Les coraux polynesiens
Les coraux polynesiens

Les coraux de Polynésie

C’est une balade sous-marine pour observer les coraux de Polynésie dans un décor plus fragile que le cristal, que nous vous proposons. Partez en plongée avec nous, puis, à votre tour, ouvrez l’oeil pour admirer dans leur milieu naturel ces trésors de nos mers chaudes.

Plongée en Polynésie française

Les coraux sont d’une grande vulnérabilité, les plus délicats étant également les plus colorés et les plus rares. En Polynésie française, par chance, les lagons mais surtout les pentes externes des récifs barrières sont riches en petites merveilles étalant les tentacules minuscules de leurs polypes dans la semi-obscurité de leurs abris.

En peinture, en philatélie, en haute couture ou en joaillerie, les faux n’ont jamais l’éclat des vrais, et leur vil prix ne compense que rarement leur piètre qualité. Faut-il revenir sur ces pâles imitations de vêtements ou de parfums fabriqués dans certains pays et qui inondent les marchés ? La nature, de son côté, voit les choses d’un tout autre oeil, elle qui déroge à cette règle, au moins sous la mer. Une exception qui se fait au détriment des systématiciens, ces scientifiques ayant en charge de classer les mondes animal et végétal.

Cette variété de gorgone, qui peut être mauve et lie-de-vin, est baptisée Acanthogorgia (Voir sur Moorea), au fil de ses nombreuses plongées en Polynésie française, a tenté d’y voir plus clair dans l’univers très complexe des coraux, ces animaux si curieux qu’on les prendrait volontiers pour des « plantes » calcifiées par une eau riche en carbonate de calcium. Des plongées qui nous ont amenés à contempler ce que sans doute la mer peut offrir de plus beau dans la gamme des formes et des couleurs.

Première surprise au cours de ces immersions, les coraux les plus beaux étaient tous… des faux coraux : des ersatz, des succédanés qui éclipsent pourtant de très loin la plastique des authentiques. Vrais coraux, faux coraux, à qui a-t-on affaire sous l’eau lorsqu’on s’immerge le long d’un récif barrière ou dans un lagon ? Plongez avec nous dans l’univers de ces « copies », dont l’éclat dépasse de beaucoup celui des originaux.

Mort blanche des Coraux
Mort blanche des Coraux

La mort blanche des coraux

Les grands coraux qui peuplent les tombants externes des lagons polynésiens peuvent être victimes du phénomène de blanchissement si l’eau devient trop chaude. Les vrais coraux, ceux que l’on rencontre au bord de la mer, dans les lagons, sur les barrières et le long des tombants, n’ont rien de véritablement bouleversant sur le plan esthétique : de gris à bistre, leurs couleurs sont ternes et il n’y a guère qu’une fois séchés qu’ils arborent un magnifique éclat blanc. Mais ils sont alors morts depuis longtemps et ces nids à poussière sur les rayonnages des bibliothèques sont tout de même plus à leur place bien vivants et dans l’eau.

Il leur arrive parfois aussi de se parer de couleurs fluos, allant du mauve au jaune vif en passant par le rose et le vert. Première phase d’un phénomène aujourd’hui bien connu, le blanchissement des coraux est annonciateur d’un stress chez ces colonies animalières, qui peut aller jusqu’à la mort (stress dû notamment à une trop forte élévation de la température de l’eau ; un phénomène malheureusement très courant, dans le Pacifique Sud comme dans le reste de la ceinture tropicale). Hormis durant ces périodes de blanchissement, on ne peut donc pas vraiment dire que les coraux sont « beaux »…

Gorgone jaune - corail
Gorgone jaune – corail

La Gorgone jaune : une fleur à six pétales

Une rare et très belle cohabitation de deux formes de  » faux coraux « , une gorgone jaune et une variété de Dendronephthya (vu à Tahiti).Toutes ces constructions de calcaire, d’aragonite pour user d’une terminologie plus précise (chimiquement, du CaCO3) en choux-fleurs, en cervelles, en cornes, en branches, en dalles, en rameaux, … appartiennent à la classe des Anthozoaires et à la sous-classe des hexacoralliaires (symétrie rayonnée d’ordre 6) et à l’ordre des madréporaires.

