterne, suffisante pour indiquer l’entrée du port, tandis que le phare véritable, élevé, dit-il, d’environ 32 mètres au-dessus du niveau des eaux, était visible aux navires venant de la haute mer.

An delà de la Lanterne le môle se continuait, s’infléchissait vers le sud-est, et servait, selon toutes probabilités, à protéger le canal de l’ensablement, toujours à craindre. A cet endroit s’élevait une forteresse, dont la place n’est plus aujourd’hui marquée que par des ruines, mais qui était encore fort visible au début du XVIIe siècle, ainsi que l’indique le plan de Peiresc. Ce plan, en effet, porte l’indication de deux tours situées, à l’entrée du port en face l’une de l’autre, et qualifiées, par Peiresc, de Forteresses. Au reste Bernard de Montfaucon, le savant bénédictin, commentant le plan de Peiresc, dit formellement: “A l’entrée du port étaient deux tours, une de chaque côté, dont on voyait encore alors (en 1628) les mesures ; c’était pour défendre l’abord.” Il n’en reste plus aujourd’hui que les substructions ; Sur celles de l’est on a construit une bastide. Au puits Saint-Roch, selon Aubenas, commençait le quai de la ville, constituant le fond du port. C’était là que se faisaient, selon toutes probabilités, les embarquements et les déchargements de marchandises.

Ce quai devait être fort large et de grands espaces étaient réservés ou à des chantiers de constructions, ou à des places de débarquements. Du puits Saint-Roch à la citadelle Saint-Antoine, ce quai n’avait pas moins de cinq cents mètres. Pour compléter cet ensemble de travaux défensifs, dont nous venons d’indiquer les plus importants, les Romains avaient établi en mer un second phare, destiné à signaler le port de Fréjus, sur l’îlot appelé le Lion de mer et qui se trouve en face de Saint Raphaël. Girardin le premier, en a signalé l’existence : “Ceux qui vont se promener en bateau dit-il, sur ces grands rochers que nous appelons les Lions à trois mille du port, peuvent remarquer que sur le milieu du Lion de mer il y avait une tour ou phare qui annonçait le port de Fréjus.”

D’après ce qui précède, il est permis de se rendre compte de ce que fut, à Fréjus, l’effort romain. Ce sont les Romains qui ont creusé le port, assez avant dans l’intérieur des terres, et qui l’ont relié à la mer par un canal en même temps qu’ils entretenaient son bon état, en déviant une partie des eaux de l’Argens, pour les précipiter dans le port, y créant ainsi un courant libérateur. Dans ce projet hardi, grandiose et pratique, on semble reconnaître, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, la main d’Agrippa, hypothèse qui donnerait la date exacte, sinon de la première création de Fréjus, tout au moins de son développement et de son importance maritime et militaire ; Ce serait donc dans les dernières années de l’ère romaine, au début du règne d’Auguste, que ce grand ouvrage aurait été mené à bien.

Rien n’y fut épargné : Un large canal, une immense digue protégeant à l’ouest ce canal et le port dont deux forteresses défendaient l’entrée ; Une autre protégeant son centre ; une citadelle le dominant ; un phare allumé au sommet de la citadelle, un signal à l’entrée du canal, un second phare en mer, sur un îlot rocheux, visible de loin ; De larges quais, favorisant l’embarquement et le débarquement des marchandises et des troupes un bassin de radoub ; de vastes magasins sans doute; un arsenal et des chantiers de construction, tel était l’appareil naval et guerrier de ce port, qui de plus en plus nous apparaît comme le véritable “Toulon” de l’empire Romain. C’est à la fin de la lutte entre Octave et Antoine, au moment de la bataille d’Actium, que Forum Julii, fait son entrée authentique dans l’histoire. Tacite, l’historien sûr par excellence, donne, dans les Annales livre IV, le recensement des forces de l’Empire romain au temps de Tibère :

“L’Italie, dit-il, était protégée sur ses deux mers par deux flottes, à Misène et à Ravenne. Le littoral de la Gaule, le plus voisin de nous, était gardé par les galères qu’Auguste avait prises à la bataille d’Actium et envoyées à Forum Julii avec l’édite des marins.”

