photo - urbain affiche dechiree
Corée du Sud
Corée du Sud

La Corée du Sud

Comme au Nord, ce sont les régions occidentales de la Corée du Sud qui sont tournées vers la mer Jaune, qui forment le cœur de la République; elles présentent des paysages harmonieux, dont la mer forme l’horizon au-delà des plaines élargies. L’une d’elles, cernée de collines, constitue le site de Séoul; mais la sixième métropole mondiale par sa population déborde son cadre de toutes parts, notamment le long de la route qui rejoint Inchon, son port.

Visite de la Corée du Sud

La côte orientale de la Corée du Sud est serrée entre la retombée des monts Taebaek et la mer du Japon, ne s’ouvre que localement à l’industrie (base sidérurgique de Samchok) et à la pêche. Les hauteurs centrales (monts de Diamants), moins massives qu’au Nord, ne sont peuplées que dans les vallées, étroites et isolées; un peu de plomb, de tungstène, d’or et d’argent autorisent quelques exploitations minières.

Les mêmes formes adoucies se rencontrent au sud-ouest jusqu’au port de Mokpo, et dans l’île méridionale de Cheju. Entre Séoul, la capitale (plus de 20 millions d’habitants) et le grand port de Pusan (sur le détroit de Corée, face au Japon), une mégalopole est en train de naître, avec Kwangju (la vieille capitale) et les deux grandes cités que sont Taegu et Taejon pour relais. Une autoroute ainsi que la principale voie ferrée du pays parcourent cet axe, sur lequel un projet de train à grande vitesse est à l’étude.

Une société nouvelle

On qualifie volontiers le régime sud-coréen de «démocratie musclée»: elle permet à des institutions de type républicain de livrer le pouvoir réel au parti dominant (parti de la démocratie et de la justice, parti libéral-démocrate à partir de 1990) et à son président. Le caractère volontiers frondeur des Coréens suscite une opposition parfois active, quoique la liberté individuelle soit sévèrement mesurée (comme au nord, mais contre lui, au nom de l’anticommunisme qui anime la vie politique).

Il fallait en effet opposer à la République démocratique une idéologie qui puisse aussi servir le progrès économique. Tel est le mouvement Saemaul («communauté nouvelle»), lancé par le président Park Chung-hee en avril 1970 dans les villages, avant d’être étendu à l’ensemble de la population pour «éveiller» et moderniser les diverses communautés, tout en faisant appel au volontariat pour les grands travaux d’aménagement. Il faut y voir une certaine forme de «réarmement moral» visant à développer initiative, entraide et volontarisme: ces idéaux, finalement proches de ceux du Nord, divergent de ces derniers par le poids de l’héritage confucéen, guide de la moralité publique et privée.

La croissance de la population a rajeuni la société (58,5 % des Sud-Coréens ont moins de 29 ans) et il faut créer 500 000 emplois par an. Aussi l’État supprime-t-il l’assistance à l’instruction au-delà du troisième enfant, de façon à atteindre la croissance démographique zéro en 2070. La composition socioprofessionnelle de la population s’est très vite rapprochée de celle des pays industriels, avec la domination du secteur tertiaire (61,9 %). La population s’urbanise très vite (75,2 %), en raison notamment des conséquences de la guerre civile et de l’industrialisation, en particulier le long de l’axe Séoul-Pusan.

Une politique de construction de logements, menée dans le cadre du Saemaul, vise à baisser le prix des loyers, même si celui des terrains croît plus vite que les salaires. La société sud-coréenne connaît en effet le passage à l’âge de la consommation. Mais on peut considérer que, globalement, l’accès aux biens s’élargit et que les prix semblent se stabiliser depuis 1980.

Tourisme en Corée du sud
Tourisme en Corée du sud

Histoire de la Corée du Sud

Le rapide développement économique de la Corée du Sud conforta les régimes autoritaires dirigés par Syngman Rhee (1948-1960), Park Chung-hee (1963-1979) et Chung Doo-hwan (1980-1988), mais un processus de démocratisation s’engagea à partir de 1987. Une nouvelle Constitution instaurant le suffrage universel, permit l’élection de Roh Tae-woo à la présidence de la République (1988-1993) ; Kim Yong-sam lui succéda en 1993. En décembre 1996, l’adoption de nouvelles réformes sur la législation du travail, l’instauration de nouvelles mesures de licenciement simplifiées, ainsi que l’interdiction de créer de nouveaux syndicats d’ici l’an 2000, provoquèrent de nombreuses manifestations de protestation dans tout le pays.

Des mandats d’amener contre les dirigeants des principaux syndicats furent délivrés et la répression intensifiée. Le 26 février 1997, le scandale financier qui avait provoqué la faillite de plusieurs filiales du conglomérat sidérurgique Hanbo (quatorzième groupe industriel sud-coréen), entraîna la démission du Premier ministre Lee Soo Sung et de son gouvernement. Soucieux de prendre ses distances par rapport au courant majeur du camp conservateur, dont le berceau se situait dans la province de Kyongsang, le président Kim Young-sam nomma Koh Kun à la tête du nouveau gouvernement (le 4 mars) et lui confia la mission de regagner la confiance de l’opinion.

