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Bob Dylan

Poète, auteur, compositeur, interprète, Bob Dylan (née en 1941-) est également guitariste et harmoniciste de folk, rock et country américain.

Personnalité indépendante, artiste à la fois novateur et fidèle aux traditions musicales américaines, Bob Dylan est l’une des figures majeures de la culture populaire de la seconde moitié du xxe siècle. Il a donné au rock ses lettres de noblesse, au même titre que les Beatles, les Rolling Stones ou David Bowie. Par son éclectisme et son exceptionnelle capacité à renouveler sa démarche artistique, il symbolise la diversité d’un genre musical dont il est aujourd’hui l’une des figures tutélaires.

Bob Dylan
Bob Dylan

Bob Dylan et la musique

Né à Duluth (Minnesota), Robert Allen Zimmerman, dit Bob Dylan, est initié aux instruments musicaux (piano, harmonica et guitare) dès l’adolescence. Enfant sans histoires, il découvre la musique country et le blues à la radio, participe à la formation d’un groupe éphémère au lycée et se passionne pour la beat generation et ses différents avatars culturels et artistiques. En 1960, il part à New York au chevet de son idole Woody Guthrie. Se faisant rapidement connaître des milieux musicaux, il signe son premier contrat avec Columbia Records. Son premier album éponyme paraît en 1962 ; s’il témoigne de fortes influences, il n’esquisse pas moins, par l’intermédiaire de reprises (« House of the Rising Sun », « Song To Woody »), le style à venir, à la fois rageur et austère.

C’est en 1963 que se produit un véritable déclic : porté par le single « Blowin’ in the Wind », « modèle » de protest song (ou chanson engagée), The Freewheelin’ Bob Dylan (1963) connaît un succès notable. Qu’il soit contestataire (« Masters of War ») ou plus intimiste (« Don’t Think Twice, It’s All Right »), Bob Dylan dévoile ses exceptionnels talents d’auteur-compositeur (songwriter) et se voit propulsé en tête d’affiche de nombreux festivals.

DU FOLK AU ROCK, UNE MUTATION CAPITALE ET CONTESTÉE (1964-1966)

S’ensuit alors une période éprouvante dans la vie de Bob Dylan : ruptures amoureuses, déceptions faisant suite à la « récupération » des différents mouvements militants auxquels il a adhéré, et incessants voyages à travers les États-Unis sont toutefois autant de sources d’inspiration pour cet artiste sensible en proie au doute. The Times They Are A-Changin’ (1964) préfigure une profonde métamorphose dont Another Side of Bob Dylan (1964) est une nouvelle illustration, comme en témoigne la chanson « My Back Pages » (« mes pages oubliées ») au titre programmatique.

La même année, Bob Dylan se rend en Grande-Bretagne, où le rock and roll s’est transformé en pop et rock : les Beatles, les Rolling Stones et les Animals — mais également, de l’autre côté de l’Atlantique, les Byrds, responsables d’une mémorable et décisive reprise de « Mr. Tambourine Man » — lui font découvrir une nouvelle voie. Bringing It All Back Home (et son célèbre « Maggie’s Farm ») ainsi que le Live 1966 (publié en 1998), enregistré au Royal Albert Hall de Londres, reflètent cette courageuse remise en question par l’entremise d’un rock électrique, agressif et très personnel que ne goûtent guère les fans de la première heure, pour lesquels Bob Dylan apparaît désormais comme un « traître » qui s’abandonne aux futilités d’une « musique pour ados ».

Fort d’un nouveau public, plus jeune, épaulé par de nouveaux musiciens — Al Kooper et le guitariste Mike Bloomfield notamment —, Bob Dylan entame alors sa période créatrice la plus riche : Highway 61 Revisited (1965) et le double album Blonde on Blonde (1966) regorgent de compositions inventives et musicalement abouties et de textes personnels, parfois surréalistes, rehaussés par une production brute. « Like A Rolling Stone », « Tombstone Blues », « Desolation Row », « Rainy Day Women #12 & 35 » ou encore « I Want You » font de Bob Dylan l’idole du rock américain, seul représentant d’envergure devant la toute-puissante British Invasion (ou « invasion britannique »).

L’APAISEMENT (1967-1979)

Épuisé physiquement par l’enchaînement sans répit des tournées et des sessions d’enregistrement et harcelé par la pression liée à sa notoriété grandissante — à laquelle il répond parfois par la provocation, contribuant ainsi à la construction d’un personnage peu affable, voire méprisant —, Bob Dylan est victime pendant l’été 1966 d’un grave accident de moto. Mettant à profit cet arrêt forcé, il réapparaît sur la scène internationale à la faveur d’un album plus apaisé, John Wesley Harding (1967), digression folk-blues sobre et dépouillée, teintée de country et truffée d’allusions bibliques ou ésotériques (« All Along the Watchtower » et « Drifter’s Escape »).