Il est donc avéré que le port de Forum Julii reçut, à ce moment, trois cent galères, constituant une grosse part du butin d’Actium. Et il est permis d’induire de ce fait, qu’à cette époque déjà, Fréjus devait être considérée comme assez importante pour que l’attention du Maître de l’Empire romain fut attirée vers elle, plutôt que vers les ports plus proches de Misène ou de Ravenne. On doit aussi en conclure que son port devait être suffisamment large et profond pour pouvoir contenir un aussi grand nombre de vaisseaux. D’après M. Charles Texier, ce port aurait été mis en état et considérablement agrandi, quelques années auparavant, par Agrippa, le lieutenant favori d’Auguste, au moment où il faisait la guerre dans le Narbonnais. “Quoique le port, dit-il, eut déjà reçu quelques gros navires, il entreprit de le mettre en état de contenir une grande flotte ; Sa position dans le voisinage de petites îles et sa proximité de l’Italie, durent le faire préférer aux ports qui existaient alors.

D’ailleurs Jules César avait déjà commencé des travaux importants ; la ville avait reçu son nom, et cette circonstance ne dut pas peu contribuer à décider celui dont toute l’ambition était de plaire à Octave. Les grands travaux entrepris par Agrippa furent terminés assez promptement pour que le port fut en état de recevoir les restes de la flotte de Sextus Pompée ; Mais ces murailles devaient bientôt renfermer de plus illustres débris. La victoire d’Actium suivit de près la bataille de Myla. En vain Antoine opposa-t-il cinq cents galères aux légers vaisseaux d’Octave ; Le phare de Fréjus éclaira bientôt le dernier désastre de celui que la ville avait protégé dans sa première fortune.

Trois cents galères, conduites dans le port, apprirent aux habitants le triste sort d’Antoine, qu’ils avaient vu, peu d’années auparavant, traverser leur ville, à la tête d’une si brillante armée.” Tout cela est certainement fort pathétique, mais sauf le dernier fait, dont Tacite est garant, le reste est du roman historique. M. Texier ne peut donner aucune preuve du séjour d’Agrippa à Fréjus, ni des prétendus travaux qu’il y fit exécuter. On peut seulement affirmer l’existence de ces travaux, sans pouvoir dire qu’ils étaient contemporains ou postérieurs à César et quel fut leur auteur.

De même, on ignore si Auguste, quand il traversa la Gaule, s’arrêta à Fréjus, pour inspecter sa flotte et son port. On peut le penser, mais rien n’autorise à l’affirmer. Les historiens mentionnent seulement un séjour de trois ou quatre mois, qu’il fit à Narbonne. Il faut donc s’en tenir aux textes de Strabon, Pomponius Mela et Pline l’Ancien, qui vivaient peu après cette époque. Tous les trois, parlent de Fréjus comme d’une “colonie d’Octavoniens”, c’est-à-dire de soldats de la huitième légion, et qui était le port militaire d’Auguste, “Navale Augusti”. Il avait aussi reçu le surnom de Classica et de Pâcensis. Mais que ce soit César, Agrippa ou Auguste qui aient fait creuser ou agrandir le port de Fréjus, il est certain, d’après les historiens, que cette place maritime, très importante, devint le point d’attache de la flotte chargée d’assurer la défense de la Gaule.

C’est ce que nous indiquent péremptoirement les deux qualifications de Navale Augusti et de Classica (classis : flotte). Cette ville avait donc à la fois les noms de “Arsenal d’Auguste” et de “Fréjus la flotte”. De plus, c’était une “cité Julienne”, et l’on sait ce que signifiait ce titre. Enfin Auguste y avait établi, soit une colonie de vétérans de la huitième légion, soit la huitième légion, comme garnison militaire (Octavanorum). Ajoutons que le texte de Tacite qualifie Fréjus de “Oppidum Forojuliense”, ce qui indique que Fréjus était une ville fortifiée.

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