Le 18 décembre, Kim Dae-jung, candidat du Parti pour la nouvelle Corée (NCNP), devint le premier candidat de l’opposition à accéder à la présidence de la République, depuis trente ans. Dès son arrivée au pouvoir (février 1998), cet adepte du libéralisme fut confronté à la menace d’insolvabilité du pays engendrée par la multiplication des faillites qui alimentèrent le flux du chômage, à la chute brutale de la consommation des ménages et au contrecoup des crises asiatiques qui fragilisèrent le marché desexportations. Il mit progressivement en œuvre une vaste réforme structurelle de l’économie et s’attacha, dans un premier temps, à résoudre les problèmes sociaux engendrés par la crise.

Il permit ainsi au patronat et aux syndicats de conclure, des accords sur les mesures de licenciements dans les entreprises, l’allongement de la durée du travail et le remplacement des grévistes par des intérimaires. Un mois plus tard, alors que le pays était en proie à une inflation sans précédent (9,5 %), il confia la direction du gouvernement à Kim Jong-pil. Poursuivant la politique de réformes déjà engagée au niveau du système financier et des conglomérats (chaebols), le président Dae-jung procéda, en mai 1999, à un profond remaniement ministériel n’hésitant pas à renouveler près de la moitié des postes ministériels en charge de l’économie, ainsi que celui de chef du gouvernement, auquel il nomma Park Tae-Joon pour remplacer Kim Jong-pil. Le 22 mai 2000, Park Tae-Joon fut mis en accusation pour fraude fiscale par la cour de justice et contraint de démissionner. Le ministre des Finances et de l’Économie, Lee Hun-Jai fut nommé Premier ministre par intérim par le chef de l’État.

Le 13 juin, pour la première fois depuis un demi-siècle, les dirigeants de la Corée du Sud et de la Corée du Nord, Kim Dae-jung et Kim Jon-il, se rencontrèrent, à Pyongyang, la capitale du Nord. À l’issue de ce sommet historique, un accord fut signé par lequel les deux pays s’engagèrent à «mettre leurs forces en commun pour réaliser la réunification de manière indépendante» et à favoriser la réunion des familles séparées dans des délais très rapides. Sur le plan économique, les vœux de «développement équilibré» devraient se traduire par une assistance et des investissements accrus de la part du Sud en faveur du Nord, où les deux tiers de la population manquaient toujours de nourriture en quantité suffisante.

carte de corée du sud
carte de corée du sud

Si les observateurs furent unanimes pour considérer cet accord comme une étape importante dans la détente entre les deux pays, ils soulignèrent l’absence d’engagements concrets et rappelèrent que deux précédents accords de réconciliation, en 1972 et 1992, signés à un niveau certes inférieur, n’avaient jamais été appliqués. Malgré cela, le prix Nobel de la paix (2000) récompensait Kim Dae-Jung pour sa politique d’ouverture et son travail pour la démocratie.

Économie de la Corée du Sud

Le décollage spectaculaire de l’économie en Corée du Sud, son taux de croissance soutenu (9 % en moyenne de 1955 à 1990) reposent sur une importante aide américaine au départ, une main-d’œuvre abondante, la pratique de salaires peu élevés. Le rôle de l’État est lui aussi décisif: la planification coréenne est la plus stricte de tous les pays non socialistes. La grande industrie a démarré avec la création d’entreprises publiques (Pohang Steel Corp., Korean Oil Corp.), dont Séoul fixe les orientations, les objectifs et détermine les secteurs prioritaires.

La Banque de Corée garde la haute main sur les prêts et allocations accordés à ce secteur.

Depuis 1962, c’est la promotion des exportations qui a guidé l’industrialisation et poussé à la concentration dans les complexes manufacturiers, tels Pohang, Kwangju et Ulsan. La pratique systématique de l’emprunt devait toutefois entraîner un fort endettement; aussi le régime sud-coréen a-t-il décidé d’attirer les entreprises étrangères sous la forme de co-entreprises (à 80 % américaines et japonaises) accompagnées de transferts de technologie. Deux zones franches (Masan et Iri) ont été créées.

Cette industrialisation rapide a permis de freiner le taux de chômage, qui dépasse 2 %. Plus de la moitié de la main-d’œuvre travaille dans les petites et moyennes entreprises (employant de 5 à 500 employés), qui constituent 96 % des établissements industriels et commerciaux. Mais les conglomérats dominent l’économie: une cinquantaine de grands groupes – dont neuf trusts géants – employaient 42 % de la main-d’œuvre en 1990 et fabriquaient 70 % des produits manufacturés.

Comme à Taiwan, à Singapour et à Hongkong, et en partie au Japon, la mobilisation de l’orgueil national, la réapparition des vieilles fidélités de type confucéen (vis-à-vis de la firme qui vous emploie), la propagande constante de l’État, l’accent mis sur les exportations et la volonté d’être à la pointe de la technique caractérisent, et expliquent, la remarquable croissance sud-coréenne.