La fin des années 1960 et le début des années 1970 constituent une période plus calme pour Bob Dylan, qui donne quelques concerts (notamment aux côtés de George Harrison des Beatles et d’Eric Clapton à l’occasion d’une manifestation organisée en 1971 au profit du Bangladesh) et tente sa chance au cinéma : pour le film Pat Garrett et Billy the Kid (Pat Garrett and Billy the Kid, 1973) de Sam Peckinpah, il compose la bande originale et une chanson en particulier — « Knockin’ on Heaven’s Door » —, l’un des plus grands succès de sa carrière, reprise avec succès par Eric Clapton puis les Guns and Roses dans les années 1980.

Il faut attendre 1974 pour que Bob Dylan reparte en tournée avec The Band (groupe de folk-rock et country-rock canadien mené par le guitariste Robbie Robertson, particulièrement populaire entre 1968 et 1975) pour une relecture énergique de tous ses classiques. En 1975 paraît Blood on the Tracks, album principalement acoustique et intimiste, tour à tour nostalgique, amer et paisible ; le morceau « Idiot Wind » est cependant le prétexte à un savoureux règlement de comptes avec les médias. Au cours des années suivantes, Bob Dylan enregistre des albums de qualité inégale — Desire (1976), Street Legal (1978), Slow Train Coming (1979) — avant de remonter sur scène aux côtés de musiciens sélectionnés au hasard des rencontres (At Budokan, 1979).

Photo de Bob Dylan à la guitare
Photo de Bob Dylan à la guitare

Dylan ou la renaissance d’une icône du rock

Dans les années 1980, Bob Dylan jouit du statut de star confirmée et s’entoure des meilleurs musiciens du moment : Mick Taylor (ancien guitariste des Rolling Stones après la mort de Brian Jones), Mark Knopfler (leader du groupe Dire Straits), Slash (guitariste des Guns and Roses), Tom Petty and the Heartbrakers, etc. Au cœur d’une production discographique riche d’une dizaine d’albums, Infidels (1983) et Oh ! Mercy (1989) se détachent par leur pertinence et leur originalité. Soutenues par une production à la fois chaleureuse et précise — le travail du Canadien Daniel Lanois est à cet égard exemplaire sur le plus récent des deux opus —, les compositions gagnent en sobriété et en finesse (« Jokerman », « Man of Peace » et « I and I », « A Man With the Long Black Coat » et « Most of the Time »), mettant ainsi en valeur une voix toujours plus écorchée et fragile. Real Live (1984) relate quant à lui une tournée mondiale magistrale effectuée aux côtés de Carlos Santana, Joan Baez et Van Morrison.

Dans les années 1990, conscient d’être un véritable mythe vivant, adulé par de très nombreux groupes et chanteurs, Bob Dylan vit sur ses acquis et les albums, qui paraissent selon une fréquence moins soutenue, témoignent d’une inspiration moindre : Under the Red Sky (1990), Good As I Been To You (1992) et World Gone Wrong (1993), constitués de reprises de morceaux folk traditionnels.

Bob Dylan invente, non sans ironie, le concept d’une tournée de concerts sans fin.

Time out of Mind (1997) en revanche, à nouveau produit par Daniel Lanois, contient les premières compositions originales de Bob Dylan depuis sept ans et dévoile un artiste sombre et résigné. Fort de ce nouveau succès, il invente, non sans ironie, l’audacieux concept du Neverending Tour (littéralement « série de concerts sans fin »), perpétuant ainsi la tradition des baladins itinérants. Puisant aux sources de la musique américaine (jazz, blues, country), Love & Theft (2001) et Modern Times (2006) confirment ce renouveau créatif. Soutenu par un groupe énergique, privilégiant des sonorités et des arrangements sans artifices, Bob Dylan y révèle son humour corrosif au fil de textes sincères et lucides, sans concession à l’égard des travers du monde moderne.

En 2004, Bob Dylan publie Chroniques (Chronicles), le premier volume de son autobiographie.

Bob Dylan et Minneapolis

Les quinze mois passés à Minneapolis vont permettre à Bob Dylan (nom qu’il avait choisi en hommage au poète gallois Dylan Thomas) de s’imprégner de la culture folk et protestataire incarnée par Woody Guthrie dont il découvre à l’époque En Route pour la Gloire, son autobiographie (adaptée au cinéma en 1976 par Hal Ashby avec David Carradine dans le rôle principal) et qui aura une énorme influence sur son œuvre à venir.