Symétrie rayonnée d’ordre 6 signifie, entre autres, que sur chaque polype, la « petite fleur » que l’on distingue, surtout la nuit, au bout des branches de corail, a 6 tentacules pour capturer ses proies. Le moment, ici, de rappeler que les coraux sont bien des petits animaux qui s’organisent en colonies et qui sont de redoutables carnassiers, justement grâce à leurs tentacules empoisonnés qui capturent et paralysent tout ce qui passe à leur portée : phytoplancton et zooplancton. Il fallut attendre longtemps pour que les scientifiques, aux siècles des découvreurs, comprennent qu’ils n’avaient pas affaire à de curieuses plantes, comme on le croyait dans l’Antiquité et au Moyen Âge ; et encore aujourd’hui, ne nous faisons pas d’illusions, bon nombre de personnes voient à tort dans ces constructions naturelles animales des végétaux.

Coraux mous rouges
Coraux mous rouges

Rouges, bleus … Les coraux mous

Le corail bleu (Distichopora violacea) est aisément repérable par petits fonds dans les lagons, près de la barrière de corail, là où l’eau est très oxygénée. Il aime les anfractuosités (Vu à Tahaa). Les coraux mous rouges sont sans doute parmi les plus beaux que les eaux de Polynésie renferment. Ils ressemblent à s’y méprendre à ces coraux de bijouterie comme ceux que l’on pêche en Méditerranée. Les coraux qui nous intéressent aujourd’hui, les « faux », sont souvent, eux aussi, membres à part entière de la classe des Anthozoaires, mais ils appartiennent à la sous-classe des Octocoralliaires (symétrie rayonnée d’ordre 8). En plus clair, et là encore très résumé, ces coraux ont des polypes étalant des corolles de 8 tentacules ou des multiples de 8. C’est dans cette sous-classe que l’on rencontre les plus beaux spécimens de constructions marines :

  • ordre des Stolonifères ( corail en pipe)
  • ordre des Alcyonnaires ( coraux mous)
  • ordre des Corallidés ( corail rouge de bijouterie)
  • ordre des Gorgonidés (gorgones et coraux cornés)
  • ordre des Hélioporidés (corail bleu)
  • ordre des Pennatulidés (plumes de mer)
  • Une autre classe que celle des Anthozoaires, celle des Hydrozoaires, abrite d’autres superbes faux coraux, dans l’ordre des Stylasterines (corail jaune, orange et rose).
Corail rose
Corail rose

Le corail Rose : symbiose animal-végétal

Ce corail rose est très fragile et se développe souvent entre les branches d’autres madrépores. .Nos photos ne prétendent en rien recenser tous les genres de faux coraux existant en Polynésie. D’autant que si certains de ces étranges animaux vivent près de la surface et sont donc facilement observables, d’autres au contraire préfèrent l’obscurité de fonds plus importants, voire de cavernes très difficiles d’accès. Mais du moins ces clichés vous offrent-ils un aperçu des splendeurs cachées de nos fonds sous-marins.

Les vrais coraux, les Madréporaires, ont en effet besoin de la lumière du soleil pour survivre. Leurs polypes, en une étroite symbiose animal-végétal, cohabitent avec des millions de petites algues unicellulaires, les zooxanthelles, qui, comme tout végétal, ont un impérieux besoin de lumière solaire pour croître et se multiplier. Les eaux claires des mers tropicales sont en effet très pauvres en nutriments et si elles n’avaient que les proies qu’elles capturaient pour survivre, les colonies coralliennes ne parviendraient pas à assurer leur croissance normalement. Les petites zooxanthelles favorisent notamment la précipitation du carbonate de calcium, permettant aux polypes de bâtir leur squelette.

Coraux en pipe
Coraux en pipe

Le corail de -1 à – 100 mètres

On les trouve dans moins d’un mètre d’eau, sous les dalles de corail dans les lagons ou sur le récif externe ; les coraux en pipe (Vu à Tubastrea) sont très faciles à observer la nuit, lorsqu’ils déploient leurs tentacules dans l’eau noire (Bora Bora). »Vrais coraux » veut donc dire donc lumière du soleil, ce qui n’est pas du tout le cas des faux coraux qui ne sont pas « mariés » à des algues ni à aucun autre végétal. C’est pourquoi on rencontre les vrais coraux depuis la surface de l’eau jusqu’à environ -50 mètres de profondeur.

Les faux coraux, en revanche, parviennent au contraire parfaitement à se nourrir seuls et ils se passent également de lumière (jamais totalement à notre connaissance) ; en fait, aux rayons directs du soleil, ils préfèrent dans leur majorité des recoins plus ombragés, obscurs, à l’ambiance plus feutrée. Si eux aussi se tiennent parfois à peine à un mètre de la surface, très souvent ils sont fréquents beaucoup plus bas, entre 60 et 100 mètres de profondeur, là où commence dans la mer la nuit perpétuelle.

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