Une industrie de pointe

Ce n’est qu’en 1976 que la part de l’industrie de transformation a dépassé celle du secteur primaire dans le revenu national. La pêche s’est étendue à l’océan mondial et l’aquaculture se développe rapidement. Le pays est autosuffisant en riz et détient l’un des plus gros rendements en grains. L’essor de l’élevage répond à une demande accrue de protéines animales. Le manque de terres est le problème le plus aigu; comme au Nord, on s’efforce d’en conquérir de nouvelles, aux dépens de la mer, et d’étendre les périmètres irrigués.

L’industrie s’est développée sur trois périodes. Jusqu’en 1970 dominent le textile, les produits alimentaires, le ciment, les engrais chimiques et les produits dérivés du pétrole. À compter du troisième plan (1970) se développe une seconde série d’industries lourdes, situées en amont des premières: pétrochimie, aciéries, constructions navales et automobiles. Les conglomérats (chaebols) prennent alors leur essor : Hyundai (qui produit le dixième des richesses nationales), Daewoo, Samsung, Ksec, Posco, Ulsan, Yeochon. À partir de 1980, un troisième étage s’ajoute à l’édifice industriel: les produits à haute technologie. L’industrie électronique ne se contente plus d’assembler les composants japonais: elle les fabrique. La recherche s’étend aux semi-conducteurs et aux biotechnologies. Samsung et Hyundai possèdent des filiales dans la Silicon Valley (Californie). Les technologies américaine et japonaise sont parfois acquises à grands frais. Dans le cadre d’accords fructueux signés avec de grandes firmes nippones ou nord-américaines, la Corée du Sud vend de plus en plus d’automobiles (par exemple Hyundai au Canada) et de matériel musical.

Nouveau pays industrialisé, la République de Corée concurrence désormais le Japon sur de nombreux marchés; il a toutefois fallu attendre 1980 pour que les résultats du commerce extérieur dépassent ceux du marché national. La nature des produits vendus a suivi les stades de l’industrialisation, passant des textiles à l’acier et aux machines et, de plus en plus, aux produits sophistiqués faisant appel aux composants électroniques. Les deux tiers des importations sont consacrés au pétrole. Aux partenaires du début – États-Unis (le quart des importations, le tiers des exportations); Japon (28 % des importations et 21 % des exportations) – sont venus s’ajouter d’autres pays asiatiques, l’Europe, et même la Chine depuis les accords conclus avec Pékin au début des années 1990.

Des contraintes cependant…

La remarquable croissance sud-coréenne repose sur des préalables dont certains ne sauraient durer. Parmi les quatre problèmes cruciaux qui se posent au pays à la fin du millénaire, la pratique des bas salaires – qui a permis un démarrage rapide de l’économie et fourni un avantage face au Japon – est certainement le plus sensible au niveau social. C’est justement en réponse à de violentes grèves que la rémunération des travailleurs de l’industrie s’élève régulièrement et que disparaissent les inégalités entre les personnels masculin et féminin. Les prix des biens d’usage diminuant, le niveau de vie a tendance à augmenter: en 1980, le prix d’une automobile Hyundai représentait l’équivalent du revenu moyen annuel d’une famille, contre huit mois de ce même revenu sept ans plus tard. Malgré de remarquables résultats sur le plan économique et le maintien d’une croissance soutenue (de 1981 à 1989, le PNB a été multiplié par trois), la Corée du Sud, qui a dû revoir à la hausse sa politique salariale, n’échappe désormais plus au spectre de l’inflation (9,5 %) .

Le rôle prépondérant de l’État de Corée du Sud a été servi par un autoritarisme accepté seulement au nom de la rivalité avec la Corée du Nord, mais cet état d’esprit est en déclin. La rigidité de la législation du travail, les nombreux accidents professionnels, l’inégalité croissante des revenus, les nuisances mal contrôlées sont autant de thèmes récupérés par l’opposition politique. Comme au Japon, la richesse globale du pays n’entraîne pas forcément celle de tous ses habitants.

La dette extérieure a pu paraître «saine» tant que la croissance permettait de la maintenir au niveau du quart du PNB. Depuis 1980, ce pourcentage s’élève, alors que la crise pétrolière avait déjà entraîné une ponction supplémentaire sur le budget. L’État a réagi en suscitant la mise sur pied d’un système bancaire plus libre.

Le succès foudroyant des exportations – certains produits (voitures, instruments de musique) sont moins chers que leurs équivalents japonais – a suscité des réserves croissantes de la part des nations industrielles, qui accusent les Sud-Coréens de favoriser chez elles le chômage. Mais le régime de Séoul a su réagir en s’intéressant aux pays en voie de développement (Afrique, Moyen-Orient), demandeurs d’usines clé en main et de grands travaux (routes, barrages).

 

Image - Cartes - Photos : carte de relief de la péninsule coréenne -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.