Bob Dylan s’inscrivit à l’University of Minnesota sur son campus de Minneapolis sur la rive gauche (est) du Mississippi de l’automne 1959 à l’automne 1960. La rumeur dit qu’il ne fréquenta que très peu voire pas du tout les cours. En revanche, il commença vite à se faire un nom sur la scène folk du quartier de Dinkytown, en lisière nord de l’université. Il est cocasse que l’U of M ou simplement The U, comme l’appelle les locaux, propose désormais dans ses programmes de cours une « Bob Dylan class »… ! Cependant, lors d’un voyage Minneapolis vous apprécierez l’exploration de  ce quartier resté assez bohème avec ses petites boutiques vintage, ses librairies d’occasion (où l’on trouve aussi des vinyls comme à The Book House, 1316 4th St. SE), ses restaurants sans chichis et ses tatoueurs à deux balles sans oublier le campus à l’architecture variée…

Dinkytown
Dinkytown

La plupart des sites se trouvent à proximité de 4th Street, traversant le cœur de Dinkytown, la rue même qui aurait inspiré Positively 4th Street, single publié en 1965 entre les deux albums Highway 61 Revisited et Blonde On Blonde. Mais cela pourrait être aussi la rue de Greenwich Village, le foyer des « folkeux » new yorkais où Dylan vécut par la suite. Toujours est-il que le 22 juillet 2015, le conseil municipal de l’agglomération, histoire de mettre tout le monde d’accord, renomma une rue proche du CHS Field, le stade flambant neuf où se produit l’équipe de base-ball des Saints, Positively 4th Street d’après la chanson.

Une fois inscrit à l’U of M, Dylan habita un court moment la résidence de la fraternité Sigma Alpha (15 University Av. SE.), occupée aujourd’hui celle de l’Alpha Chi Omega.

Bob Dylan s’installa plus tard chez Bonnie Beecher. Plutôt que Echo Helstrom qu’il avait connu à Hibbing, elle pourrait être la vraie Girl from the North Countryqu’il interprète en duo avec Johnny Cash dans Nashville Skyline sorti en 1969. Son ami Tony « Little Sun » Glover va lui enregistrer chez elle 26 chansons dont Ramblin’ Round de Woody Guthrie qui seront regroupés plus tard sous le nom de Minnesota Hotel Tape ou Songs for Bonnie que tout amateur des innombrables bootlegs de Dylan se doit d’avoir dans sa discothèque. Le nom de l’album honore sa petite amie de l’époque (qui fera carrière comme actrice notamment dans Star Trek !) toujours prête à héberger chez elle un musicien fauché de passage en pratiquant le coach surfing bien avant que cela ne devienne tendance… Bob s’y arrêtait régulièrement en allant visiter sa famille à Hibbing.

watchtower
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Le 24 janvier 1961, Bob Dylan débarque à Manhattan, sa légende est en marche. À l’instigation  de son frère, David Zimmerman, Dylan revint en 1974 à Minneapolis pour enregistrer la fin de Blood on The Tracks, son quinzième album, commencé à New York, qui marquait son retour chez Columbia. Chez Podium, il se fit prêter une Martin OO vintage et des musiciens locaux lui donnèrent un coup de main comme le batteur Bill Berg qu’il avait connu enfant à Hibbing, le bassiste Billy Peterson (il fit partie du Steve Miller Band et joua avec BB King ou Les Paul) ou Peter Ostroushko, un habitué de l’émission Prairie Home Companion qui joua avec Emmylou Harris, Willie Nelson ou Greg Brown.

Minneapolis
Minneapolis

Hommage marquant de la ville à l’artiste, Le Dylan Mural est une fresque gigantesque achevée à l’automne 2015 au coin de 5th Street et  Hennepin Avenue South en plein centre ville. L’équipe réunie autour de l’artiste brésilien Eduardo Kobra a réalisé sur une hauteur de cinq étages un portrait kaléidoscopique de Dylan assez hypnotique. Intitulé The Times They Are A-Changin« , l’ensemble est constitué de trois photos géantes qui se fondent dans des motifs géométriques multicolores montrant le songwriter à trois époques de sa vie : tout jeune, à la maturité puis saisi dans la période actuelle coiffé de son stetson blanc fétiche. Plusieurs autres fresques dans le même esprit sont éparpillées à Dinkytown et dans le quartier adjacent de Marcy-Holmes. On reconnaît notamment sur l’un d’entre eux Jim Morrison, le chanteur des Doors, une autre icône des sixties.

Kobra-Mural
Kobra-Mural

VISITER MINNEAPOLIS SUR LES TRACES DE BOB

  • À proximité de l’emblématique Varsity Theater, c’est au dessus du Gray’s Drugstore, aujourd’hui le Loring Pasta Bar (327 14th Av. SE.) que Dylan habita un temps une chambre donnant sur la cour au premier étage pour $30 par mois. Le premier étage a aujourd’hui disparu pour donner de la hauteur sous plafond au restaurant actuel. Il venait jouer régulièrement au O’Clock Scholar, au coin de 5th St SE. et de 14th Ave. SE, attirant les amateurs de folk music. Il faut avoir un peu d’imagination car l’endroit est devenu hélas magasin de vidéo doublé d’un parking…
  • Prospect Park est un quartier où subsistent plusieurs demeures anciennes, dominé par Tower Hill Park (55 Malcolm Ave. SE) et son château d’eau de 1906 coiffé d’un chapeau de sorcière dessinée par Frederick William Cappelen, un architecte d’origine norvégienne qui a beaucoup œuvré à Minneapolis. Le parc et sa tour sont classés au National Register of Historic Places. Visible depuis sa chambre à Dinkytown, il aurait inspiré à Bob All Along the Watchtower, sortie en 1967 sur l’album John Wesley Harding et dont la reprise assez fulgurante de Jimi Hendrix allait à son tour influencer Dylan dans sa manière de la chanter. Toute la crème du rock a repris à un moment ou un autre cette chanson, de Springsteen à U2 en passant par Eric Clapton, Bryan Ferry ou Neil Young.
  • Dans la bibliothèque du superbe Minnesota History Center à St Paul (345 W Kellogg Boulevard), on peut écouter (gratuitement) la Minnesota Party Tape. Alors adolescent, Cleve Pettersen qui venait de s’acheter un magnétophone, avait l’habitude de fréquenter les cafés de Dinkytown, demandant aux chanteurs qui s’y produisaient s’ils désiraient être enregistrés. C’est ainsi qu’il se retrouva à l’automne 1960 dans un appartement sur la 15th Ave. S.E. avec Dylan, Bonnie Beecher, Cynthia Fincher, une autre amie joueuse de banjo, et plusieurs autres musiciens », enregistrant douze classiques du répertoire country et folk, chants traditionnels ou écrits par Jimmy Rodgers ou Woody Guthrie. Cette bande est désormais connue sous le nom de Party Tape.
  • L’actuel Hamline University Bookstore (722 N. Snelling Avenue, au coin de Minnehaha Avenue à St. Paul) était autrefois le Purple Onion Pizza Parlor où Dylan venait jouer entre la fin 1959 et le printemps 1960 ainsi qu’au café The Bastille autrefois au coin de Oak Street et Washington Avenue sur le campus de l’université. Toujours à St. Paul, il allait dîner chez sa maman (2088 Bayard Avenue)…
  • L’Orpheum Theatre (910 Hennepin Av. S.) est l’une des grandes salles de spectacle historiques de la ville, inaugurée en 1921, elle fut la propriété de Bob Dylan de 1979 à 1988, année où il le céda à la ville. Il s’y produisit sur scène en 1992 et en 2014.
  • Le Palmer’s Bar (500 Cedar Avenue), en activité depuis 1906, se trouve sur la rive ouest. C’est sans doute l’un des bars les plus atmosphériques des U.S. Dylan venait y pousser la chansonnette et faire le bœuf en compagnie de Koerner, Ray and Glover, le trio de folk-blues local mentionné plus haut.
  • Sound 80, le studio, où fut enregistrée la moitié de l’album commencé à New York avec entre autres, Stephen Stills et Graham Nash, se trouvait 2709 E 25th St., une adresse occupée actuellement par Orfield Labs, un laboratoire scientifique. Ayant vu passer Cat Stevens ou Prince pour ses premières démos, le studio existe toujours mais en plein centre (222 S 9th St.).
  • Dylan chantera au Northrop Auditorium (sur le site de l’U of M) la nuit du 4 novembre 2008 lors de l’élection de Barack Obama s’auto paraphrasant en disant « It looks like things are going to change now » (« On dirait que les choses vont changer maintenant »).
  • La Malcolm Willey House (55 Bedford Street) n’a aucun lien avec Dylan, mais cette demeure réalisée par Frank Lloyd Wright en 1934 mérite cependant le détour, malgré son piteux état.
Image - Cartes - Photos : image de guitariste -